La Tanzanie me laisse perplexe. Il y a dans ce pays parmis les plus belles choses au monde, et parmis les plus laides.
Premièrement, du côté purement physique du pays, il y a bien sûr le contraste entre les beautés du Kilimanjaro, des parcs nationaux et la vie sauvage qui s'y trouve, de l'île paradisiaque de Zanzibar et de sa petite cousine Mafia. Pour certains, comme la vue du haut du Kili, c'est de la beauté pure, et pour d'autre comme le village de Nungwi sur l'île de Zanzibar, l'homme a donné un petit coup de pouce... mais je ne ferai pas mon puriste!
D'un autre côté, Dar est une ville globalement très laide, en manque d'un urbaniste en chef et d'une quelconque logique. Les bâtiments commerciaux poussent dans une architecture attroce et détruisent ce qu'aurait pu être une belle ville. Il n'y a rien à faire, rien à voir dans cette ville qui se cherche, mais qui ne semble pas avoir l'intention de se trouver...
Deuxièmement, politiquement. La Tanzanie a connu ses premiers moments d'indépendance avec un des leaders africains que je respecte le plus, avec Senghor et Mandela, et j'ai nommé Julius R Nyerere. Les gens le nomme le baba la taifa, ou le père de la nation, avec raison. Il a mené le pays comme un père bienveillant pendant une vingtaine d'année. Il a tenté d'y implanter un socialisme modéré, à la manière des pays scandinaves.
Il avait la vision d'une Tanzanie où tous auraient de quoi mangé, et où chaque village, nommé Ujuma (je crois, je cherche dans ma mémoire à long terme d'un travail que j'ai fait sur le Kenya et dont j'avais lu un article sur les deux pays...) aurait un champs commun, pour permettre de survivre en temps difficile, et de faire du commerce au profit de la communauté (au lieu d'un seul commerçant) en temps de bonnes récoltes. L'idée était excellente et plusieurs villages avaient commencé à se conformer vers la fin des années 70 et c'était un succès retentissant.
Mais, car en Afrique il y a presque toujours un mais, les choses n'allant pas assez vite, l'adhésion à ce système est passé de volontaire à obligatoire. Bien entendu, quelque chose d'imposé fonctionne toujours moins bien que quelque chose d'adopté. De plus, ces villages devaient être reconfigurés, voir déplacés et comme on a essayé de déplacer tous les villages du pays en même temps, plusieurs se sont ramassés dans des swamps juste parce que c'était près de l'autoroute...
La petite histoire dit que ce serait un haut fonctionnaire qui aurait ordonné le changement de vitesse pendant que Nyerere était dans un autre pays, mais il faut vraiment l'aimer pour croire ça... Par contre, ce qui est magnifique avec ce personnage, c'est que 3-4 ans plus tard, il a fait le constat lucide que ça n'avait pas fonctionné. Il s'est excusé et a démissionné. Je vous mets au défi de me trouver un politicien avec autant d'humilité...
Mais d'un autre côté, le pays s'est élancé depuis ce temps dans un capitalisme sauvage dicté par nos amis du FMI et de la Banque mondiale. Cela veut dire en gros : au plus fort le cash, et tant pis pour les autres. L'éducation n'est pas gratuite (à vérifier, car après quelque mois à travailler à envoyer des jeunes à l'école, ceux qui m'ont hébergé à Arusha sont tombés sur une école qui semblait être gratuite) et il n'y a aucun filet social. Le modèle du village avec un champs communautaire a été abandonné, bien que les villages soient demeurés dans leur swamp (ce qui est probablement la cause de l'échec) Bref un chacun pour soit s'est emparé du pays, malheureusement suite à un appel de l'ex-président qui a demandé à ses compatriotes de se prendre en mains pour aider le pays. Les gens ont compris le début du message et ont laissé tomber la fin.
Il avait la vision d'une Tanzanie où tous auraient de quoi mangé, et où chaque village, nommé Ujuma (je crois, je cherche dans ma mémoire à long terme d'un travail que j'ai fait sur le Kenya et dont j'avais lu un article sur les deux pays...) aurait un champs commun, pour permettre de survivre en temps difficile, et de faire du commerce au profit de la communauté (au lieu d'un seul commerçant) en temps de bonnes récoltes. L'idée était excellente et plusieurs villages avaient commencé à se conformer vers la fin des années 70 et c'était un succès retentissant.
Mais, car en Afrique il y a presque toujours un mais, les choses n'allant pas assez vite, l'adhésion à ce système est passé de volontaire à obligatoire. Bien entendu, quelque chose d'imposé fonctionne toujours moins bien que quelque chose d'adopté. De plus, ces villages devaient être reconfigurés, voir déplacés et comme on a essayé de déplacer tous les villages du pays en même temps, plusieurs se sont ramassés dans des swamps juste parce que c'était près de l'autoroute...
La petite histoire dit que ce serait un haut fonctionnaire qui aurait ordonné le changement de vitesse pendant que Nyerere était dans un autre pays, mais il faut vraiment l'aimer pour croire ça... Par contre, ce qui est magnifique avec ce personnage, c'est que 3-4 ans plus tard, il a fait le constat lucide que ça n'avait pas fonctionné. Il s'est excusé et a démissionné. Je vous mets au défi de me trouver un politicien avec autant d'humilité...
Mais d'un autre côté, le pays s'est élancé depuis ce temps dans un capitalisme sauvage dicté par nos amis du FMI et de la Banque mondiale. Cela veut dire en gros : au plus fort le cash, et tant pis pour les autres. L'éducation n'est pas gratuite (à vérifier, car après quelque mois à travailler à envoyer des jeunes à l'école, ceux qui m'ont hébergé à Arusha sont tombés sur une école qui semblait être gratuite) et il n'y a aucun filet social. Le modèle du village avec un champs communautaire a été abandonné, bien que les villages soient demeurés dans leur swamp (ce qui est probablement la cause de l'échec) Bref un chacun pour soit s'est emparé du pays, malheureusement suite à un appel de l'ex-président qui a demandé à ses compatriotes de se prendre en mains pour aider le pays. Les gens ont compris le début du message et ont laissé tomber la fin.
Enfin, du côté des valeurs. Après quelques mois en Afrique, notament après l'Egypte, il est très difficile de croire un Africain qui vous aide ou vous indique une direction. Habituellement, au prochain coin de rue vous redemandez votre chemin à quelqu'un d'autre juste pour être sûr. C'est encore plus difficile de croire quelqu'un qui vous dit qu'il va vous montrer le chemin, et ce gratuitement. Et bien, il a fallu que je baisse ma garde en Tanzanie, car les gens vous aide vraiment gratuitement avec joie...
Aussi, en Tanzanie ne dites pas que vous n'aimez pas vos parents, vous ne vous ferez pas d'amis. La famille est probablement la valeur la plus importante pour les Tanzaniens. Pas étonnant que le surnom de Nyerere soit le Père de la Nation. Aussi, les parents perdent leur propre nom quand leur premier enfant vient au monde et se feront appelé pour le reste de leur vie par "père de X" et "mère de X". Nos voisins était Papajuma et Mamajuma, l'ainé des enfants portant le nom de Juma. Cette forte valeur annule peut-être un peu l'absence de filet social dans la société, sauf peut-être pour les orphelins...
Aussi, le vol (sauf à Dar il faut croire) est une chose tabou, ce qui est bien. Mais...
Mais ce qui n'est pas nécessairement bien, c'est le pourquoi du tabou. Deux jours après leur arrivé, alors qu'ils logeaient encore dans un hôtel, mes hôtes ont vu une Européenne se faire voler son appareil photo par un jeune. Le jeune (une dizaine d'années) s'est fait poursuivre par les gens de l'hôtel et ils l'ont battu pendant de très longues minutes. Deux semaines plus tard, ils ont vu un homme se faire prendre à voler dans un commerce. L'homme s'est fait poursuivre par tous ceux qui étaient dans les parrages, s'est fait battre jusqu'à ce qu'il ne bouge plus, il s'est fait relever, mettre un vieux pneu autours du cou, remplir le pneu d'essence et allumer, jusqu'à ce qu'il meurt brûlé... Bref, ils ont assassiné le voleur, probablement pour quelques malheureux dollars. Et tout le monde est reparti chez soit, avec le sentiment de justice rendue, sans qu'aucune force de l'ordre ne vienne les déranger plus tard...
Pourquoi je sais ces histoires? Et bien quand je suis arrivé, un de mes hôtes faisait le budget et ne réussissait pas à trouver où il avait dépensé un 40 000 Shillings (35$). Le lendemain soir, après, comme chaque soir, avoir acceuilli et jaser avec les jeunes du voisinage qui viennent passer leur soirée dans la maison, le même hôte reprend sa money belt qu'il avait laissé sur la table et il remarque qu'elle est vide, alors qu'il est sûr qu'il y avait 40 000 Shillings. Je leur dis en passant que je n'étais pas certain, mais que je suis pas mal sûr de m'être fait voler 3$ us que j'avais moi aussi laissé trainer. C'en est assez, il va voir PapaJuma pour lui demander s'il peut questionner ses fils. Nous soupsonnons en fait un autre voisin (qui se drogue en "sniffant" de la colle, à 8 ans...), mais ne connaissons pas ses parents. PapaJuma passe la soirée à questionner son plus jeune fils, le voisin préféré de mes hôtes qui n'avoue rien. C'est à ce moment qu'on me raconte les histoires des deux autres voleurs... Le lendemain, mes hôtes retournent pour voir le père et le jeune passe finalement aux aveux: il a volé tout l'argent. Mes hôtes ont le désagréable honneur de voir un père battre son fils pendant une trentaine de minute, avec un bâton de plastique. Leur seule consolation est de se dire que cela lui servira probablement de leçon et l'éloignera de ce type de délit, ce qui lui sauvera peut-être la vie plus tard. Bien content que j'étais en train de faire mes valises
Donc oui le vol est un tabou, mais à quel prix?
Ce pays est donc un étrange mélange de beau et de laid, de bon et de mauvais, d'espoir et de résignation.
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