mardi 30 octobre 2007

M. Corruption

Un problème technique m'empêche d'updater ce commentaire. Si vous voulez le lire, je l'ai en réserve, faudra me le demander...

Le feu

Hier, lundi matin, il y a eu une coupure de courant vers 6h30. Je me
suis réveillé et rendormi immédiatement, puisque ça arrive
relativement souvent. Les ventilateurs dans ma chambre arrêtent
pendant dix ou vingt minutes et repartent. Quand je me suis réveillé
un peu avant 9 heures, le courant n'était toujours pas revenu.

Je ne m'inquiète pas outre mesure puisque j'ai eu une conversation
avec un volontaire québécois (ça faisait longtemps que je n'en avais
pas vu de ceux-là), il me disait que jusqu'à tout récemment, ça
faisait partie de la vie de tous les jours de ne pas avoir de courant
pendant plusieurs heures, plusieurs jours par semaine.

Je m'en vais au toilette et je remarque en sortant de ma chambre une
odeur de brulé, peut-être une allumette, ou bien ça peut venir de la
cuisine qui est à dix pas de ma chambre. Arrivé dans la toilette, je
remarque de la poussière un peu partout. Il est normal qu'il y ait du
sable partout, mais de la poussière c'est plus rare. La peinture des
plafonds a tendance à s'égrainer, mais pour faire autant de poussière,
il faudrait que quelqu'un ait gratter le plafond.

Je regarde le plafond, tout est normal… et blanc. La poussière est noire.

Je prends du papier de toilette pour nettoyer un peu et la poussière
ne s'en va pas, elle s'étant. Tient, c'est de la suie ! Pourquoi y'a
de la suie ? Je vais mouiller le papier pour nettoyer un peu mieux.
Tient, il n'y a plus d'eau.

Je m'en vais dans l'autre toilette, parce que après réflexion,
celle-là est trop sale et sans eau, une toilette c'est pas vraiment
pratique.

En arrivant devant l'autre toilette (si de ma chambre à la cuisine il
y a dix pas, il y a deux toilettes dans un rayon de cinq pas…), je
vois ceci…







Et bien les pièces du puzzle se mettent en place. Ce congélateur a
pris feu tôt ce matin et comme les fils sont touchés, ils ont coupé le
courant. Je n'ai toujours pas compris pourquoi il n'y avait plus
d'eau, mais bon, je ne suis pas sûr que je veux le savoir.

Les gens de l'hôtel ont maîtrisé le feu assez rapidement et ont
décidé, dans leur gentillesse toute togolaise, de ne pas me réveiller
pour si peu. On se rappelle que le congélateur est entre ma chambre et
la toilette, et que la toilette est à moins de cinq pas de ma chambre,
ce qui fait que le congélateur est à environ quatre de ces fameux pas…

Revenu dans ma chambre, je commence à me demander ce que j'aurais
fait, dans l'éventualité ou ce feu se serait propager par les fils
électriques, ou aux armoires et étagères qui avoisinent le congélateur
(parce que les murs étant, au Togo, fait uniquement de briques et de
ciment, ils ont l'avantage de ne pas brûler). Est-ce que j'aurais
tenté de sauver mes affaires, qui sont étendues partout dans ma
chambre depuis que je me suis rendu compte que je me suis fait voler
d'autres trucs et que je les ai cherchés ? Est-ce que j'aurais pris
mes jambes à mon cou et aurait tenté de sauver ma peau ? Est-ce que je
les aurais aidés à essayer de combattre le feu ?

Je me suis lancé dans les conjectures. Au début, je me suis dit que
j'aurais sûrement essayer de prendre mon appareil photo, mon lecteur
MP3, mon cahier de notes et mon journal de voyage, puisque ce sont les
seuls trucs irremplaçables que j'ai, et que c'est tout petit. Puis je
me suis dit que, comme je n'ai absolument plus confiance en ma
compagnie d'assurance (Assurances Financière Desjardins, avec qui j'ai
des problèmes depuis le tout début de mon voyage, et que je vais
sûrement traîner en cours pour non respect du contrat à mon retour)
j'aurais peut-être penser à ramasser plusieurs trucs et les sortir en
vitesse de la chambre.

Puis m'est apparu le fait que ce congélateur est dans l'unique
corridor qui existe pour sortir de l'hôtel à partir de ma chambre. Il
y a d'autres portes, mais elles sont condamnées en l'absence de la
propriétaire. J'aurais sûrement réussi à en défoncer une, l'adrénaline
aidant. Mais bon, au moins maintenant je sais que je vis dans une
trappe à feu, donc la prochaine fois je prendrai mes jambes à mon cou…

Est-ce que j'aurais essayé de les aidés à combattre le feu. J'imagine
que si le feu n'était pas trop gros, j'aurais commencé par mettre mes
affaires à l'abris, près de la porte du premier étage, puis je serais
revenu pour lancer des sceaux d'eau moi aussi, ou pour tasser la tank
de gaz propane qui sommeillait tranquillement dans la cuisine, à six
pas de là…

Mais bon, ça m'a fait brièvement réfléchir sur le fait que j'aurais
pu, dans le pire des cas mourir loin de ceux que j'aime. Dans le un
peu moins pire des cas, je me suis rendu compte que j'ai passé proche
pour une deuxième fois de perdre tout ce que je possédais à la proie
des flammes.

Je me suis surtout rendu compte que je n'aime pas le feu… L'eau c'est mieux.

lundi 29 octobre 2007

Le 17 octobre

Mercredi le 17 octobre avait lieu la journée internationale de lutte contre la pauvreté. Vous en avez sûrement entendu parlé dans les médias et je sais même que certains d'entre vous y avez participée. Pour ma part, mon premier projet avec l'ONG avec qui je travaille ici était d'organiser cette journée pour la première fois au Togo.

 

Quand je suis arrivé, le 18 septembre, le concepteur de projet avait déjà monté un dossier, avec un budget et tout. Le dossier, comme tout ce que Frank fait, était très bien fait. Les programme de la journée ressemblait à ceci : marche dans les rues de la ville le matin, puis on arrive à une place publique où il y a des jeux, des ateliers pour les ONGs, et des trucs du genre. Le soir (il ne se passe rien dans l'après-midi, c'est le « repos »), il y aurait un concert gratuit. Cela devait se passer le 20 octobre au lieu du 17, puisque c'est un samedi, ce qui aide côté participation du public.

 

Tout ça devrait coûter 1 500 000 FCFA, soit un peu plus de 3 000 $. L'ONG propose d'en payer environ le tiers (en fait il s'agirait de don mineurs et de gratuités…) et tente de trouver cinq commanditaires pour le million restant. On envoie des dossiers à plusieurs entreprises où on connaît quelqu'un qui connaît quelqu'un qui connaît celui qui s'occupe peut-être des commandites. Je me dis qu'on devrait ratisser plus large, ayant fait environ que sept ou huit demandes, alors que l'on veut cinq commanditaires. Mais leur enthousiasme et leur optimisme face à ces compagnies me fait croire que les gens donnent facilement, surtout quand on a un contact aussi connu dans la place ! Aussi, je me rends compte qu'imprimer un dossier ici est une décision réfléchie, et qu'on ne fait pas de photocopies « au cas où ».

 

On cherche aussi une place pour le concert. Le programme initial prévoyait le faire dans une place publique, mais M. Corruption (je vais vous le présenter dans un prochain post) insistait pour qu'on invite toute la classe politique, d'affaire et autre et semblait vouloir changer le concert gratuit pour les pauvres en concert de propagande politique et tout. Il insistait donc pour que ça soit fait dans une place plus chic et fermée. Un des artistes qui nous a aidé beaucoup nous a aussi fait comprendre que si on voulait du financement, on devait avoir une place VIP et un endroit qui avait de l'allure. Il nous a donc prêté sa notoriété pour nous ouvrir quelques portes.

 

Premier arrêt : le centre culturel français qui a une place de spectacles pouvant accueillir 200-250 personnes. C'est bien, c'est central, c'est chic mais pas trop, bref c'est un endroit gagnant ! Nous allons donc rencontrer le sous-directeur qui s'occupe de la programmation. Il nous dit que notre projet est bien, mais que les élections le force à fermer.

 

Et oui ! il y a des élection dimanche le 14 octobre. Les résultats sont attendus dans la nuit du 16 ou le matin du 17 octobre. L'ambassade française a fortement recommander (lire forcer) ses composantes à fermer pour toute la semaine. Ça peut sembler une réaction un peu forte, mais aux dernières élections, l'Institut Goethe a été brulé par des manifestants. Et si tout se passe bien, ce sera la première fois dans l'histoire récente du Togo… Les gens sont donc craintifs. (pour voir ce que ça a donné, voir le poste « le pétard mouillé »)

 

Je dois avouer que nous avions pas penser que les élections auraient des répercussions une semaine après le vote. Nous n'abandonnons pas et nous allons voir d'autres endroits, qui nous disent sensiblement la même chose, qui ne retourne pas nos appels ou qui nous disent que nous sommes trop tard. Le vendredi 12 octobre, nous décidons que nous ne sommes pas en mesure de faire ça le 20, n'ayant toujours pas d'endroit ni de commanditaire. Seule la Miss Togo avait dit qu'elle acceptait de s'associer à l'événement et faire un discours.

 

Nous préparons une lettre à tous les commanditaires pour les informer que « dû à l'incertitude entourant les élections » (bullshit) nous repoussons la date de l'événement, mais que celui-ci garde la même formule.

 

Entre temps, je contacte les quatre écoles internationales qui sont à peu près les seules à être ouvertes, puisque les inondations (lire élections) ont repoussé la date de début des classes d'un mois. Je veux les faire participer à une action qui se nomme stand up and speak out, ou Debout et manifestez. Il s'agit de se regrouper, de se lever de de faire une déclaration commune, ou chacun dit quelque chose, ou tout le monde reste silencieux, on s'en fout. Le but est surtout de se lever pendant une minute afin que le tout soit homologué dans les records Guinness. L'an dernier 23,5 millions de personnes se sont levées dans le monde en l'espace de 24 heures, le but est de battre ce record.

 

Je joins le lycée Français, qui ne pensent pas le faire puisque cela ne s'inscrit pas dans une perspective globale. Peut-être l'an prochain feront-ils une semaine complète avec cette action à l'intérieur. A l'école Arc-en-ciel, j'apprends qu'il y a des jeunes qui font le BI, et doivent faire des heures communautaires et seraient probablement intéressés. Je fini par leur parler, mais le directeur s'en mêle, ne semble pas apprécié avoir été mis au courant (faut dire ça à la secrétaire qui m'a dirigé ailleurs…) et demande que je fasse une demande formelle avec une lettre et des papiers explicatifs et tout. Je le fais et n'en entends plus parler. Il faut dire que mon téléphone a des problèmes de connexion, donc s'ils ont essayé de m'appeler, ça n'a peut-être pas marché. Mon Président m'a dit qu'il a croisé la secrétaire et elle lui aurait dit qu'ils l'ont fait finalement, mais entre ce qu'ils disent et ce qu'ils font. Et au jeu du téléphone, les Togolais ne sont pas les meilleurs (Ils ont tendance à ne pas dire ce qu'ils ont entendu…), donc est-ce qu'ils l'ont fait ou pas, je ne sais pas…

 

L'école Britannique étant à l'autre bout de la ville, en plus d'avoir une secrétaire des plus antipathiques, je les ai laissé tomber, faute de temps. Il ne reste que l'école américaine. La directrice est une jeune dame d'une cinquantaine d'année qui revenait justement d'une conférence où ça parlait de ce qui pouvait être fait pour conscientiser les jeunes aux problèmes de développement et c'est une perspective qu'elle entendait mettre de l'avant, et envers laquelle certains professeurs seraient très enthousiastes. Disons que j'arrivais juste au bon moment.

 

Elle accepte avec joie de le faire. Dans sa classe d'anglais langue seconde de niveau secondaire (l'école compte 45 élèves, primaire et secondaire confondu, donc sa classe en compte la moitié…) elle les fera rédiger un discours en se basant de l'exemple qui est sur le site Internet et que je lui ai amené une copie. On se donne rendez-vous mercredi matin pour que je vienne prendre des photos.

 

Mardi en fin d'après-midi elle me croise et me dit que malheureusement, à cause des élections, ils ferment l'école. Le but étant de se lever dans les 24 heures déterminées par Guinness, je laisse tomber l'action.

 

De retour à l'organisation de la journée. Toute la semaine est passée à essayer d'avoir des réponses des commanditaires. Au début on se fait dire : Attendez de voir les résultats des élections. A la fin, on se faisait dire d'attendre la réaction du parti d'opposition, qui contestait les résultats. Bref, personne ne voulait se commettre et surtout ne voulait être associé à un événement qui pourrait être perçu comme une contestation électorale.

 

Côté local, nous nous sommes rabattus sur l'option de départ, c'est-à-dire un concert en plein air. Nous installerons une tente pour les VIP. Mais même ça, alors que l'oncle de Frank est le maire d'un « arrondissement » et qu'il n'y avait aucun problème au départ, devient moins certain. Le maire de Lomé veut une enquête sur nous et nos motifs politiques avant d'autoriser cette manifestation. Cela prendrait environ un mois.

 

On se retrouve un semaine plus tard dans la même situation : pas d'endroit pour le concert, pas d'argent pour le concert…

 

Je demande à ce que l'on se fixe un temps limite où l'on déciderait ce que l'on fait. Après tout, si on le fait, on doit envoyer des invitations et faire de la pub très rapidement. Cela coute très cher. Si on ne le fait pas, on doit envoyer des lettres d'annulation. On fixe cette date à lundi fin d'après-midi, lundi étant consacré à faire un dernier tour des commanditaires pour leur demander si oui ou non ils financent.

 

On décide de repousser le dead line à mardi, n'ayant pas de nouvelles d'aucun contact. Le mardi on rencontre un journaliste qui veut savoir en quoi consiste la journée et tout. On lui dit qu'on va prendre la décision le lendemain puisque nous n'avons pas de commanditaire, et il nous informe que nous ne sommes pas les seuls et que selon lui nous n'en aurons pas. Il lance l'idée de faire une conférence de presse à la place, pour faire connaître la journée à un moindre coût.

 

Ouf, une bouée de sauvetage. Le Président est enthousiaste à cette idée. Je saute sur ce plan B et on se lance à pieds joints dedans. On doit seulement trouver une salle, des chaises, de la bouffe pour les journalistes et de l'argent pour les payer. Et oui, ici on paye les journalistes ! En fait, normalement on doit payer la station de radio/télé pour qu'elle envoie des journalistes. Il y a liberté de presse oui, mais il ne s'agit pas de vouloir se faire entendre, il faut aussi avoir les moyens…

 

Les fonds minimums nécessaires pour faire un concert étaient d'environ 800$, en coupant partout où l'on pouvait. Le coût de la conférence de presse est de 80-100$.

 

On avait rendez-vous le mercredi midi avec un de nos contacts qui connaît quelqu'un qui connaît quelqu'un. Il veut nous rencontrer pour nous proposer quelque chose. Le lendemain on rencontre finalement le monsieur en question. Il nous demande où nous en sommes. Nous lui expliquons le léger changement dans le programme (on annule tout…). On fait une conférence de presse à la place. Combien cela peut coûter ? On sait pas trop, 40-45 000 FCFA, disons 50 000 pour être moins juste. Loin de nous prêter son véhicule, il nous donne les 50 000 FCFA et nous dit qu'on peut utiliser sa maison qui est assez grande pour accueillir une vingtaine de journalistes. On est un peu bouche bée devant la première personne généreuse que l'on rencontre.

 

Finalement on a du changer d'endroit, car il recevait de la visite imprévue. Je suis retourné rencontrer la directrice de l'école américaine. Elle me dit qu'elle doit demander au président du conseil de l'école qu'elle s'en va justement rencontrer, mais qu'elle ne voit aucun problème. Elle m'annonce en même temps qu'elle n'a pas abandonné le projet du Stand up and Speak out. Elle a continué à travailler sur un texte pendant toute la semaine (elle s'est rendu compte qu'écrire un texte à 25 ce n'est pas évident…) et elle prévoit le faire vendredi matin. Elle m'invite par le fait même à aller faire un exposé sur ce que fait l'ONG avec qui je travaille, à présenter la journée du 17 octobre et à donner les résultats de l'action. Ceux qui connaissent mon amour de la préparation d'avance ne seront pas surpris que je me sois payé un petit quinze minutes d'improvisation en anglais. Je m'en viens pas si mal pour improviser devant une classe, merci au BI et aux assos ! Pour la petite histoire, il y a eu 45 millions et personnes à s'être levées et à avoir manifesté, dans plus de 127 pays… et le président du conseil a dit non pour le local.

 

Nous avons tout de même trouvé une salle pas loin de notre bureau dans un restaurant, pas trop cher et qui a un peu de classe (et un toit…). Nous pouvons finalement envoyer les invitations aux médias (nous sommes jeudi le 25 octobre…). Un petit tour de moto, quelques serrages de mains, une entrevue improvisée pour annoncer dans le journal du midi qu'il y aura une conférence de presse (?), un journaliste (hors ondes) qui essaie de me piéger en m'emmenant sur le terrain de la politique et voilà, les journalistes devraient se présenter.

 

Vendredi on trouve (un peu trop tard ?) un commanditaire : Voltic, un embouteilleur d'eau. On se dit qu'on va pouvoir économiser au moins sur ça. Il nous envoie 10 boites de 24 bouteilles de 500 ml, en s'excusant de ne pouvoir faire mieux (deux auraient été amplement suffisantes) !

 

Et enfin la grande journée arrive ! Je me lève tard pour ne pas être fatigué (et aussi parce que je me demande s'ils vont se prendre en main seuls si je n'arrive pas rapidement). Mais, quand je viens pour partir : le déluge !

 

Ici, il fait soit 35 degrés avec une humidité écrasante, ou il y a un orage de 20 minutes qui abaisse la température et surtout l'humidité pendant une heure ou deux, non sans laisser des flaques, que dis-je des marres, que dis-je des lacs d'eau dans les rues !

 

Cependant, Dame Nature tente de pousser notre limite à bout ce samedi. Non seulement il y a un orage pendant plus d'une heure (que dis-je des océans dans les rues !) mais il continue de pleuvoir, quand même fort, par après. Après deux heures enfermées dans ma chambre, je me décide à sortir. Les rues secondaires (99% des rues) sont souvent impraticables, et comme à chaque fois qu'il pleut, Lomé a arrêté de vivre et attend que ça passe.

 

Je me rends au café Internet où je désespère. Les élections ont failli nous couper l'herbe sous le pied. La réticence togolaise à donner de l'argent a failli nous couper l'herbe sous le pied. Le manque de ponctualité a failli nous couper l'herbe sous le pied. Mais on a toujours trouvé une solution. Va-t-il falloir qu'une vulgaire pluie, contre laquelle on ne peut rien faire, vienne ruiner un mois d'effort ?

 

Bien sûr l'endroit est couvert, mais les journalistes ne le savent pas et nous n'avons pas leur numéro de téléphone sauf pour quelques uns. Les autres ne prendront pas la peine de se déplacer au risque de retourner bredouilles et mouillés. Même le chanteur qui était supposé venir pensait que c'était annulé.

 

Mais à 13h30 (la conférence était appelée à 14h30), la pluie cesse et le soleil ressort de toutes ses forces. On a une heure pour faire ce que l'on avait prévu en 5 ou 6 heures… Il faut arranger la salle, aller chercher la banderole, trouver de la bouffe, amener les bouteilles d'eau et être là à l'heure pour accueillir les journalistes. Allez tout le monde on se dépêche il faut… Mais… Où sont-ils passés ?

 

Ils sont partis se changer bien sûr !

 

T*&$^*ù!* d'O*$*' de C&$^*ù!* y'a personne qui avait pensé à se préparer avant ? Pourquoi est-ce que je suis le seul qui est prêt ? J'ai même presque fait un discours et personne n'a pensé à se changer plus que 1h d'avance ?

 

Heureusement que les journalistes ne sont pas plus ponctuels que ceux qui donnent la conférence de presse. Je suis bien sûr le seul à me présenter à 14h30, et bien entendu rien n'est placé. Et quand une personne est en train d'accrocher la banderole, tout le monde fait son syndiqué, c'est-à-dire s'arrête et regarde l'autre et lui disant « un peu plus à gauche. Peut-être si tu tires comme ça. Non attends je vais essayer. » Il a même fallu que je m'en mêle pour que ça aie de l'allure. Les Africains sont débrouillards, ça on peut pas leur enlever, mais les Québécois n'ont pas une revue et une émission de télévision qui porte ce nom pour rien !

 

Finalement avec 1h30 de retard, la conférence peut commencer. Nous sommes quelque chose comme huit autours de la table, certains n'ayant pas grand-chose à dire. Je suis assez fier de mon discours, même s'il n'était pas enregistré ni filmé, parce que la télé ne s'est pas déplacée et que les journalistes de la radio comptaient sur les entrevues « d'après match » pour leur topos.

 

La conférence comme telle s'est très bien déroulée, les entrevues aussi. J'avais très peur d'être un des seuls visés par les entrevues individuelles, avec l'artiste qui était avec nous, à cause de la couleur de ma peau. J'ai été agréablement surpris de ne pas avoir à donner aucune entrevue. L'ONG s'est fait des amis journalistes, a fait sa petite pub et a peut-être réussi à faire connaître la journée du 17 octobre au Togolais…

Les photos de Mafia Island

Bonjour, voici l'île de Mafia, en Tanzanie. A ne pas confondre avec l'île de LA Mafia, la Sicille, en Italie.

Je vous présente tout d'abord quelques paysages d'une visite que nous avons faite d'un village vivant principalement de la construction de bateaux.







Le village se tient tout près de ruines allemandes qui tenaient lieu de prisons auparavant, parait-il. Ces ruines ont maintenant été illégalement vendues à un promoteur qui a un hôtel dans le coin (qui charge environ 600$ la nuit pour une chambre dans une cabane dans un arbre...).





Et ça, c'est Michael qui attend notre transport terrestre (il était dans l'armée de terre en Israël)



Et ça c'est Gilad, qui pilote notre transport maritime (le capitaine depuis sept ans dans l'armée Israélienne). A noter qu'il se prend pour un rasta, s'étant acheté 6 chapeaux du genre...



Mafia c'était bien, mais ça n'aurait pas été aussi bien si nous n'avions pas eu à faire la traversée dans ce qui ressemblait beaucoup plus à un bateau de réfugiés qu'à un bateau de passager. Michael notamment a passé un bon trois heures debout, parce que c'était plus confortable que d'essayer de trouver une place où poser ses fesses.

Dans cette photo, il sont trois: Michael, Gilad et la fille britannique dont le nom m'échappe totalement. Ils se collent non pas parce qu'ils s'aiment, mais parce qu'ils n'ont pas vraiment le choix...



Et ça c'est moi, après 10 heures passées à tenter de dormir dans le pied carré qui m'était dédié. Pour ceux à qui ça ne dit rien un pied carré, allez dans votre cuisine ou dans votre salle de bain, et regardez une plaque de céramique. C'est ça un pied carré. Je suis un peu déçu que la photo ne démontre pas bien le nombre de gens qu'il y avait. Mais entre mon dos et les gens debouts dans le fond, il y a entre 40 et 50 personnes...



Bonne soirée!

jeudi 18 octobre 2007

Le pétard mouillé

Il y a eu des élections législatives (versus présidentielles) ce dimanche partout au Togo.

 

Depuis trois ou quatre semaines, moi et l'ONG avec qui je travaille organisons une journée festive pour souligner pour la première fois la journée internationale de lutte contre la misère. Ca consiste en une marche, une demie journée de jeux, d'animation et d'ateliers de formation dans un parc, avec un concert gratuit le soir, le samedi 20 octobre (la journée est le 17 normalement)

 

Au début, nous voulions trouver une place un peu plus chic que le parc pour le concert, pour pouvoir garder le contrôle et pour attirer les commanditaires et les personnalités. Nous avons donc commencé à faire le tour des endroits et on se faisait répondre presque systématiquement : « Nous avons annulé tous nos programmes à cause de l'incertitude des élections ».

 

Même son de cloche du côté des écoles que j'ai essayé de mobiliser pour faire une action dans le cadre de « stand up and speak out » le 17 même. Les commanditaires aussi étaient plutôt tièdes à se commettre avant de savoir comment les gens allaient réagir aux dévoilement des résultats.

 

Et après l'échauffement des esprits au match de football du vendredi (voir post précédent, et une petite précision : il y a eu 83 blessés dans la mêlée, selon la radio), je m'attendais personnellement à n'importe quoi.

 

Nous avons donc décidé, n'ayant ni endroit pour faire le concert le soir ni commanditaire d'annoncer, de repousser la date de la journée au 27 octobre, soit le samedi suivant. Cela nous laissait une semaine de plus pour chercher du financement et pour voir si il y allait avoir de la casse.

 

L'ambassade américaine a demandé à ses ressortissants de rester chez eux, et l'ambassade de France a fait fermer son centre culturel et a fait la même suggestion au Lycée français de Lomé. Probablement que l'Allemagne a fait la même chose, l'Institut Goethe ayant été brûlé lors d'élections précédentes…

 

Je commençais donc à me faire à l'idée de voir de la casse et de devoir rester tranquillement chez moi pendant quelques jours.

 

Dimanche, je me suis levé et j'ai regardé par le balcon pour voir si les gens courraient partout en s'insultant et en saccageant des bureaux de vote. Si on ne m'avait pas dit que l'élection était ce jour, j'aurais pu croire que ce n'était qu'un dimanche comme les autres.

 

J'ai donc pris mes trucs et me suis dirigé vers le bureau, qui est à 20-25 minutes de marche. Je n'ai pas vu de violence, aucune agitation, rien. Je n'ai en fait même pas vu de bureau de vote, ni de près, ni de loin. Je suis allé au café Internet, où les gens vaquaient à leurs occupations tout à fait normalement.

 

Je me suis dit que j'étais dans un quartier relativement aisé, et que je n'allais pas faire exprès pour aller au centre-ville ou sur la plage (le dimanche, c'est à la plage que tout se déroule). Je me suis aussi dirigé vers l'hôtel avant le coucher du soleil me disant que ça pourrait probablement plus brasser à la fermeture des bureaux et lors du décompte. Voyant qu'il ne se passait absolument rien, je suis ressorti faire un tour au café Internet, pour préparer la journée du lendemain.

 

Les dévoilements des résultats était prévu le mardi soir ou le mercredi matin. La directrice est venue me voir pour annuler le rendez-vous que nous avions cette journée-là, car selon son expérience, c'est quand les résultats sortent que ça passe ou ça casse, et ça fait quinze ans que ça casse, donc elle aime mieux ne pas prendre de chance…

 

Il y avait des rumeurs qui courraient que l'opposition avait peut-être des chances de gagner les élections, ayant fait au moins une percée majeur dans le centre de Lomé, prenant 90% des suffrages dans certains bureau, le reste allant à l'autre partie d'opposition !

 

Les gens ont donc dépoussiéré leurs radios, ont acheté des batteries neuves et ont… vaqué tout à fait normalement à leurs occupations !

 

J'ai moins même écouté la radio pour me tenir au courant, même si je ne prêtais pas du tout attention à la campagne depuis le début. Le principal parti d'opposition et les observateurs internationaux étaient les plus locasses en ce mercredi où on attendait toujours les résultats. L'Union Africaine a envoyé des observateurs (la délégation du Bénin étant logée au même endroit que moi, au grand déplaisir du gérant, qui les trouvait plutôt dérangeants…), de même que l'Union européenne et l'Organisation de la Francophonie.

 

Les observateurs internationaux ont tous unanimement salué le calme dans lequel les Togolais ont voté et leur satisfaction face au déroulement du scrutin , sauf pour les délais supplémentaires avant la remise des résultats.

 

Le parti d'opposition, l'UFC, n'était pas aussi satisfait… Le Secrétaire général du parti dénonçant beaucoup d'irrégularités (votes annulés massivement, des timbres qui étaient apposés pour authentifier les bulletins manquant dû à un problème technique, et c'est pas mal tout). Il a même été jusqu'à dire que les Européens n'avaient pas de leçon à donner en terme de démocratie, suite aux scrutins en Ukraine et en Georgie ! J'ai bien rit !

 

En plus, son message a été dilué dans une rumeur à l'effet que le chef de son parti (qui est le fils du premier Président du Togo) était mort dans la journée… Ca aurait pu mettre du piquant dans la journée (hum, est-ce que je deviendrais cynique ?), mais selon le Secrétaire général, il n'a eu qu'une petite crise de paludisme (ce qui est aussi commun qu'un rhume au Québec).

 

Finalement des résultats sont sortis dans 74 comtés sur 90 dans la soirée, bien que ces résultats doivent être contre vérifiés par la cour constitutionnelle avant d'être officiels.

 

Encore là, les rumeurs se sont avérées plutôt erronées. Le parti du Président remportait 49 sièges, assez pour être majoritaire. Personne n'a été vraiment surpris, puisque le parti est au pouvoir depuis 49 ans…

 

Sur 49 ans d'indépendance…

 

Et le pire dans tout ça, c'est que les gens restent sur leurs gardes, l'armée étant d'ailleurs apparue un peu partout dans les rues et devant les édifices publiques et étrangers.

 

Mais selon moi, cette élection n'aura été (à date) qu'un gros pétard mouillé.

mercredi 17 octobre 2007

D'autres photos!

Bonjour ou bonsoir,

Voici des photos de Zanzibar (désolé pour l'aspect sombre des photos, faut croire que les mettre sur le site les rend sombres...)

Premièrement quelques photos de plage :









Un exemple de couché de soleil auquel nous avions droit à chaque soir. C'est pas le plus beau, mais c'est le seul que j'ai pris en photos...





Mais mon activité principale a été bien sûr la plongée sous-marine:





Et on a aussi fait un "spice tour" qui est plutôt destiné au touristes conventionnels



Pendant le Spice tour, ils nous faisaient une démonstration de comment on grimpe dans un arbre. On a essayer après et voici le plus haut qu'on s'est rendus... (remarquez qu'on voit encore les racines...)



Et bien sûr le Cholo's Bar:

De jour:





Et de nuit:



Les photos de Mafia Island suivront bientôt!

Le match

Vendredi le 12 octobre avait lieu le match de qualification pour la coupe d'Afrique des Nations 2008 entre le Togo et le Mali. Ce match était décisif pour le Togo qui nécessitait une victoire pour pouvoir continuer à espérer se qualifier.

Je ne crois pas que le Togo soit dans les pires équipes de l'Afrique, notamment puisqu'ils se sont rendus au Mondial 2006, mais les joueurs ont fait la grève pendant tous les premiers matchs de qualification, pour réclamer de plus gros bonus. Du moins c'est ce que j'en ai compris, puisque les gens parlaient de matchs récents de l'équipe nationale. Dont un Togo-Mali justement, où le Mali a gagné (mais c'est l'arbitre qui n'était pas impartial…)

Donc si on en croit cette version, le Togo était à son premier match depuis un petit bout, alors que les Maliens étaient réchauffés. Si c'était effectivement le cas, ça paraissait sur le terrain ! Les Togolais avaient une bonne défense, mais à l'attaque ils n'étaient pas capables de mener une offensive qui avait de l'allure, essayant toujours de s'échapper avec le ballon. Les Maliens eux prenaient leur temps, et lorsqu'ils perçaient la défense togolaise, ils avaient encore le contrôle du ballon et pouvait se permettre un tir dangereux sur le but. Les Maliens, sans vraiment dominer le match ont gagné 2-0, dont un but dans les dernières secondes.

Mais je dois dire que je n'ai pas vu ce dernier but. Je regardais plutôt dans les estrades juste à côté de moi. Il y avait une section réservée pour les Maliens et à partir de la mi-temps, les supporters recevaient un sac d'eau par la tête, lancé quelques estrades plus haut, dont où j'étais assis. Les joueurs maliens sur le banc aussi en recevaient, mais c'était plus difficile de les atteindre et ils étaient protégés par des vitres. Je me demandais aussi pourquoi ces vitres étaient là…

Après la mi-temps, les tirs de sacs se sont intensifiés, même qu'à un moment, un joueur malien était en touche près du coin et a dû attendre 3-4 minutes que les tirs en sa direction cessent… Les supporters étaient les plus visés, étant les plus accessibles.

Les policiers ont essayé de calmer un peu le jeu lorsque les premiers sacs ont été lancés, mais après 5 minutes, ils se sont assis et ont regardé le match et les gens lancer des sacs. Ceux qui étaient au niveau de l'estrade malienne essayaient de contenir les Togolais qui voulaient en sacrer une au Maliens. Ils ont fini par évacuer l'estrade adjacente pour se donner un peu d'espace, et pour mettre un peu de challenge dans le sport du lançage de sacs…

A la fin du match, les pauvres Maliens ne savaient plus trop où se tenir, étant bombardés de tout les côtés, sauf en provenance du terrain, mais c'était bien parce qu'il n'y avait pas de Togolais de ce côté… La pire et nouvelle menace venait de l'extérieur du terrain, où les Togolais découragés commençaient à sortir. Plusieurs d'entre eux ont eu la bonne idée de lancer des roches en direction des estrades. Un sac d'eau ça peut mouiller, ça peut faire chier, ça peut probablement pincer, mais une roche par la tête ça ne doit pas faire beaucoup de bien…

Au début, les Maliens ont tenté de se réfugier sur le bord du mur qui les séparait du dehors, mais étant trop nombreux, ils sont retournés sur le bord du terrain. A ce moment, les Maliens comptaient leur deuxième but et le match se terminait à l'instant.

Il ne restait qu'une solution viable aux Maliens : grimper la clôture et sauter les 10-15 pieds de hauteur qui les séparaient du terrain et essayer de sortir avec les joueurs. Mais si les Maliens sont capable de le faire, les Togolais aussi….

S'en est suivi une bagarre plutôt générale entre des Togolais, des Maliens, des joueurs, des entraîneurs et surtout des policiers. Les gens se tapaient dessus allègrement sous une pluie de sacs d'eau et d'objets en tout genre (bouteilles d'eau, canettes, roches, bancs…). Au bout de plusieurs minutes, la police a réussi à disperser le plus gros de la mêlée et à faire sortir la plupart des joueurs en leur servant de bouclier… Je suis parti à ce moment-là.

J'ai voulu prendre des photos. Pendant le match pas de problèmes. Mais quand les Maliens ont commencé à sauter sur le terrain, je me suis approché du bord de notre estrade pour prendre des photos. Je me suis fait automatiquement menacé de me faire arracher l'appareil des mains si je ne le rangeais pas immédiatement. Comme je prenais un peu trop de temps au goût du gars qui semblait plutôt fou de rage et commençait à être menaçant, un soldat m'a pris sous son bras et m'a entraîné à l'écart… Je n'ai donc pas ressorti ma caméra.

Les gens avec qui j'étais se disait consternés, surtout lorsqu'ils pensaient aux Togolais qui sont au Mali, car si les Maliens avaient fait ça aux Togolais, gare aux expatriés… Mais ils avaient de la difficulté à ne pas être emportés eux aussi par la foule et à ne pas embarquer. A la fin, ils étaient même en train d'excuser leurs compatriotes en disant que dans un sens, les Maliens les ont provoqué en venant voir le match et en portant un chandail de leur équipe… Aussi, ils mettaient la faute sur les gendarmes qui ne sont pas intervenus à temps (mais qui selon moins n'étaient clairement pas assez nombreux pour contenir une telle foule). Et je crois aussi qu'il y avait eu de la casse lors du précédent match Togo-Mali, où les Maliens auraient empêché les joueurs Togolais de sortir en lançant des sacs d'eau… Comme quoi même dans les petites rivalités, une spirale de la violence peut exister.

Par contre, je n'ai pas hâte de voir ce que va donner le match Togo-Bénin, dont la spirale de violence à l'air d'être entamée depuis un bon bout de temps déjà.

C'était la première fois que je voyais les esprits s'échauffer, et je commençais à comprendre ce pourquoi les gens avaient un peu peur du résultat des élections…

vendredi 5 octobre 2007

Les photos du Kilimanjaro

Voici des photos, classées bêtement en ordre chronologique...

Jour 1:











Jour 2:















Jour 3:













Jour 4:





















Jour 5 :













Jour 6 :