Jeudi voilà trois semaines, je suis parti pour un petit deux semaines et demie au Bénin, pour faire du tourisme et relaxer un peu…
J'ai commencé par Grand Popo, étant le village le plus près de la frontière. Quand je suis arrivé, les gens me demandaient systématiquement si j'étais un Belge. Depuis que je suis en voyage, les gens me donnent tout plein de nationalité (Français, Américain, Allemand, parfois Finlandais, une fois Italien (j'ai jamais compris…) bref n'importe quoi sauf Canadien/Québécois) et c'était la première fois que les gens me donnait pour Belge, et tout le monde le faisait… Il y avait anguille sous roche.
En fait, ce n'était pas si étonnant que ça, étant donné les 80 Belges qui venaient d'arriver la même journée… Il s'agit d'un groupe qui pour la troisième année faisait Bruxelles/Grand Popo en « deux chevaux ». Ceux pour qui, comme moi, ça ne dit rien des deux chevaux, il s'agit de vieux véhicules de collection qui ressemblent à des coccinelles, mais en plus petit et moins puissant. Grosso modo leur itinéraire était : Belgique, France, Espagne, Gibraltar, un p'tit tour de bateau, Maroc, Sahara occidental, Mauritanie, Sénégal, Mali (ils sont allés jusqu'à Tombouctou), Burkina Faso, Togo et Bénin. Le tout s'appelle Touareg Trails et ils ont un site internet qui doit être www.touareg-trail.be
Il y avait donc pleins d'activités prévues pour eux à la place publique du village et à l'hôtel où ils logeaient (genre de resort avec des bungalows, bar sur la plage, piscine, jardin paisible, bonne et dispendieuse bouffe…). Comme j'avais rien de mieux à faire, je me suis invité à leur fête, prenant une bière sur la place publique avec eux en regardant les démonstration de voodou.
Les démonstrations auxquelles nous avons eu droit m'ont complètement désenchanté du voodou (même si je n'ai jamais vraiment été enchanté…). Il s'agit des pires tours de magie que j'ai eu l'occasion de voir dans ma vie… Parmi ceux-ci : le prêtre distribue des petits bouts de tissus aux gens, il leur demande de les lui redonner et il les met dans une boite « voodou » (que personne n'a vérifiée), referme la boite, fait une incantation reouvre la boite et distribue des bouts de tissus plus grands (on ne peut toujours pas voir dans la boite…). Par contre, le pire est vraiment le truc de la bouteille dansante. Il « enchante » une bouteille qu'il dépose sur une petite table pour qu'on puisse mieux voir. Il se penche, met ses mains sur la table pour se concentrer/prier, fait son incantation (tiens, pourquoi son doigt vient de bouger ?) et la bouteille (la table surtout) se met à vibrer (en même temps que son doigt avait bougé…). Magie ! Un Belge ne s'en peut plus et crie d'éteindre la table avant que les piles soient mortes…
Après cette démonstration impressionnante, les belges commencent à retourner à l'hôtel et un monsieur (Jean-Louis, pas un Belge) commence à me parler, remarquant que je ne suis pas avec le groupe. Ce fut le début de ma soirée la plus weird depuis le début du voyage…
Il me demande d'où je viens, et quand il apprend que je suis un cousin, il devient tout content. Il est Breton, et fier de l'être comme tout Breton. Il me présente à son ami Breton qui est aussi le proprio de l'hôtel et organisateur/commanditaire/grand gourou de la fête. Il est moins enthousiaste : il veut savoir quelles sont mes origines en France, pour savoir si je suis un vrai cousin. Je réponds que j'ai déjà vu que mon nom de famille vient de Bretagne (après coup je me suis souvenu qu'en fait c'était de Gaule, mais c'est la même chose…). Alors là, j'étais un cousin plus que bienvenue. Qu'on m'apporte à boire, et que ça saute !
Ma soirée a donc été passée à boire et manger sur le bras de Monsieur Philippe Boisson (l'animateur de foule disait son nom à toutes les 5 minutes), de 6h pm à 6h am… J'ai discuté avec des gens qui sont nés en Afrique, qui y ont été élevés et qui vont y mourir, j'ai assisté à la fierté bretonne en pleine action, j'ai été pris dans une engueulade entre le prorio et un autre Breton alcoolique (Ludovic) qu'il avait ramassé sur le bord de la route de Cotounou trois mois plus tôt, pris dans une autre engueulade entre Jean-Louis et sa femme, parce qu'il avait embrassé la femme de Philippe et qu'il buvait trop, j'ai ri de la situation avec l'Italien barman qui essayait lui aussi de rester neutre dans ces plus ou moins fausses engueulades. Le tout sur le bord de la plage, à boire gratuitement comme un trou, sous la pleine lune. Surréaliste est le meilleur mot pour décrire cette soirée…
Toujours à Grand Popo, lorsque les gens me demandaient si j'étais Belge, et que je répondais que j'étais Canadien ou Québécois selon mon inspiration nationaliste du moment, les gens me répondaient toujours avec grand enthousiasme que il y avait 8 Canadiennes/Québécoises à l'Auberge (l'autre resort de Grand Popo, un peu moins cool et un peu moins dispendieux également). Il s'agit d'infirmières qui font leur dernier stage avec de terminer leurs études. Comme elles étaient parties dans le Nord pour faire un brin de tourisme, j'ai patienté jusqu'au mercredi avant de les rencontrer.
Entre temps, j'ai pratiqué mon arabe et lu un recueil des textes d'un économiste africain mort depuis 25 ans sur sa conception de l'Afrique et de ce qu'il lui faut pour s'en sortir, le tout dans mon hamac sous les cocotiers avec vue sur la mer et sur les pêcheurs qui forcent comme des bœufs toute la journée pour quelques maigres poissons… J'en ai aussi profité pour prendre un petit cours de djembé avec le pire professeur que j'ai jamais eu (le vrai prof venait de mourir, donc un des étudiants a décidé d'essayer d'enseigner).
J'ai aussi fait un petit voyage à Ouidah. C'est le lieu chef du voodou, et d'une des quatre portes de non retour de l'Afrique (les autres étant Gorée au Sénégal, Cape Coast au Ghana et quelque part en Angola). J'ai visité un peu, me suis fait brûlé la peau en essayant de faire le chemin de la route des esclaves (3-4 km de marche, sans ombre) en plein Zénith… Mes sandales (elles sont indestructibles/avec ça tu peux faire n'importe quoi ça brisera jamais/garanties à vie, même pas besoin de facture/je m'en sers comme chaussure de trecking, de canoe, de pantoufles…) ont rendu l'âme, la semelle se décollant. J'ai donc du écourter ma visite de Ouidah et je n'ai pas pu faire la maison des Pithons, ni la cathédrale juste en face, ni la forêt sacrée. Le musée des esclaves était tout fois très bien. Si vous allez dans le coin, Ouidah est une bonne ville pour les touristes et je vous le conseil fortement, même si c'est un labyrinthe encore plus mêlant que Boucherville…
J'ai rencontré les Québécoise qui sont en fait une prof (Louise, qui est une célébrité dans Grand Popo, tout le monde se réclamant son très bon ami… A preuve, l'autre fois mon enfant était malade et c'est elle qui l'a soigné (j'ai pas eu le courage de leur dire que c'est sa job…)), six étudiantes (Une parmi elles était un étrange mélange entre plusieurs de mes amies : le visage de Stéphanie L., le corps et les mimiques de Justine E. (jusque là, j'en connais un qui aurait bien aimé !) et la voix de Geneviève L. Un bien joli mélange !) et une ancienne étudiante de Louise qui a fini l'année avant que le programme d'échange commence et qui a décidé de venir passer trois mois à Grand Popo en tant que volontaire. Ca a vraiment fait du bien de rencontrer des Québécoises, étant un peu tanné de mon faux accent français que je prends pour parler à tout le monde. Parler avec mon vrai accent, lâcher un ou deux sacres, prendre un peu d'alcool qui ne soit ni de la bière cheap ni du sodabi (vin de palme distillé…) a fait énormément de bien. Tellement que j'ai décidé de rester 2-3 jours de plus à Grand Popo pour rester avec elles, n'ayant rien de tout façon qui me poussait à quitter cet endroit, sauf un itinéraire écrit sur le dos d'une enveloppe de cd… On a fait un peu de plage, été dans des partys de rastas, et fait un picnic à l »embouchure du fleuve et de l'océan.
J'ai donc passé du bon temps avec elles, avec encore d'autres scènes un peu surréalistes. Parmi les plus frappantes, il y a eu l'après-midi où 4-5 Québécoises se faisaient bronzer en bikini sur la plage (attirant un lot d'Africains qui venaient leur parler en ayant quelques difficultés à les regarder dans les yeux) avec un Québécois à côté qui essayait de coudre ses semelles de sandales avec ses dents…
J'ai aussi rencontré deux Américains faisant partie des Peace Corps (programme du Congrès américain qui envoie des volontaires partout dans le monde faire du développement pour des contrats de 27 mois (avec un budget de 5000$ pour se loger, nourrir, déplacer pendant tout ce temps), j'en rencontre plein à Lomé aussi), lors d'une soirée avec les Québécoises dans un bar de rasta. Une autre soirée qui s'est terminée aux petites heures du matin, sur le bord de la plage complètement pacté… Je les ai revus la dernière soirée à Grand Popo.
Ensuite, je suis allé passer trois jours à Cotonou, où je n'ai pas fait grand chose (j'ai déjà dit à quel point j'aime les capitales ?). Cotonou, c'est « plus » que Lomé. C'est plus tout. C'est plus gros, plus grand, plus développé, il y a plus d'emplois, les routes principales sont plus belles, les routes secondaires sont plus laides, il y a plus de voitures et de motos, c'est plus pollué, c'est plus dangereux de traverser la rue, c'est plus gris, il y a plus d'itinérants, c'est plus bruyant. Bref, il y a plus de richesse, il y a plus de pauvreté…
Cherchant encore des compagnons de route pour le reste du voyage, je suis allé dans un resto/bar supposément être populaire auprès des blancs. C'était effectivement le cas, et je suis tombé directement sur les deux Ricains qui prenaient des gros Burger avec deux Ricaines. Le lendemain, je me promène et je tombe sur une des Ricaines qui attends les deux Ricains. On fini les quatre dans un resto très bien mais tellement dispendieux (6,50$ pour un jus de fruits frais!!). Bref, mon séjour à Cotonou a été marqué par des rencontres avec des Américains et par du luxe.
Je suis ensuite allé à Ganvié. Il s'agit d'un village sur pilotis. On pourrait probablement même parler d'une ville puisque entre 20 000 (Lonely Planet) à 40 000 (guide) personnes y vivent. Il y a donc des milliers de maisons en plein milieu d'un lac, tenant sur des poutres de bois que l'on pourrait qualifiées d'artisanales. Tout le monde se promène en pirogue. Il y a des rues et des ruelles, mais si tu es vraiment pressé, tu peux sûrement passer en dessous des maisons… Partout en Afrique, il y a des gens qui se promène avec des trucs à vendre sur leur tête, que ce soit des cigarettes, des gommes, des chaussures, des pantalons, des calculatrices, de la bouffe, bref n'importe quoi… A Ganvié, les gens se promènent en pirogues avec leur marchandise. Si trois où quatre de ces pirogues s'arrêtent dans la place centrale, ça forme un marché instantané et éphémère… Un village étrange, captivant et… surréaliste ?
Ensuite je me suis dirigé vers Abomey, ancienne capitale du royaume de Dahomey. Il n'y a pas grand-chose à faire là, outre le musée, qui se tient dans deux des douze palais royaux (chaque nouveau roi construisait son palais à côté de celui de son père). Les deux palais font 4 hectares, les douze en totalisent 44.
Le musée est bien tenu, la guide que j'ai eue connaissait ses trucs et pouvaient répondre à mes questions de façon précise de pertinente (pas le cas à Ganvié…) et elle a su garder sa crédibilité jusqu'à la fin (à Ouidah, le guide, qui était bon, l'avait perdu en disant qu'une photo de la ville, où on voyait des camions, avait été prise au 17è siècle, et en y tenant mordicus lorsque nous avions mis cette information en doute…). Le seul problème de la guide c'était le fait qu'elle aurait pu s'enregistrer et partir la cassette et son ton n'aurait pas été différent. On aurait dit un oral de secondaire trois par une fille qui a trop étudié son texte.
Finalement, j'ai fait un tour à Natitingou, dans le Nord. Le trajet, que j'ai fait en autobus (encore une scène surréaliste : je fixe le paysage par la fenêtre en étant écoeuré que la Mama à côté de moi prenne trop de place et parle fort. Il n'y a rien ; des champs, des champs, une petite maison, des champs, des champs, un village de 150 habitants, d'autre champs, encore des champs, une affiche disant qu'au bout de la trail de moto il y a un casino, d'autres champs… hein ? quoi ? un casino ? de kessé ?), a duré 7h, mais je n'ai pas profité du tout de mon passage dans cette ville. Premièrement, quand je suis arrivé à l'hôtel, j'ai pris une bière pour relaxer et suis allé faire un somme. Je me suis réveillé à 2h am… Une journée de perdue !
Deuxième journée, ça me prend tout mon courage pour sortir de mon lit, puis de la chambre, puis de l'hôtel. Je finis par me rendre jusqu'au téléphone où j'appelle les Ricains qui habitaient dans le coin de Natitingou. En fait, c'est à 60 km, il faut que je prenne un taxi-brousse, et qu'avant je retourne à l'hôtel chercher mes bagages (car il m'offre le logement) et tout ça commence à être compliqué, je laisse donc tombé les Ricains. Je décide de me promener dans la «ville » et d'aller voir les tata sombas (maison de deux étages et argile et en forme de châteaux) en fin d'après-midi. Malheureusement, mes sandales me lâchent encore. Je me rachète de la colle forte (j'avais vidé ce que j'avais amené du Qc), et je passe l'après-midi à recoudre le tout, mieux et plus fortement que la dernière fois. Tant pis pour les tata sombas…
Troisième journée était le départ. Je suis content de partir car l'hôtel me coûte cher, que je suis amorphe, que je n'ai plus le goût de dépenser pour faire des visites touristiques (j'ai vraiment trop dépensé depuis le début) et que la ville est ultra polluée, étant enclavée entre des montagnes et étant dans le temps que les paysans brûlent les champs pour la fertilité du sol. Je pensais prendre un taxis vers la frontière, en prendre un autre une fois traversé pour aller visiter des villages fortifiés (comme les tatas sombas) du côté du côté du Togo, prendre encore un Taxi jusqu'à Kara, la grande ville de la région, et de faire le reste le lendemain. Je regarde le Lonely Planet et me rend compte que ça va être vraiment plus compliqué que je crois et surtout plus long. Je décide de changer de plan et de retourner à Cotonou, et si j'arrive tôt, je pourrais même aller directement au Togo.
Quand je décide ça, il est déjà trop tard pour les autobus (où il y a une seule personne par siège, ce qui est le gros luxe !!). Je vais donc vers le taxi. J'attends une heure, avant qu'on me dise d'aller avec un autre taxi vers une ville un peu plus loin où je trouverai un autre taxi. J'ai donc fait 50-60 km en 2 heures… il en reste juste 500… A l'autre ville, j'attends 3 heures que la voiture se remplisse. A 15h, on nous annonce qu'on a finalement les 6 passagers nécessaires (2 en avant, 4 en arrière), mais se rend compte qu'il y en a 7 en fait. Ca rouspette un peu, mais accepte le fait de se tasser cinq sur la banquette arrière. Une chance qu'il n'y avait pas de Mama, parce que j'ai déjà fait 1h avec trois Mamas sur la banquette arrière et mon derrière n'avait jamais touché au siège, étant coincé entre l'accoudoir et le derrière d'une Mama… Pour ma part je suis assis en avant, dans le milieu, avec la fesse gauche sur le petit coussin pas confortable qui recouvre le frein à main et la fesse droite dans le vide. Cette position n'est pas si mal pour des trajets de 30-45 minutes… mais 9 heures comme ça, c'est un peu chiant. Et pour faire exprès, à 30-40 minutes de Cotonou, le chauffeur a mal fait son slalom entre les nids d'autruche et en a frappé un de plein fouet. Résultat : crevaison sur chacun des deux pneus gauche… Ayant un seul pneu de secours, le chauffeur nous laisse sur le bord de la route (nettement plus confortable…) et retourne en arrière chercher un autre pneu. Il revient 30 minutes plus tard avec un autre pneu de secours, mais avec une roue qui ballotte et qui n'a pas l'air solide pour cinq cennes… Evidement, il ne roule plus à plus de 30-40 km/h, donc le reste du trajet nous prend 2 heures… J'arrive à Cotonou à minuit, laisse tombé le trajet de nuit pour Lomé, et m'en vais à l'hôtel que j'avais pris la semaine précédente, pour le trouver déjà plein. Je mange pour la première fois depuis le matin, et pars à la conquête d'un hôtel pendant 30 minutes. Le quatrième que je trouve a une chambre miteuse vraiment cher pour rien (ok, 9$ c'est pas si cher, mais comparé au reste, c'est le pire rapport qualité-prix que j'avais eu depuis longtemps), mais ce n'est pas comme si j'avais le choix.
Le lendemain je quitte pour Lomé et tout se passe bien, même si un gendarme m'a arrêté à 5 km de la frontière et a vainement chercher quelque chose à me reprocher. Désolé le grand, t'auras pas de mon argent…
A suivre : des updates sur ce qui s'en vient, des photos de ma vie à Lomé, des photos du Bénin, et quelques autres réflexions sur la vie en général…