jeudi 4 octobre 2007

Des élections : Yé!

Bonjour à tous,

 

Quelle ne fût pas ma joie de savoir que j'arrivais au Togo juste à temps pour une campagne électorale, qui a officiellement commencé le vendredi 28 septembre et qui se terminera lors du vote du 14 octobre. Après tout, ne suis-je pas un politologue de formation ?

 

Je l'ai appris peu après mon arrivée. Il s'agit des élections législatives, et donc d'élections de moindre importance que celle de l'élection du président. Je dois avouer ne pas connaître grand-chose sur le système politique togolais, outre qu'il y a un président qui n'a pas vraiment été élu, ayant cueilli le pouvoir quand son père est décédé, en 2003 ou 2004. Ca avait fait les unes des journaux et créer un peu d'instabilité dans le pays, c'est pour ça que m'en rappelle. Je ne me suis jamais vraiment intéressé à ce pays avant, trouvant beaucoup plus d'intérêt dans la stabilité du Sénégal, dans les problèmes de la Côte d'ivoire (et encore…) ou dans la soudaine illumination démocratique que les Béninois ont eue au cours des années 90.

 

Et voilà, c'est commencé depuis quelques jours déjà, et je dois dire que je ne comprends toujours pas grand-chose ! Voici ce que j'ai réussi à comprendre :

-          Il semble y avoir un système électoral proportionnel, puisque j'entends souvent le mot « liste » et que le gouvernement sortant en est un de coalition, symptôme d'un système proportionnel.

-          Il semble y avoir un type de gouvernement mixte, suivant l'exemple de la mère patrie française, puisqu'il y a un premier ministre issu de la chambre des députés, en plus du président.

-          Il semble que les élections sont tenues à date fixe, car tout le monde savait la date ) l'avance.

-          Il y a plusieurs partis (j'ai entendu le nombre de 32 à la radio) mais il semble y en avoir 3 ou 4 principaux :

o       Le parti du président (je ne sais pas le nom, mais je crois que ce sont les verts), et donc du gouvernement depuis pratiquement toujours (un natural gouverning party, un peu comme un certain parti libéral du Canaya voilà quelques années!)

o       Le parti du premier ministre (CAR, les rouges). Voici mon premier défi intellectuel depuis un petit bout… Le premier ministre n'est pas issu du parti ayant le plus de sièges ? Il semble que non. Selon un militant de ce parti (Têtê), il s'agit en fait d'un parti de troisième ordre qui s'est créé en quittant le principal parti d'opposition (l'ufc). Mais lorsque le parti du président n'arrivait pas à s'entendre avec les partis de quatrième ordre pour former un gouvernement de coalition, le chef de ce parti s'est imposé comme un négociateur hors pair et aurait rallié tous les partis autours de lui pour former un gouvernement, et a donc pris la tête dudit gouvernement. Vous n'y comprenez rien ? Moi non plus…

o       Le parti principal d'opposition (UFC, les jaunes), qui a probablement souffert de voir une de ses composantes le quitter, puis aller rejoindre le parti au pouvoir dans une coalition… Imaginer, un exemple très peu probable, que le PQ soit au pouvoir, et qu'une faction du PLQ quitte le parti pour former un autre parti, qui pourrait par hasard prendre comme nom l'ADQ, puis que ce nouveau parti se joigne au parti au pouvoir (le PQ) en pleine campagne référendaire... Ou bien, imaginez une faction d'un parti (PC) qui le quitte alors qu'il est au pouvoir (avec le plus grand nombre de députés jamais vu dans ce pays), forme un nouveau parti sectoriel (BQ) et se présente aux élections et forme l'opposition officielle, laissant l'ancien parti non pas au pouvoir, mais en queue de peloton avec un score électoral misérable, par exemple deux députés dans tout le Canada. C'est le genre de situation qui doit faire chier un parti !

 

Et maintenant ce qui est vraiment intéressant : la déroulement de la campagne…

 

Depuis que j'avais appris qu'il y avait des élections dans moins d'un mois, j'étais un peu déçu de ne pas sentir d'effervescence, ne pas voir de nouvelles à ce sujet, de ne voir aucune affiche. Bref, il ne se passait rien. J'ai demandé à un de mes collègues de l'ONG (Frank) comment était-ce possible de ne pas se rendre compte qu'il y avait des élections, alors que nous étions à moins de trois semaines du vote. Il m'a répondu que la campagne n'était pas encore commencée (espoir), mais que de toute façon il n'y avait jamais vraiment d'effervescence, car c'est toujours le même parti qui prend le pouvoir, donc le monde se désintéresse de la politique (désespoir).

 

Mais, parce qu'heureusement des fois les « mais » africains sont parfois positifs, la journée de début de la campagne est arrivée, sans que je sache d'avance la date. Je m'en suis douté quand je suis allé au bureau vendredi dernier car j'ai vu quelques affiches d'un parti politique (affiché sur les murs de maisons privées bien entendu !!).

 

Puis arrivé au bureau, pendant que j'attendais pendant plus d'une heure celui qui avait la clef du local, un sympathisant du parti du premier ministre et membre de l'ONG (Têtê) est venu me piquer une jasette et m'expliquer avec un enthousiasme que je n'avais jamais vu chez lui un peu de politique Togolaise.

 

Puis, après l'explication non concluante de pourquoi le premier ministre n'est pas issu du parti au pouvoir, il m'a expliqué quelque chose que j'ai très rapidement compris : pourquoi le parti au pouvoir a le plus d'appui dans la population : le cash ! En fait, il faut se rappeler une donnée fondamentale avant de commencer le (court) raisonnement : les gens ont faim, et personne n'est assez riche pour « donner » son temps. Donc qui seront les militants des partis politiques, ceux qui posent les affiches, passent de tracts, parlent du parti ? Personne ne peut se permettre de le faire volontairement, donc il faut payer ses militants. Pas énormément, mon interlocuteur ne demandait que 3-4$ par jours, question de pouvoir manger...

 

Mais le problème, c'est qu'il n'était pas certain d'être payé, malgré qu'il ait posé des affiches le matin. Donc qu'est-ce qu'il pensait faire à la place ? Aller voir le parti du président qui eux paient 6$ par jour, sans trop poser de question. Bref, il donnait son temps à qui le voulait bien, en donnant une préférence au parti qu'il souhaitait faire élire et en acceptant même un salaire moins élevé. Mais attention, le jour du vote, son vote allait au parti du premier ministre, peu importe pour qui il faisait la campagne. (Pour la petite histoire, il est finalement payé, parfois, par son parti, 2$ par jour où ils ont besoin de lui)

 

Comme j'avais un militant motivé sous la main, je lui ai demandé ce que son parti proposait, quels étaient les enjeux de l'élection. « Bof, ce sont tous de bons parleurs et ils disent tous la même chose : travailler avec la jeunesse, créer des emplois, développer les industries, lutter contre la pauvreté… Mais on sait bien que ce ne sont que des paroles, ils font bien ce qu'ils veulent arrivés au pouvoir. » Ouf ! Une claque de réalisme politique en pleine face. Je n'ai pas osé lui demander pourquoi alors il soutenait un parti en particulier, j'avais trop peur de la réponse…

 

Puis j'ai compris en quoi consistait la stratégie électorale : se faire voir et entendre le plus possible ! En fait, je crois que l'essentiel de la campagne consiste à avoir une vingtaine (moins pour les petits partis) de « volontaires » qui se promènent avec un chandail à la couleur du parti (vert, rouge ou jaune) dans les rues en faisant le plus de bruit possible. Ce bruit peut être une fanfare (agréable (à condition que les musiciens sachent jouer…)) pour les gros parti, ou un moins dispendieux klaxon en continu (très désagréable) pour les petits partis. Et l'équation « plus de budget = plus de bruits = plus de votes » semble être une règle, qui fonctionne malheureusement peut-être. Donc les partis jouent à celui qui a le plus gros… budget !

 

Reste maintenant à essayer de comprendre quel parti est quel parti, quel poids il a dans la chambre des députés et dans le gouvernement. Et, surtout, de voir comment les gens iront voter ! Si l'organisation de la journée de lutte contre la misère ne tombait pas la même semaine que le vote, j'essaierais de me joindre à l'équipe d'observateurs internationaux, mais j'ai déjà des engagements…

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