mercredi 19 décembre 2007

Photos du Bénin

Voici quelques photos du Bénin.

Grand-Popo:


Voici les joyeux lurons qui m'ont tenu compagnie le deuxième soir. En ordre, y'a le barman italien, le proprio, Philippe Boisson, l'ami, Jean-Louis, et le saoulon vagabon, Ludovic. Ca ne parait pas sur cette photo, mais Philippe engueulait Ludovic depuis une bonne heure, celui-ci répliquant de temps à autre, et Jean-Louis sacrait deux baffes à Ludovic quelques secondes plus tard.



Ca c'était la vue que j'avais en me levant... Avec un peu de lessive et mon hamac un peu plus loin.



Une pleine lune



Un p'tit tour de pirogue dans des mangroves.



Une visite d'un village où il y avait des dessins voodou. Celui-ci en question m'a fait rire un peu. Parce que voyez-vous, il y a deux sortes de crocrodiles : les gentils et les méchants. Il est donc essentiel de savoir les reconnaitre car si vous tombez dans une rivière à crocrodiles, il est bien de savoir différencier entre ceux qui veulent vous manger et ceux qui veulent vous aider. Celui-ci en l'occurence est un gentil crocrodile. C'est simple : ceux qui ont une jarre sur la tête et un oeuf dans la bouche sont les gentils, les autres veulent vous manger. Soyez vigilents!



Il y a aussi eu un tour dans une pirogue "motorisée"...



...où les gens jouaient du djembé...



...en compagnie de jolies Québécoises (medemoiselles, je n'ai pas de photo de groupe de vous, si il y en a une qui lit mon blogue et qui veut m'en envoyer une, vous êtes plus que bienvenues)





Ouidah :

Un des très nombreux batiments abandonnés. Celui-ci est à ouidah et était cool, mais ça m'étonne constamment le nombre de bâtiments abandonnés en Afrique. On en voit partout et on ne peut jamais être certain si c'est un batiment abandonné ou si ça n'a jamais été terminé.



La porte de non retour. Au bout d'un chemin de 3-4 km, rempli de fétishs, dont l'arbre de l'oubli qui est un arbre planté au dessus de deux esclaves enterrés vivants et que si on tourne autours neuf fois pour les hommes et sept fois pour les femmes, on n'oublie notre vie.



Ganvié, sans commentaire :

















Cotonou :

Scène quotidienne. J'ai déjà dit qu'il y avait des taxis-motos, et bien en voici!



Et la plus laide cathédrale au monde, en l'honneur de St-Waldo



Natitingou

Batiment abandonné ou en construction?



L'art du recyclage



Une station d'essence typique du Bénin



Bon c'est assez pour le Bénin. Prochain update, des photos du Togo.... quand j'aurai le temps...

Sans commentaire

vendredi 14 décembre 2007

Les Québécoises

Eh non mesdames et mesdemoiselles rencontrées à Grand-Popo, je ne parle pas spécifiquement de vous. Vous êtes cependant concernées puisque vous êtes Québécoises. Vous avez également l'honneur d'être celles qui ont finalement confirmé ce que je pensais depuis un petit bout.

 

Depuis le début de mon voyage, et au cours de mes voyages précédents, j'ai rencontré plusieurs gens, provenant d'endroits les plus divers. Beaucoup de gens, donc beaucoup de filles…

 

J'en ai rencontré d'un peu partout : Asie, Afrique, Moyen-Orient/Maghreb, Amérique latine, USA, ROC et QC, qu'elles soient en voyage ou que je sois dans leur pays. Certaines étaient fort jolies, d'autre un peu moins, certaines étaient même plutôt moches.

 

Il y avait cependant une constante : les Québécoises étaient toutes belles (j'essaie de trouver une exception, sans succès…). Si je devais faire un top 10 des plus belles filles rencontrées dans mes voyages (connue d'avance ou pas), je suis certain qu'au moins 6 ou 7 seraient Québécoises.

 

Je ne dis pas qu'il n'y a pas de belles filles en dehors du Québec (j'ai même vu une très belle Anglaise… faut le faire !), ni même que j'aurais sorti ou couché avec toutes les Québécoises rencontrées. Certaines étaient beaucoup plus vieilles que moi, avaient des enfants et un mari. Certaines n'étaient pas du tout mon type de fille. Mais je sais apprécier la beauté même chez les filles qui ne me plaisent pas et toutes possédaient cette beauté.

 

Je me suis toujours dit que j'étais un optimiste ou un romantique à trouver toutes les filles belles, même si elles ne m'attiraient pas. En fait, je me rends compte que ce n'est pas un trait de ma personnalité, c'est un trait des Québécoises !

 

Je me suis fait dire avant de partir : « Il va y avoir plein de belles filles en Tunisie », « Tu vas voir, les Autrichiennes sont hot » ou « On sait bien, t'aime l'Afrique à cause des Africaines »… Le gazon est toujours plus vert chez le voisin dit-on. Je commence à avoir visiter le voisinage un peu, et je l'affirme : nous avons les plus belles femmes au monde, pourquoi chercher ailleurs ?

jeudi 13 décembre 2007

Ce qui s'en vient

Moins d'un mois encore avant le grand départ à vélo (12 janvier). Voici ce qui s'en vient d'ici là :
 
Togo : Je suis en ce moment à Lomé, à tenter d'arranger des derniers trucs avec l'ONG, à acheter l'essentiel de mes souvenirs et cadeaux, à faire mes demandes d'admission, à planifier ce qui s'en vient. Aussi au menu, soirée avec la famille d'Annick, la fille qui m'avait chargé de remettre un album photo à sa famille d'accueil, mariage d'un couple totalement inconnu, soirée "africaine" (nous avons fait une soirée québécoise, espagnole et belge), et une journé ou deux à Kpalimé, le plus beau village du Togo y parait.
 
Ghana : Jeudi j'irai au Ghana où je ferai une visite marathon de Accra, Kumasi, Cape Coast, Kupachi (environ) National Park et Kokropite, le tout en 8 jours. Je ne m'attends à rien d'extraordinaire, mais parmi ce qui devrait sortir du lot, on peut mentionner le marché de Kumasi qui est supposé être gigantissime, les forts de toutes les puissances coloniales à Cape Coast (et une autre porte des esclave...), le parc national où l'on se promène à 30 mètres au dessus du sol et les plages blanches (ha non, pas encore...) de Kokrobite...
 
Maroc : Dans mon escale de 13h, j'irai faire un tour à Rabat (ou Casa si on me paye l'hôtel et la bouffe, ce qui est possible). Rien de spécial au menu, seulement boire un thé, fumer une shisha, me promener dans le souq, peut-être acheter un ou deux cossins si je crois que c'est moins cher qu'en Egypte...
 
Egypte : Visite des ambassades du Soudan et d'Ethiopie, où j'espère passer le moins de temps possible. Magasinage de dernière minute (faut bien tuer le temps pendant que les visas se font faire) pour me trouver ce qui me manque pour mon périple en vélo (maudits voleurs...). Ensuite, direction Sinaï où je vais faire de la plongée dans un endroit où le Lonely Planet décrit en disant que l'activité la plus forçante de la journée est de décider qu'elle saveur de milkshake on va prendre, visiter le monastère Ste-Catherine (où Moise aurait vu un arbustre en feu se prendre pour Dieu et lui piquer une jasette (la drogue était pas mal forte dans le temps...)) et grimper le mont Sinaï (où le même Moïse a reçu des pierres où il est écrit comment bien se tenir en société. C'était comment avant?). Puis je reviens pour accueillir mes parents, avec qui je vais passer deux jours à visiter le Caire. Ensuite journée de briefing à l'hôtel, puis c'est parti mon kiki.
 
Ensuite : vélo, dodo, vélo, dodo, vélo, dodo, vélo, dodo, vélo... Je continue ou vous avez compris le principe?
 
Pour plus de détails sur la route, pour un blogue qui sera mis à jour plus fréquemment que le mien, pour une présentation des participants, pour quelques photos et vidéos (mettez ça dans vos favoris, je ne l'écrirai pas à chaque fois, même s'il est déjà écrit à gauche...) : www.tourdafrique.com/tourdafrique

Pas parfaite, mais pas loin

J'aime ma vie. Certains me demanderont pourquoi. Je répondrai pourquoi pas?
 
Je suis en santé, alors qu'on dirait que je fais exprès pour ne pas l'être.
 
Je suis en forme, et le serai encore plus dans cinq mois.
 
J'ai une famille qui m'aime et me supporte dans tout ce que je fais.
 
J'ai des amis pour qui je ferais tout ou donnerais tout ce que j'ai et qui feraient la même chose pour moi (je crois...)
 
Je sais ce que je veux faire dans la vie, et je suis très près de savoir comment je vais m'y prendre.
 
Je sais que j'ai les capacités pour arriver à faire tout ce que je veux dans la vie, si j'y mets un peu d'effort.
 
Je suis en Afrique et je vis une expérience intense, amusante, enrichissante, éprouvante et élevante. J'en resortirai grandi et je ne regrette absolument pas d'avoir fait ce choix dans ma vie.
 
J'ai un vie qui n'est pas parfaite, mais il ne me manque pas grand chose.
 
Souriez, la vie est belle.

mercredi 12 décembre 2007

Le Bénin, un voyage surréaliste

Jeudi voilà trois semaines, je suis parti pour un petit deux semaines et demie au Bénin, pour faire du tourisme et relaxer un peu…

 

J'ai commencé par Grand Popo, étant le village le plus près de la frontière. Quand je suis arrivé, les gens me demandaient systématiquement si j'étais un Belge. Depuis que je suis en voyage, les gens me donnent tout plein de nationalité (Français, Américain, Allemand, parfois Finlandais, une fois Italien (j'ai jamais compris…) bref n'importe quoi sauf Canadien/Québécois) et c'était la première fois que les gens me donnait pour Belge, et tout le monde le faisait… Il y avait anguille sous roche.

 

En fait, ce n'était pas si étonnant que ça, étant donné les 80 Belges qui venaient d'arriver la même journée… Il s'agit d'un groupe qui pour la troisième année faisait Bruxelles/Grand Popo en « deux chevaux ». Ceux pour qui, comme moi, ça ne dit rien des deux chevaux, il s'agit de vieux véhicules de collection qui ressemblent à des coccinelles, mais en plus petit et moins puissant. Grosso modo leur itinéraire était : Belgique, France, Espagne, Gibraltar, un p'tit tour de bateau, Maroc, Sahara occidental, Mauritanie, Sénégal, Mali (ils sont allés jusqu'à Tombouctou), Burkina Faso, Togo et Bénin. Le tout s'appelle Touareg Trails et ils ont un site internet qui doit être www.touareg-trail.be

 

Il y avait donc pleins d'activités prévues pour eux à la place publique du village et à l'hôtel où ils logeaient (genre de resort avec des bungalows, bar sur la plage, piscine, jardin paisible, bonne et dispendieuse bouffe…). Comme j'avais rien de mieux à faire, je me suis invité à leur fête, prenant une bière sur la place publique avec eux en regardant les démonstration de voodou.

 

Les démonstrations auxquelles nous avons eu droit m'ont complètement désenchanté du voodou (même si je n'ai jamais vraiment été enchanté…). Il s'agit des pires tours de magie que j'ai eu l'occasion de voir dans ma vie… Parmi ceux-ci : le prêtre distribue des petits bouts de tissus aux gens, il leur demande de les lui redonner et il les met dans une boite « voodou » (que personne n'a vérifiée), referme la boite, fait une incantation reouvre la boite et distribue des bouts de tissus plus grands (on ne peut toujours pas voir dans la boite…). Par contre, le pire est vraiment le truc de la bouteille dansante. Il « enchante » une bouteille qu'il dépose sur une petite table pour qu'on puisse mieux voir. Il se penche, met ses mains sur la table pour se concentrer/prier, fait son incantation (tiens, pourquoi son doigt vient de bouger ?) et la bouteille (la table surtout) se met à vibrer (en même temps que son doigt avait bougé…). Magie ! Un Belge ne s'en peut plus et crie d'éteindre la table avant que les piles soient mortes…

 

Après cette démonstration impressionnante, les belges commencent à retourner à l'hôtel et un monsieur (Jean-Louis, pas un Belge) commence à me parler, remarquant que je ne suis pas avec le groupe. Ce fut le début de ma soirée la plus weird depuis le début du voyage…

 

Il me demande d'où je viens, et quand il apprend que je suis un cousin, il devient tout content. Il est Breton, et fier de l'être comme tout Breton. Il me présente à son ami Breton qui est aussi le proprio de l'hôtel et organisateur/commanditaire/grand gourou de la fête. Il est moins enthousiaste : il veut savoir quelles sont mes origines en France, pour savoir si je suis un vrai cousin. Je réponds que j'ai déjà vu que mon nom de famille vient de Bretagne (après coup je me suis souvenu qu'en fait c'était de Gaule, mais c'est la même chose…). Alors là, j'étais un cousin plus que bienvenue. Qu'on m'apporte à boire, et que ça saute !

 

Ma soirée a donc été passée à boire et manger sur le bras de Monsieur Philippe Boisson (l'animateur de foule disait son nom à toutes les 5 minutes), de 6h pm à 6h am… J'ai discuté avec des gens qui sont nés en Afrique, qui y ont été élevés et qui vont y mourir, j'ai assisté à la fierté bretonne en pleine action, j'ai été pris dans une engueulade entre le prorio et un autre Breton alcoolique (Ludovic) qu'il avait ramassé sur le bord de la route de Cotounou trois mois plus tôt, pris dans une autre engueulade entre Jean-Louis et sa femme, parce qu'il avait embrassé la femme de Philippe et qu'il buvait trop, j'ai ri de la situation avec l'Italien barman qui essayait lui aussi de rester neutre dans ces plus ou moins fausses engueulades. Le tout sur le bord de la plage, à boire gratuitement comme un trou, sous la pleine lune. Surréaliste est le meilleur mot pour décrire cette soirée…

 

Toujours à Grand Popo, lorsque les gens me demandaient si j'étais Belge, et que je répondais que j'étais Canadien ou Québécois selon mon inspiration nationaliste du moment, les gens me répondaient toujours avec grand enthousiasme que il y avait 8 Canadiennes/Québécoises à l'Auberge (l'autre resort de Grand Popo, un peu moins cool et un peu moins dispendieux également). Il s'agit d'infirmières qui font leur dernier stage avec de terminer leurs études. Comme elles étaient parties dans le Nord pour faire un brin de tourisme, j'ai patienté jusqu'au mercredi avant de les rencontrer.

 

Entre temps, j'ai pratiqué mon arabe et lu un recueil des textes d'un économiste africain mort depuis 25 ans sur sa conception de l'Afrique et de ce qu'il lui faut pour s'en sortir, le tout dans mon hamac sous les cocotiers avec vue sur la mer et sur les pêcheurs qui forcent comme des bœufs toute la journée pour quelques maigres poissons… J'en ai aussi profité pour prendre un petit cours de djembé avec le pire professeur que j'ai jamais eu (le vrai prof venait de mourir, donc un des étudiants a décidé d'essayer d'enseigner).

 

J'ai aussi fait un petit voyage à Ouidah. C'est le lieu chef du voodou, et d'une des quatre portes de non retour de l'Afrique (les autres étant Gorée au Sénégal, Cape Coast au Ghana et quelque part en Angola). J'ai visité un peu, me suis fait brûlé la peau en essayant de faire le chemin de la route des esclaves (3-4 km de marche, sans ombre) en plein Zénith… Mes sandales (elles sont indestructibles/avec ça tu peux faire n'importe quoi ça brisera jamais/garanties à vie, même pas besoin de facture/je m'en sers comme chaussure de trecking, de canoe, de pantoufles…) ont rendu l'âme, la semelle se décollant. J'ai donc du écourter ma visite de Ouidah et je n'ai pas pu faire la maison des Pithons, ni la cathédrale juste en face, ni la forêt sacrée. Le musée des esclaves était tout fois très bien. Si vous allez dans le coin, Ouidah est une bonne ville pour les touristes et je vous le conseil fortement, même si c'est un labyrinthe encore plus mêlant que Boucherville…

 

J'ai rencontré les Québécoise qui sont en fait une prof (Louise, qui est une célébrité dans Grand Popo, tout le monde se réclamant son très bon ami… A preuve, l'autre fois mon enfant était malade et c'est elle qui l'a soigné (j'ai pas eu le courage de leur dire que c'est sa job…)), six étudiantes (Une parmi elles était un étrange mélange entre plusieurs de mes amies : le visage de Stéphanie L., le corps et les mimiques de Justine E. (jusque là, j'en connais un qui aurait bien aimé !) et la voix de Geneviève L. Un bien joli mélange !) et une ancienne étudiante de Louise qui a fini l'année avant que le programme d'échange commence et qui a décidé de venir passer trois mois à Grand Popo en tant que volontaire. Ca a vraiment fait du bien de rencontrer des Québécoises, étant un peu tanné de mon faux accent français que je prends pour parler à tout le monde. Parler avec mon vrai accent, lâcher un ou deux sacres, prendre un peu d'alcool qui ne soit ni de la bière cheap ni du sodabi (vin de palme distillé…) a fait énormément de bien. Tellement que j'ai décidé de rester 2-3 jours de plus à Grand Popo pour rester avec elles, n'ayant rien de tout façon qui me poussait à quitter cet endroit, sauf un itinéraire écrit sur le dos d'une enveloppe de cd… On a fait un peu de plage, été dans des partys de rastas, et fait un picnic à l »embouchure du fleuve et de l'océan.

 

J'ai donc passé du bon temps avec elles, avec encore d'autres scènes un peu surréalistes. Parmi les plus frappantes, il y a eu l'après-midi où 4-5 Québécoises se faisaient bronzer en bikini sur la plage (attirant un lot d'Africains qui venaient leur parler en ayant quelques difficultés à les regarder dans les yeux) avec un Québécois à côté qui essayait de coudre ses semelles de sandales avec ses dents…

 

J'ai aussi rencontré deux Américains faisant partie des Peace Corps (programme du Congrès américain qui envoie des volontaires partout dans le monde faire du développement pour des contrats de 27 mois (avec un budget de 5000$ pour se loger, nourrir, déplacer pendant tout ce temps), j'en rencontre plein à Lomé aussi), lors d'une soirée avec les Québécoises dans un bar de rasta. Une autre soirée qui s'est terminée aux petites heures du matin, sur le bord de la plage complètement pacté… Je les ai revus la dernière soirée à Grand Popo.

 

Ensuite, je suis allé passer trois jours à Cotonou, où je n'ai pas fait grand chose (j'ai déjà dit à quel point j'aime les capitales ?). Cotonou, c'est « plus » que Lomé. C'est plus tout. C'est plus gros, plus grand, plus développé, il y a plus d'emplois, les routes principales sont plus belles, les routes secondaires sont plus laides, il y a plus de voitures et de motos, c'est plus pollué, c'est plus dangereux de traverser la rue, c'est plus gris, il y a plus d'itinérants, c'est plus bruyant. Bref, il y a plus de richesse, il y a plus de pauvreté…

 

Cherchant encore des compagnons de route pour le reste du voyage, je suis allé dans un resto/bar supposément être populaire auprès des blancs. C'était effectivement le cas, et je suis tombé directement sur les deux Ricains qui prenaient des gros Burger avec deux Ricaines. Le lendemain, je me promène et je tombe sur une des Ricaines qui attends les deux Ricains. On fini les quatre dans un resto très bien mais tellement dispendieux (6,50$ pour un jus de fruits frais!!). Bref, mon séjour à Cotonou a été marqué par des rencontres avec des Américains et par du luxe.

 

Je suis ensuite allé à Ganvié. Il s'agit d'un village sur pilotis. On pourrait probablement même parler d'une ville puisque entre 20 000 (Lonely Planet) à 40 000 (guide) personnes y vivent. Il y a donc des milliers de maisons en plein milieu d'un lac, tenant sur des poutres de bois que l'on pourrait qualifiées d'artisanales. Tout le monde se promène en pirogue. Il y a des rues et des ruelles, mais si tu es vraiment pressé, tu peux sûrement passer en dessous des maisons… Partout en Afrique, il y a des gens qui se promène avec des trucs à vendre sur leur tête, que ce soit des cigarettes, des gommes, des chaussures, des pantalons, des calculatrices, de la bouffe, bref n'importe quoi… A Ganvié, les gens se promènent en pirogues avec leur marchandise. Si trois où quatre de ces pirogues s'arrêtent dans la place centrale, ça forme un marché instantané et éphémère… Un village étrange, captivant et… surréaliste ?

 

Ensuite je me suis dirigé vers Abomey, ancienne capitale du royaume de Dahomey. Il n'y a pas grand-chose à faire là, outre le musée, qui se tient dans deux des douze palais royaux (chaque nouveau roi construisait son palais à côté de celui de son père). Les deux palais font 4 hectares, les douze en totalisent 44.

 

Le musée est bien tenu, la guide que j'ai eue connaissait ses trucs et pouvaient répondre à mes questions de façon précise de pertinente (pas le cas à Ganvié…) et elle a su garder sa crédibilité jusqu'à la fin (à Ouidah, le guide, qui était bon, l'avait perdu en disant qu'une photo de la ville, où on voyait des camions, avait été prise au 17è siècle, et en y tenant mordicus lorsque nous avions mis cette information en doute…). Le seul problème de la guide c'était le fait qu'elle aurait pu s'enregistrer et partir la cassette et son ton n'aurait pas été différent. On aurait dit un oral de secondaire trois par une fille qui a trop étudié son texte.

 

Finalement, j'ai fait un tour à Natitingou, dans le Nord. Le trajet, que j'ai fait en autobus (encore une scène surréaliste : je fixe le paysage par la fenêtre en étant écoeuré que la Mama à côté de moi prenne trop de place et parle fort. Il n'y a rien ; des champs, des champs, une petite maison, des champs, des champs, un village de 150 habitants, d'autre champs, encore des champs, une affiche disant qu'au bout de la trail de moto il y a un casino, d'autres champs… hein ? quoi ? un casino ? de kessé ?), a duré 7h, mais je n'ai pas profité du tout de mon passage dans cette ville. Premièrement, quand je suis arrivé à l'hôtel, j'ai pris une bière pour relaxer et suis allé faire un somme. Je me suis réveillé à 2h am… Une journée de perdue !

 

Deuxième journée, ça me prend tout mon courage pour sortir de mon lit, puis de la chambre, puis de l'hôtel. Je finis par me rendre jusqu'au téléphone où j'appelle les Ricains qui habitaient dans le coin de Natitingou. En fait, c'est à 60 km, il faut que je prenne un taxi-brousse, et qu'avant je retourne à l'hôtel chercher mes bagages (car il m'offre le logement) et tout ça commence à être compliqué, je laisse donc tombé les Ricains. Je décide de me promener dans la «ville » et d'aller voir les tata sombas (maison de deux étages et argile et en forme de châteaux) en fin d'après-midi. Malheureusement, mes sandales me lâchent encore. Je me rachète de la colle forte (j'avais vidé ce que j'avais amené du Qc), et je passe l'après-midi à recoudre le tout, mieux et plus fortement que la dernière fois. Tant pis pour les tata sombas…

 

Troisième journée était le départ. Je suis content de partir car l'hôtel me coûte cher, que je suis amorphe, que je n'ai plus le goût de dépenser pour faire des visites touristiques (j'ai vraiment trop dépensé depuis le début) et que la ville est ultra polluée, étant enclavée entre des montagnes et étant dans le temps que les paysans brûlent les champs pour la fertilité du sol. Je pensais prendre un taxis vers la frontière, en prendre un autre une fois traversé pour aller visiter des villages fortifiés (comme les tatas sombas) du côté du côté du Togo, prendre encore un Taxi jusqu'à Kara, la grande ville de la région, et de faire le reste le lendemain. Je regarde le Lonely Planet et me rend compte que ça va être vraiment plus compliqué que je crois et surtout plus long. Je décide de changer de plan et de retourner à Cotonou, et si j'arrive tôt, je pourrais même aller directement au Togo.

 

Quand je décide ça, il est déjà trop tard pour les autobus (où il y a une seule personne par siège, ce qui est le gros luxe !!). Je vais donc vers le taxi. J'attends une heure, avant qu'on me dise d'aller avec un autre taxi vers une ville un peu plus loin où je trouverai un autre taxi. J'ai donc fait 50-60 km en 2 heures… il en reste juste 500… A l'autre ville, j'attends 3 heures que la voiture se remplisse. A 15h, on nous annonce qu'on a finalement les 6 passagers nécessaires (2 en avant, 4 en arrière), mais se rend compte qu'il y en a 7 en fait. Ca rouspette un peu, mais accepte le fait de se tasser cinq sur la banquette arrière. Une chance qu'il n'y avait pas de Mama, parce que j'ai déjà fait 1h avec trois Mamas sur la banquette arrière et mon derrière n'avait jamais touché au siège, étant coincé entre l'accoudoir et le derrière d'une Mama… Pour ma part je suis assis en avant, dans le milieu, avec la fesse gauche sur le petit coussin pas confortable qui recouvre le frein à main et la fesse droite dans le vide. Cette position n'est pas si mal pour des trajets de 30-45 minutes… mais 9 heures comme ça, c'est un peu chiant. Et pour faire exprès, à 30-40 minutes de Cotonou, le chauffeur a mal fait son slalom entre les nids d'autruche et en a frappé un de plein fouet. Résultat : crevaison sur chacun des deux pneus gauche… Ayant un seul pneu de secours, le chauffeur nous laisse sur le bord de la route (nettement plus confortable…) et retourne en arrière chercher un autre pneu. Il revient 30 minutes plus tard avec un autre pneu de secours, mais avec une roue qui ballotte et qui n'a pas l'air solide pour cinq cennes… Evidement, il ne roule plus à plus de 30-40 km/h, donc le reste du trajet nous prend 2 heures… J'arrive à Cotonou à minuit, laisse tombé le trajet de nuit pour Lomé, et m'en vais à l'hôtel que j'avais pris la semaine précédente, pour le trouver déjà plein. Je mange pour la première fois depuis le matin, et pars à la conquête d'un hôtel pendant 30 minutes. Le quatrième que je trouve a une chambre miteuse vraiment cher pour rien (ok, 9$ c'est pas si cher, mais comparé au reste, c'est le pire rapport qualité-prix que j'avais eu depuis longtemps), mais ce n'est pas comme si j'avais le choix.

 

Le lendemain je quitte pour Lomé et tout se passe bien, même si un gendarme m'a arrêté à 5 km de la frontière et a vainement chercher quelque chose à me reprocher. Désolé le grand, t'auras pas de mon argent…

 

A suivre : des updates sur ce qui s'en vient, des photos de ma vie à Lomé, des photos du Bénin, et quelques autres réflexions sur la vie en général…

mardi 20 novembre 2007

Pas de nouvelle, bonne nouvelle

Bonjour à tous et à toutes,
 
Ce jeudi le 22 novembre, je quitterai le Togo pour aller visiter le Bénin. Je prévois y rester environ trois semaines et d'être de retour au Togo vers le 10 ou le 11 décembre.
 
Au menu de la visite, il y a :
 
- Grand Popo : Plages de sable blanc, hôtel et bar relax, probablement plusieurs backpackers avec qui fraterniser, notamment lors du full moon party sur la plage ce samedi. J'espère entre autre trouver des compagnons de voyage pour la suite des choses. Comme c'est petit et que c'est une des 3-4 destinations incontournable du Bénin, je me dis que je devrais trouver un, une ou des compagnons assez facilement. Mon plan est de rester là-bas 8-9 jours, mais va falloir que ça soit vraiment beau pour que je reste aussi longtemps.
 
- Ouidah : Je n'y serai que de passage entre Grand Popo et Cotonou, mais c'est l'endroit de naissance du vaudou et de départ de plusieurs esclaves. Mais bon, en 5-6 heures, je crois bien que je vais avoir fait le tour.
 
- Cotonou : Je ne m'éterniserai pas très longtemps là-bas. J'ai fait deux mois dans une capitale, deux jours dans une autre devraient suffire pour comparer, sauf si je me cherche encore des compagnons de voyage.
 
- Ganvier : ZE attraction au Bénin. Village sur pilotis dans un paysage bucolique aménagé pour les touristes. Je vais adoré ou détesté, j'ai hâte de voir...
 
- Natitingou : Je veux voir le Nord de l'un des pays d'Afrique de l'Ouest que je vais visiter. Ce sera l'occasion. Site du patrimoine mondial de l'Unesco avec des maisons en argile construites sur deux étages avec des fortifications et un look digne de chateaux!! Il parait en plus que l'endroit est très propice au vélo. Au moins je vais pouvoir dire que j'aurai fait un peu de vélo en Afrique (attends un peu, me semble que j'avais déjà prévu faire du vélo ailleurs en Afrique...)
 
- Vallée Tamberma (Togo) : Je me suis dit que tant qu'à revenir sur mes pas, aussi bien prendre un autre chemin pour le retour. Alors pourquoi pas visiter le site du patrimoine mondial au Togo, qui est tout près de Natitingou. Cette fois ce sont des villages qui sont fortifiés. Plusieurs. Dans une vallée. Je dois avouer que je ne m'attends pas à grand chose, mais que tant qu'à être dans le coin...
 
- Kara (Togo) : Il parait que les plus belles routes du pays s'y trouvent... Ok, c'est vraiment juste une ville de transit, il n'y a absolument rien à voir là-bas... Mais Monsieurs le Président du Togo vient de là (d'où les routes...)
 
Je dois avouer que j'ai hâte de voir à quel point je vais respecter ou non cet itinéraire...
 
Je vais aussi profiter, pendant ces trois semaines au Bénin, pour m'offrir une cure de désintoxe. L'alcool n'est pas en cause, la drogue encore moins. Ce n'est même pas relié à une fille. Il s'agit d'Internet...
 
Si vous avez essayer de me joindre par courriel depuis les deux derniers mois, vous avez surement remarqué que je vous répondais en moins de douze heures en général...
 
A ma défense, les gens de l'ONG travaillent presque tous dans un "cyber", donc c'est le point de rencontre naturel. Comme je les attends quelques heures à chaque fois que l'on se donne rendez-vous, il est très facile, et tentant, d'aller voir mes courriels. Et d'ouvrir MSN, et d'aller voir Facebook, et ha tient, qu'est-ce qu'ils disent de bon sur Radio-can? Et su Cyberpresse? Et ma transaction sur accesd elle est passée. Pis je vais en profiter pour uploader 2-3 photos. Tiens Salut Alex, quoi de Neuf? Hey Julien, tu es descendu à OP dernièrement?... Puis après être allé "regarder si j'avais reçu un courriel" pendant deux heures, la personne arrive et on peut faire ce que l'on devait faire...
 
Bref, dans les trois prochaines semaines, pas de nouvelle = bonne nouvelle. Ne vous gênez pas pour m'envoyer des courriels pareil, surtout ceux qui m'aident dans ma réflexion (ils/elles se reconnaîtront). Si vous avez quelque chose d'urgent à me dire, vous avez jusqu'à mon départ... soit demain...
 
S'il y a quelque chose de vraiment urgent, voici mon nouveau numéro : +228 016 53 25. Aux dernières nouvelles, ça ne fonctionnait pas, mais je vais faire des tests demain.
 
Je vous aime tous (sauf la p'tite grosse lesbienne avec le chapeau, là, dans le coin...)
 
Max

mercredi 14 novembre 2007

Mes impressions du Togo

Il temps je crois de vous faire un compte rendu de ce que je vis et de ce que j'aime et ce que je n'aime pas du Togo. Ou plutôt je devrais dire de Lomé, la capitale, car j'y suis depuis le début.

 

Ce que j'aime :

 

Premièrement, il y a l'accueil des gens. Tout le monde a été très accueillant avec moi et je crois que je n'ai pas seulement été accueilli comme un sac d'argent ambulant, comme dans d'autres villes, mais comme un invité.

 

Ensuite, il y a tout ce que je pourrais inclure dans ce que j'appellerais le paysage. Vous vous faites sûrement une idée de ce à quoi ressemble l'Afrique, et cette image peut être positive ou négative. Pour ma part, cette image est très positive, voire romantique. Et bien, j'ai trouvé l'incarnation de cette image au Togo (c'était un peu la même chose au Sénégal). Un climat semi désertique (à ma grande surprise), mais pas trop car il y a tout de même pas mal d'arbres, probablement plus que dans bien des villes d'Europe. La température est chaude, il ne pleut pratiquement jamais malgré une humidité omniprésente et la fin de la saison des pluies. Les routes sont en sable, et celles qui sont en asphalte deviennent ensablées très rapidement.

 

Depuis que j'ai commencé à vraiment voyager (depuis l'Egypte), j'ai l'habitude de tout négocier, des souvenirs à la bouteille d'eau, en passant par le taxi. Pas ici ! J'ai même été déstabilisé par la propriétaire de l'hôtel où j'habite maintenant quand j'ai essayé de négocier un peu et qu'elle m'a pratiquement envoyé promener en me disant d'aller voir ailleurs si je n'étais pas content avec le prix. Au début, j'avais tout le temps l'impression de me faire avoir (c'est encore vrai, mais moins), surtout que je ne négociais pas, et quand j'essayais, c'était un échec lamentable. Puis, après quelque temps, je me suis rendu compte que toutes les gens me donnaient les mêmes prix et que je n'avais donc pas à négocier, sauf pour les motos-taxis…

 

Les fameux moto-taxis sont aussi quelque chose de génial, même s'ils vont aussi se retrouver dans la section de ce que je n'aime pas. C'est moins cher, moins énergivore, plus pratique dans le trafic, qui n'existe pratiquement pas étant donné le nombre restreint de voitures et cela serait moins polluant, si seulement il y en avait plus dont le silencieux fonctionne. Il y a des vraies motos, des scooters et des genres d'hybrides entre un scooter et un vélo…

 

Il y a aussi la plage qui est vraiment belle, même si on ne peut pas se baigner. Il parait qu'il y en a une payante un peu plus loin où l'on peut se baigner et qui est plus entretenue, mais je n'y suis pas encore allé.

 

Il y a la sécurité de la ville. Je ne me sens absolument pas menacé quand je me promène dans la ville. C'est à moitié dû aux trucs que j'accumule depuis le début du voyage et à moitié au fait que les gens ne semblent tout simplement pas dangereux. Je reviens du café Internet pratiquement tous les soirs vers 23-24h et je ne sens aucun danger sur le chemin que je prends, qui est relativement bien éclairé, en plus d'avoir deux gardes de sécurité en chemin (que j'essaie de mettre de mon bord en leur disant salut à chaque fois que je les croise (s'ils ne dorment pas…)). Je suis allé au grand marché pendant le jour, et je ne me suis pas senti menacé du tout, ce qui n'est pas toujours le cas dans les autres villes…

 

Il y a la musique. Malheureusement, je crois que toute la bonne musique que j'entends (Sagacité notamment) vient de la Côte d'Ivoire. La musique que j'ai réussi à identifier comme venant du Togo était passablement mauvaise. Mais il y a tout de même une culture de la musique et de la danse très développée. La première fois qu'on est sorti, c'était dans une buvette, i.e. un kiosque de bière avec des tables et des chaises à l'extérieur, et un système de son crachant de la musique à tue-tête. Olivier et Rovany ont dansé pendant les quatre heures où nous étions là. Quand on se promène dans la rue, et qu'un magasin fait joué de la musique, il n'est pas rare de voir les gens danser un peu en marchant. Aussi, quand les cellulaires sonnent, les gens laissent sonner un peu pour danser sur la musique de la sonnerie !

 

Et enfin, je termine par le plus important, ce que j'appellerai la Naïveté. Je crois qu'il n'y a pas meilleur mot pour décrire cela… Sans cette naïveté, les Togolais ne seraient pas Togolais. J'essayais de corriger leur syntaxe (qui est très naïve) au début, mais le texte perdait tout son charme. La même chose se produirait s'ils perdaient cette naïveté …

 

Du positif en vrac : L'eau à 6 cents/litre. La bière à 40 cents ou 1$ pour un grosse. Le resto bar jazz dont je suis accro. Les animaux en liberté, surtout les bébés chèvres. Lorsque tu es dans un resto et que tu lèves les yeux, tu ne vois pas de néons, mais la lune et les étoiles. Les écureuils sont remplacés par des lézards, les plus cool étant bleus avec la tête jaune flash.

 

Ce que je n'aime pas :

 

L'absence de conscience environnementale est désolante. Lorsque l'on a terminé avec ce que nous consommons, on le jette par terre, tout simplement. Je garde mes déchets et les jettent dans la poubelle de l'hôtel ou du café Internet, mais j'ai l'étrange impression qu'à la fin de la journée, ça se ramasse dans la rue quand même. La ville est tout de même propre, car les gens balaient le sable devant chez eux chaque matin. Je ne suis pas encore certain de ce qu'ils font avec les déchets, mais je crois qu'ils font des tas et les brûlent. Je crois aussi qu'il y a une entreprise privée qui passe avec des petites charrettes dans lesquelles ils récoltent les ordures, mais encore là ne me demandez pas où vont les charrettes. Mais je crois que ce qui m'énerve le plus du côté hygiène, c'est l'habitude qu'ils ont de pisser n'importe où. Ce ne sont pas seulement les jeunes ou les gens saouls qui pissent partout. Tu peux te promener sur un boulevard achalandé et puis voir un homme debout immobile face au mur. Tu te dis qu'il lit une affiche électorale, mais non, il remonte sa braguette et poursuit sa route. Pour leur part, les enfants ne prennent pas la peine d'aller contre un mur… Cela a entraîné une multiplication des messages : « Interdit d'uriner le long de ce mur, amende de 5000 francs (10$) ». Et comme c'est un peu contre mes valeurs de pisser sur les maisons des gens, qu'il n'y a aucune toilette publique et que je dois entre deux et trois litres d'eau par jour, ma vessie est devenue totalement élastique.

 

La langue m'énerve aussi. Le français est la langue officielle, et toute l'éducation se fait en français, sauf un cours optionnel de langue maternelle en je ne sais plus trop quelle année. Donc comme tout le monde sauf de rares exceptions parle français, on s'adresse à moi en français (et il y a quelques différences notables : « Bonne arrivée » au lieu de « Bienvenue », « Bonsoir » au lieu de « Bonjour », « Comment ? » au lieu de « Comment ça va ? »)… Cela fait en sorte que je ne connais que 4-5 mots d'un des quatre dialectes régionaux présents dans le pays. J'ai voulu apprendre les nombres, et ça a tout pris à un de mes collègues, et deux personnes à qui il a demandé, pour me dire les chiffres de 1 à 10. A partir de 11, les trois avaient des versions différentes, et ils ont fini par me dire que plus personne ne les utilise. Et comme ils n'ont jamais appris eux-mêmes leur langue, ils ne savent pas comment me l'expliquer. Quand on tente de m'apprendre, on me lance en vrac des expressions comme « vient manger », « je veux acheter xyz » ou « bienvenue ». Tout ça est bien, mais ils ne tentent même pas de m'expliquer la logique, s'il y en a une. En plus, c'est la 6 e langue que j'utilisais en mois de 4 mois (français, anglais, espagnol, arabe, swahili et Evé), donc je commençais à être saturé et à tout mélanger, alors je n'ai pas insisté. Je ne suis donc pas capable d'apprendre la langue du pays, et ça m'énerve un peu. J'ai donc profité de l'occasion pour m'acheter un livre d'arabe et d'essayer de garder mon arabe à niveau…

 

Je reviens sur les motos-taxis. Il y a deux choses que je n'aime pas trop. Premièrement, c'est le seul truc que j'ai eu à négocier à date au Togo. Ce n'est pas trop trop grave car ça tient mes talents de négociateurs alertes, mais j'ai toujours l'impression de me faire avoir. Et comme certains me disent le prix « yovo » (blanc) et d'autres sont honnêtes et me donnent un prix raisonnable, je ne sais jamais si je dois négocier fort ou pas. C'est plus simple quand tu sais que tout le monde essaie de te charger 4 fois le prix…

 

L'autre chose que je n'aime pas, c'est qu'ils sont ultra insistants. Ici, c'est un emploi très populaire. Vous vous achetez une moto, et vous arpentez les rues de la ville à la recherche de clients. Je comprends que leur repas du soir dépend du nombre de clients qu'ils ont. Mais premièrement, ils me demandent tous, d'une manière ou d'une autre (un regard, un « vous allez ? », un signe de la main, un pssst ou un coup de klaxon) si je veux embarquer, peu importe où je me trouve ou ce que je fais. Avec les locaux, ils ne demandent que si les gens ont l'air d'attendre quelque chose, comme un taxi à Montréal, mais avec moi, que je sois en train d'attendre, de marcher ou de manger, ils me font signe…Ca fini par tomber sur les nerfs.

 

Mais le pire, ce sont les klaxons. Au début, c'étaient les pssst qui m'énervaient, mais maintenant, je réponds poliment aux pssst et j'ignore les klaxons. Même que si j'ai besoin d'une moto, je boycotte ceux qui me klaxonnent. Les conducteurs me voient de loin (me semble que je flash assez), ils voient bien que je marche droit devant, que je ne cherche rien et que j'ai l'air de connaître la place. Ils voient bien que plusieurs autres motos sont passées et que je n'ai pas fait un geste. Ils savent bien que je les entends avec leur silencieux qui ne fonctionne pas. Et pourtant, quand ils passent à côté de moi, ils me klaxonnent ça dans les oreilles (souvent plus qu'une fois) et se retournent pour voir si je leur fais signe. Comme s'ils étaient les premiers à avoir eu la brillante idée ! Des fois, quand ils font ça, je les regardent des les yeux (n'oublions pas qu'ils m'ont dépassé et qu'ils regardent en arrière) comme si je ne comprenais pas en espérant qu'ils continuent de me regarder et foncent dans quelque chose ou qu'ils prennent une débarque. J'ai aussi le goût d'en arrêter quelques uns et de leur expliquer que ce n'est pas parce que je suis blanc que je ne comprends pas le systèmes des taxis, que si je veux un taxi je vais lever la main comme tout le monde et que je ne suis pas sourd : j'ai entendu la première fois qu'ils ont klaxonné. Si je n'avais pas peur de me faire casser la yeule, je le ferais ou je les fixerais du regard plus souvent et plus longtemps. En fait, j'ai remarqué que je le fais (fixer du regard) seulement quand je suis de mauvaise humeur… Je le prends donc maintenant comme un baromètre de mon humeur. Comme quoi je suis capable de trouver du positif dans n'importe quoi !

 

Il y a aussi le bébé du voisin. Quand il pleure, il ne pleure pas comme n'importe quel enfant, il gueule, mais gueule. Il a le cri le plus strident et le plus désagréable que j'ai jamais entendu (oui Alex, ça bat ton cri fatiguant. En fait c'est assez semblable, sauf que ça dure 20 minutes). Et chaque matin, chaque midi, et chaque soir il fait une crise de 15-20 minutes. Le matin ça me pousse à me lever pour aller aux toilettes, d'où je l'entends un peu moins. Le soir, je mets mes écouteurs et j'écoute la musique dans le tapis…

 

L'humidité. C'est lourd, très lourd. Imaginez-vous le jour d'été québécois le plus chaud. C'est correct si c'est sec, mais quand c'est humide, ce n'est pas le fun. Et bien ici, c'est comme s'il y allait avoir un orage à tout moment. A chaque fois que je regarde la météo sur internet, il y a 100% d'humidité et le facteur humidex augmente la température de 10 degrés…

 

L'absence de générosité des Togolais. Cela peut paraître surprenant, surtout que ça m'a pris moins de quatre heures trouvé un ONG, qu'il y en a (des ONGs) à tous les coins de rues, et que l'on vante souvent la générosité des Africains. Bien sûr, en général ils sont plus généreux que les Occidentaux, ou du moins, on sent que lorsqu'ils le font, c'est de bon cœur. Mais contrairement à la Tanzanie, je n'ai pas vu de liens familiaux très forts au Togo. On me présente souvent à une sœur ou un frère, mais ce sont très souvent des amis. Depuis que je suis ici, les gens que je côtoie sont allés une fois maximum voir leur famille… ils sont pire que moi ! Et contrairement au Sénégal, je ne vois pas de geste spontané de générosité. Au Sénégal, il était plutôt fréquent de voir les gens donner aux mendiants, ici on les chasse ou, au mieux, on les laisse tranquille. Au Sénégal, tu donnes un bonbon à un enfant, il va le séparer en trois et en donner à ses deux petits frères, ici, je suis pas mal certain que l'enfant se sauverait avec. Ici, rare sont ceux qui font quelque chose sans chercher à être rémunéré. Nous pouvons penser à l'exemple des partisans électoraux qui veulent être rémunéré pour leur « bénévolat ». Je pense aussi particulièrement à un architecte qui était supposé nous faire le plan d'un projet de bibliothèque, et qui vient de nous annoncer qu'il veut 100$ pour continuer son travail qui était supposé être bénévole au départ. Je peux aussi penser à la directrice de l'école américaine (une américaine bien sûr) qui me racontait qu'ils font une activité annuelle à l'halloween et ils demandent des commandites pour rentrer dans leur argent. Parfois, ils ont un petit surplus, donc cette année elle a décidé d'être honnête et d'inscrire sur la demande de financement que s'il y avait des surplus, ils allaient acheter des ordinateurs et réserver 10% du montant pour des œuvres de charité. Les professeurs togolais l'ont averti que dire que dire que l'argent peut aller à un organisme de charité allait faire en sorte que personne n'allait donner…

 

Bien sûr, tout n'est pas tout noir ou tout blanc. Les enfants (de 5 ans ou plus) prennent soin de leurs petits frères ou de leurs petites sœurs avec attention. Il y a un monde de coopération bien vivant. On a trouvé un monsieur qui a payé pour que l'on puisse faire notre conférence de presse, sans vouloir aucune publicité. Mais en général, je trouve que les Togolais sont les moins généreux des peuples d'Afrique sub-saharienne que j'ai rencontrés.

 

Du négatif en vrac : La douche froide (on s'habitue). L'absence totale de ponctualité (4 heures de retard, deux fois en une journée est le record à battre). Céline Dion. Garou. Les gens que je ne connais pas qui font comme s'ils me connaissaient (pour eux, je m'appelle Julien et j'habite en Europe). Les gens qui veulent me matcher avec n'importe quelle fille (j'ai décidé que j'avais maintenant une copine rotative, i.e. chaque fois qu'on me demande si je suis marié, je dis que non mais que j'ai une copine qui se nomme « le-nom-d'une-amie » que je change à chaque deux-trois jours). Le fait que lire par-dessus l'épaule des gens lorsqu'ils sont sur Internet soit normal. Le fait que les Togolais se servent d'Internet presque uniquement pour cruiser, même quand ils sont mariés. Mr. Corruption (voir article qui lui est consacré).  

mardi 30 octobre 2007

M. Corruption

Un problème technique m'empêche d'updater ce commentaire. Si vous voulez le lire, je l'ai en réserve, faudra me le demander...

Le feu

Hier, lundi matin, il y a eu une coupure de courant vers 6h30. Je me
suis réveillé et rendormi immédiatement, puisque ça arrive
relativement souvent. Les ventilateurs dans ma chambre arrêtent
pendant dix ou vingt minutes et repartent. Quand je me suis réveillé
un peu avant 9 heures, le courant n'était toujours pas revenu.

Je ne m'inquiète pas outre mesure puisque j'ai eu une conversation
avec un volontaire québécois (ça faisait longtemps que je n'en avais
pas vu de ceux-là), il me disait que jusqu'à tout récemment, ça
faisait partie de la vie de tous les jours de ne pas avoir de courant
pendant plusieurs heures, plusieurs jours par semaine.

Je m'en vais au toilette et je remarque en sortant de ma chambre une
odeur de brulé, peut-être une allumette, ou bien ça peut venir de la
cuisine qui est à dix pas de ma chambre. Arrivé dans la toilette, je
remarque de la poussière un peu partout. Il est normal qu'il y ait du
sable partout, mais de la poussière c'est plus rare. La peinture des
plafonds a tendance à s'égrainer, mais pour faire autant de poussière,
il faudrait que quelqu'un ait gratter le plafond.

Je regarde le plafond, tout est normal… et blanc. La poussière est noire.

Je prends du papier de toilette pour nettoyer un peu et la poussière
ne s'en va pas, elle s'étant. Tient, c'est de la suie ! Pourquoi y'a
de la suie ? Je vais mouiller le papier pour nettoyer un peu mieux.
Tient, il n'y a plus d'eau.

Je m'en vais dans l'autre toilette, parce que après réflexion,
celle-là est trop sale et sans eau, une toilette c'est pas vraiment
pratique.

En arrivant devant l'autre toilette (si de ma chambre à la cuisine il
y a dix pas, il y a deux toilettes dans un rayon de cinq pas…), je
vois ceci…







Et bien les pièces du puzzle se mettent en place. Ce congélateur a
pris feu tôt ce matin et comme les fils sont touchés, ils ont coupé le
courant. Je n'ai toujours pas compris pourquoi il n'y avait plus
d'eau, mais bon, je ne suis pas sûr que je veux le savoir.

Les gens de l'hôtel ont maîtrisé le feu assez rapidement et ont
décidé, dans leur gentillesse toute togolaise, de ne pas me réveiller
pour si peu. On se rappelle que le congélateur est entre ma chambre et
la toilette, et que la toilette est à moins de cinq pas de ma chambre,
ce qui fait que le congélateur est à environ quatre de ces fameux pas…

Revenu dans ma chambre, je commence à me demander ce que j'aurais
fait, dans l'éventualité ou ce feu se serait propager par les fils
électriques, ou aux armoires et étagères qui avoisinent le congélateur
(parce que les murs étant, au Togo, fait uniquement de briques et de
ciment, ils ont l'avantage de ne pas brûler). Est-ce que j'aurais
tenté de sauver mes affaires, qui sont étendues partout dans ma
chambre depuis que je me suis rendu compte que je me suis fait voler
d'autres trucs et que je les ai cherchés ? Est-ce que j'aurais pris
mes jambes à mon cou et aurait tenté de sauver ma peau ? Est-ce que je
les aurais aidés à essayer de combattre le feu ?

Je me suis lancé dans les conjectures. Au début, je me suis dit que
j'aurais sûrement essayer de prendre mon appareil photo, mon lecteur
MP3, mon cahier de notes et mon journal de voyage, puisque ce sont les
seuls trucs irremplaçables que j'ai, et que c'est tout petit. Puis je
me suis dit que, comme je n'ai absolument plus confiance en ma
compagnie d'assurance (Assurances Financière Desjardins, avec qui j'ai
des problèmes depuis le tout début de mon voyage, et que je vais
sûrement traîner en cours pour non respect du contrat à mon retour)
j'aurais peut-être penser à ramasser plusieurs trucs et les sortir en
vitesse de la chambre.

Puis m'est apparu le fait que ce congélateur est dans l'unique
corridor qui existe pour sortir de l'hôtel à partir de ma chambre. Il
y a d'autres portes, mais elles sont condamnées en l'absence de la
propriétaire. J'aurais sûrement réussi à en défoncer une, l'adrénaline
aidant. Mais bon, au moins maintenant je sais que je vis dans une
trappe à feu, donc la prochaine fois je prendrai mes jambes à mon cou…

Est-ce que j'aurais essayé de les aidés à combattre le feu. J'imagine
que si le feu n'était pas trop gros, j'aurais commencé par mettre mes
affaires à l'abris, près de la porte du premier étage, puis je serais
revenu pour lancer des sceaux d'eau moi aussi, ou pour tasser la tank
de gaz propane qui sommeillait tranquillement dans la cuisine, à six
pas de là…

Mais bon, ça m'a fait brièvement réfléchir sur le fait que j'aurais
pu, dans le pire des cas mourir loin de ceux que j'aime. Dans le un
peu moins pire des cas, je me suis rendu compte que j'ai passé proche
pour une deuxième fois de perdre tout ce que je possédais à la proie
des flammes.

Je me suis surtout rendu compte que je n'aime pas le feu… L'eau c'est mieux.

lundi 29 octobre 2007

Le 17 octobre

Mercredi le 17 octobre avait lieu la journée internationale de lutte contre la pauvreté. Vous en avez sûrement entendu parlé dans les médias et je sais même que certains d'entre vous y avez participée. Pour ma part, mon premier projet avec l'ONG avec qui je travaille ici était d'organiser cette journée pour la première fois au Togo.

 

Quand je suis arrivé, le 18 septembre, le concepteur de projet avait déjà monté un dossier, avec un budget et tout. Le dossier, comme tout ce que Frank fait, était très bien fait. Les programme de la journée ressemblait à ceci : marche dans les rues de la ville le matin, puis on arrive à une place publique où il y a des jeux, des ateliers pour les ONGs, et des trucs du genre. Le soir (il ne se passe rien dans l'après-midi, c'est le « repos »), il y aurait un concert gratuit. Cela devait se passer le 20 octobre au lieu du 17, puisque c'est un samedi, ce qui aide côté participation du public.

 

Tout ça devrait coûter 1 500 000 FCFA, soit un peu plus de 3 000 $. L'ONG propose d'en payer environ le tiers (en fait il s'agirait de don mineurs et de gratuités…) et tente de trouver cinq commanditaires pour le million restant. On envoie des dossiers à plusieurs entreprises où on connaît quelqu'un qui connaît quelqu'un qui connaît celui qui s'occupe peut-être des commandites. Je me dis qu'on devrait ratisser plus large, ayant fait environ que sept ou huit demandes, alors que l'on veut cinq commanditaires. Mais leur enthousiasme et leur optimisme face à ces compagnies me fait croire que les gens donnent facilement, surtout quand on a un contact aussi connu dans la place ! Aussi, je me rends compte qu'imprimer un dossier ici est une décision réfléchie, et qu'on ne fait pas de photocopies « au cas où ».

 

On cherche aussi une place pour le concert. Le programme initial prévoyait le faire dans une place publique, mais M. Corruption (je vais vous le présenter dans un prochain post) insistait pour qu'on invite toute la classe politique, d'affaire et autre et semblait vouloir changer le concert gratuit pour les pauvres en concert de propagande politique et tout. Il insistait donc pour que ça soit fait dans une place plus chic et fermée. Un des artistes qui nous a aidé beaucoup nous a aussi fait comprendre que si on voulait du financement, on devait avoir une place VIP et un endroit qui avait de l'allure. Il nous a donc prêté sa notoriété pour nous ouvrir quelques portes.

 

Premier arrêt : le centre culturel français qui a une place de spectacles pouvant accueillir 200-250 personnes. C'est bien, c'est central, c'est chic mais pas trop, bref c'est un endroit gagnant ! Nous allons donc rencontrer le sous-directeur qui s'occupe de la programmation. Il nous dit que notre projet est bien, mais que les élections le force à fermer.

 

Et oui ! il y a des élection dimanche le 14 octobre. Les résultats sont attendus dans la nuit du 16 ou le matin du 17 octobre. L'ambassade française a fortement recommander (lire forcer) ses composantes à fermer pour toute la semaine. Ça peut sembler une réaction un peu forte, mais aux dernières élections, l'Institut Goethe a été brulé par des manifestants. Et si tout se passe bien, ce sera la première fois dans l'histoire récente du Togo… Les gens sont donc craintifs. (pour voir ce que ça a donné, voir le poste « le pétard mouillé »)

 

Je dois avouer que nous avions pas penser que les élections auraient des répercussions une semaine après le vote. Nous n'abandonnons pas et nous allons voir d'autres endroits, qui nous disent sensiblement la même chose, qui ne retourne pas nos appels ou qui nous disent que nous sommes trop tard. Le vendredi 12 octobre, nous décidons que nous ne sommes pas en mesure de faire ça le 20, n'ayant toujours pas d'endroit ni de commanditaire. Seule la Miss Togo avait dit qu'elle acceptait de s'associer à l'événement et faire un discours.

 

Nous préparons une lettre à tous les commanditaires pour les informer que « dû à l'incertitude entourant les élections » (bullshit) nous repoussons la date de l'événement, mais que celui-ci garde la même formule.

 

Entre temps, je contacte les quatre écoles internationales qui sont à peu près les seules à être ouvertes, puisque les inondations (lire élections) ont repoussé la date de début des classes d'un mois. Je veux les faire participer à une action qui se nomme stand up and speak out, ou Debout et manifestez. Il s'agit de se regrouper, de se lever de de faire une déclaration commune, ou chacun dit quelque chose, ou tout le monde reste silencieux, on s'en fout. Le but est surtout de se lever pendant une minute afin que le tout soit homologué dans les records Guinness. L'an dernier 23,5 millions de personnes se sont levées dans le monde en l'espace de 24 heures, le but est de battre ce record.

 

Je joins le lycée Français, qui ne pensent pas le faire puisque cela ne s'inscrit pas dans une perspective globale. Peut-être l'an prochain feront-ils une semaine complète avec cette action à l'intérieur. A l'école Arc-en-ciel, j'apprends qu'il y a des jeunes qui font le BI, et doivent faire des heures communautaires et seraient probablement intéressés. Je fini par leur parler, mais le directeur s'en mêle, ne semble pas apprécié avoir été mis au courant (faut dire ça à la secrétaire qui m'a dirigé ailleurs…) et demande que je fasse une demande formelle avec une lettre et des papiers explicatifs et tout. Je le fais et n'en entends plus parler. Il faut dire que mon téléphone a des problèmes de connexion, donc s'ils ont essayé de m'appeler, ça n'a peut-être pas marché. Mon Président m'a dit qu'il a croisé la secrétaire et elle lui aurait dit qu'ils l'ont fait finalement, mais entre ce qu'ils disent et ce qu'ils font. Et au jeu du téléphone, les Togolais ne sont pas les meilleurs (Ils ont tendance à ne pas dire ce qu'ils ont entendu…), donc est-ce qu'ils l'ont fait ou pas, je ne sais pas…

 

L'école Britannique étant à l'autre bout de la ville, en plus d'avoir une secrétaire des plus antipathiques, je les ai laissé tomber, faute de temps. Il ne reste que l'école américaine. La directrice est une jeune dame d'une cinquantaine d'année qui revenait justement d'une conférence où ça parlait de ce qui pouvait être fait pour conscientiser les jeunes aux problèmes de développement et c'est une perspective qu'elle entendait mettre de l'avant, et envers laquelle certains professeurs seraient très enthousiastes. Disons que j'arrivais juste au bon moment.

 

Elle accepte avec joie de le faire. Dans sa classe d'anglais langue seconde de niveau secondaire (l'école compte 45 élèves, primaire et secondaire confondu, donc sa classe en compte la moitié…) elle les fera rédiger un discours en se basant de l'exemple qui est sur le site Internet et que je lui ai amené une copie. On se donne rendez-vous mercredi matin pour que je vienne prendre des photos.

 

Mardi en fin d'après-midi elle me croise et me dit que malheureusement, à cause des élections, ils ferment l'école. Le but étant de se lever dans les 24 heures déterminées par Guinness, je laisse tomber l'action.

 

De retour à l'organisation de la journée. Toute la semaine est passée à essayer d'avoir des réponses des commanditaires. Au début on se fait dire : Attendez de voir les résultats des élections. A la fin, on se faisait dire d'attendre la réaction du parti d'opposition, qui contestait les résultats. Bref, personne ne voulait se commettre et surtout ne voulait être associé à un événement qui pourrait être perçu comme une contestation électorale.

 

Côté local, nous nous sommes rabattus sur l'option de départ, c'est-à-dire un concert en plein air. Nous installerons une tente pour les VIP. Mais même ça, alors que l'oncle de Frank est le maire d'un « arrondissement » et qu'il n'y avait aucun problème au départ, devient moins certain. Le maire de Lomé veut une enquête sur nous et nos motifs politiques avant d'autoriser cette manifestation. Cela prendrait environ un mois.

 

On se retrouve un semaine plus tard dans la même situation : pas d'endroit pour le concert, pas d'argent pour le concert…

 

Je demande à ce que l'on se fixe un temps limite où l'on déciderait ce que l'on fait. Après tout, si on le fait, on doit envoyer des invitations et faire de la pub très rapidement. Cela coute très cher. Si on ne le fait pas, on doit envoyer des lettres d'annulation. On fixe cette date à lundi fin d'après-midi, lundi étant consacré à faire un dernier tour des commanditaires pour leur demander si oui ou non ils financent.

 

On décide de repousser le dead line à mardi, n'ayant pas de nouvelles d'aucun contact. Le mardi on rencontre un journaliste qui veut savoir en quoi consiste la journée et tout. On lui dit qu'on va prendre la décision le lendemain puisque nous n'avons pas de commanditaire, et il nous informe que nous ne sommes pas les seuls et que selon lui nous n'en aurons pas. Il lance l'idée de faire une conférence de presse à la place, pour faire connaître la journée à un moindre coût.

 

Ouf, une bouée de sauvetage. Le Président est enthousiaste à cette idée. Je saute sur ce plan B et on se lance à pieds joints dedans. On doit seulement trouver une salle, des chaises, de la bouffe pour les journalistes et de l'argent pour les payer. Et oui, ici on paye les journalistes ! En fait, normalement on doit payer la station de radio/télé pour qu'elle envoie des journalistes. Il y a liberté de presse oui, mais il ne s'agit pas de vouloir se faire entendre, il faut aussi avoir les moyens…

 

Les fonds minimums nécessaires pour faire un concert étaient d'environ 800$, en coupant partout où l'on pouvait. Le coût de la conférence de presse est de 80-100$.

 

On avait rendez-vous le mercredi midi avec un de nos contacts qui connaît quelqu'un qui connaît quelqu'un. Il veut nous rencontrer pour nous proposer quelque chose. Le lendemain on rencontre finalement le monsieur en question. Il nous demande où nous en sommes. Nous lui expliquons le léger changement dans le programme (on annule tout…). On fait une conférence de presse à la place. Combien cela peut coûter ? On sait pas trop, 40-45 000 FCFA, disons 50 000 pour être moins juste. Loin de nous prêter son véhicule, il nous donne les 50 000 FCFA et nous dit qu'on peut utiliser sa maison qui est assez grande pour accueillir une vingtaine de journalistes. On est un peu bouche bée devant la première personne généreuse que l'on rencontre.

 

Finalement on a du changer d'endroit, car il recevait de la visite imprévue. Je suis retourné rencontrer la directrice de l'école américaine. Elle me dit qu'elle doit demander au président du conseil de l'école qu'elle s'en va justement rencontrer, mais qu'elle ne voit aucun problème. Elle m'annonce en même temps qu'elle n'a pas abandonné le projet du Stand up and Speak out. Elle a continué à travailler sur un texte pendant toute la semaine (elle s'est rendu compte qu'écrire un texte à 25 ce n'est pas évident…) et elle prévoit le faire vendredi matin. Elle m'invite par le fait même à aller faire un exposé sur ce que fait l'ONG avec qui je travaille, à présenter la journée du 17 octobre et à donner les résultats de l'action. Ceux qui connaissent mon amour de la préparation d'avance ne seront pas surpris que je me sois payé un petit quinze minutes d'improvisation en anglais. Je m'en viens pas si mal pour improviser devant une classe, merci au BI et aux assos ! Pour la petite histoire, il y a eu 45 millions et personnes à s'être levées et à avoir manifesté, dans plus de 127 pays… et le président du conseil a dit non pour le local.

 

Nous avons tout de même trouvé une salle pas loin de notre bureau dans un restaurant, pas trop cher et qui a un peu de classe (et un toit…). Nous pouvons finalement envoyer les invitations aux médias (nous sommes jeudi le 25 octobre…). Un petit tour de moto, quelques serrages de mains, une entrevue improvisée pour annoncer dans le journal du midi qu'il y aura une conférence de presse (?), un journaliste (hors ondes) qui essaie de me piéger en m'emmenant sur le terrain de la politique et voilà, les journalistes devraient se présenter.

 

Vendredi on trouve (un peu trop tard ?) un commanditaire : Voltic, un embouteilleur d'eau. On se dit qu'on va pouvoir économiser au moins sur ça. Il nous envoie 10 boites de 24 bouteilles de 500 ml, en s'excusant de ne pouvoir faire mieux (deux auraient été amplement suffisantes) !

 

Et enfin la grande journée arrive ! Je me lève tard pour ne pas être fatigué (et aussi parce que je me demande s'ils vont se prendre en main seuls si je n'arrive pas rapidement). Mais, quand je viens pour partir : le déluge !

 

Ici, il fait soit 35 degrés avec une humidité écrasante, ou il y a un orage de 20 minutes qui abaisse la température et surtout l'humidité pendant une heure ou deux, non sans laisser des flaques, que dis-je des marres, que dis-je des lacs d'eau dans les rues !

 

Cependant, Dame Nature tente de pousser notre limite à bout ce samedi. Non seulement il y a un orage pendant plus d'une heure (que dis-je des océans dans les rues !) mais il continue de pleuvoir, quand même fort, par après. Après deux heures enfermées dans ma chambre, je me décide à sortir. Les rues secondaires (99% des rues) sont souvent impraticables, et comme à chaque fois qu'il pleut, Lomé a arrêté de vivre et attend que ça passe.

 

Je me rends au café Internet où je désespère. Les élections ont failli nous couper l'herbe sous le pied. La réticence togolaise à donner de l'argent a failli nous couper l'herbe sous le pied. Le manque de ponctualité a failli nous couper l'herbe sous le pied. Mais on a toujours trouvé une solution. Va-t-il falloir qu'une vulgaire pluie, contre laquelle on ne peut rien faire, vienne ruiner un mois d'effort ?

 

Bien sûr l'endroit est couvert, mais les journalistes ne le savent pas et nous n'avons pas leur numéro de téléphone sauf pour quelques uns. Les autres ne prendront pas la peine de se déplacer au risque de retourner bredouilles et mouillés. Même le chanteur qui était supposé venir pensait que c'était annulé.

 

Mais à 13h30 (la conférence était appelée à 14h30), la pluie cesse et le soleil ressort de toutes ses forces. On a une heure pour faire ce que l'on avait prévu en 5 ou 6 heures… Il faut arranger la salle, aller chercher la banderole, trouver de la bouffe, amener les bouteilles d'eau et être là à l'heure pour accueillir les journalistes. Allez tout le monde on se dépêche il faut… Mais… Où sont-ils passés ?

 

Ils sont partis se changer bien sûr !

 

T*&$^*ù!* d'O*$*' de C&$^*ù!* y'a personne qui avait pensé à se préparer avant ? Pourquoi est-ce que je suis le seul qui est prêt ? J'ai même presque fait un discours et personne n'a pensé à se changer plus que 1h d'avance ?

 

Heureusement que les journalistes ne sont pas plus ponctuels que ceux qui donnent la conférence de presse. Je suis bien sûr le seul à me présenter à 14h30, et bien entendu rien n'est placé. Et quand une personne est en train d'accrocher la banderole, tout le monde fait son syndiqué, c'est-à-dire s'arrête et regarde l'autre et lui disant « un peu plus à gauche. Peut-être si tu tires comme ça. Non attends je vais essayer. » Il a même fallu que je m'en mêle pour que ça aie de l'allure. Les Africains sont débrouillards, ça on peut pas leur enlever, mais les Québécois n'ont pas une revue et une émission de télévision qui porte ce nom pour rien !

 

Finalement avec 1h30 de retard, la conférence peut commencer. Nous sommes quelque chose comme huit autours de la table, certains n'ayant pas grand-chose à dire. Je suis assez fier de mon discours, même s'il n'était pas enregistré ni filmé, parce que la télé ne s'est pas déplacée et que les journalistes de la radio comptaient sur les entrevues « d'après match » pour leur topos.

 

La conférence comme telle s'est très bien déroulée, les entrevues aussi. J'avais très peur d'être un des seuls visés par les entrevues individuelles, avec l'artiste qui était avec nous, à cause de la couleur de ma peau. J'ai été agréablement surpris de ne pas avoir à donner aucune entrevue. L'ONG s'est fait des amis journalistes, a fait sa petite pub et a peut-être réussi à faire connaître la journée du 17 octobre au Togolais…