mardi 30 octobre 2007

Le feu

Hier, lundi matin, il y a eu une coupure de courant vers 6h30. Je me
suis réveillé et rendormi immédiatement, puisque ça arrive
relativement souvent. Les ventilateurs dans ma chambre arrêtent
pendant dix ou vingt minutes et repartent. Quand je me suis réveillé
un peu avant 9 heures, le courant n'était toujours pas revenu.

Je ne m'inquiète pas outre mesure puisque j'ai eu une conversation
avec un volontaire québécois (ça faisait longtemps que je n'en avais
pas vu de ceux-là), il me disait que jusqu'à tout récemment, ça
faisait partie de la vie de tous les jours de ne pas avoir de courant
pendant plusieurs heures, plusieurs jours par semaine.

Je m'en vais au toilette et je remarque en sortant de ma chambre une
odeur de brulé, peut-être une allumette, ou bien ça peut venir de la
cuisine qui est à dix pas de ma chambre. Arrivé dans la toilette, je
remarque de la poussière un peu partout. Il est normal qu'il y ait du
sable partout, mais de la poussière c'est plus rare. La peinture des
plafonds a tendance à s'égrainer, mais pour faire autant de poussière,
il faudrait que quelqu'un ait gratter le plafond.

Je regarde le plafond, tout est normal… et blanc. La poussière est noire.

Je prends du papier de toilette pour nettoyer un peu et la poussière
ne s'en va pas, elle s'étant. Tient, c'est de la suie ! Pourquoi y'a
de la suie ? Je vais mouiller le papier pour nettoyer un peu mieux.
Tient, il n'y a plus d'eau.

Je m'en vais dans l'autre toilette, parce que après réflexion,
celle-là est trop sale et sans eau, une toilette c'est pas vraiment
pratique.

En arrivant devant l'autre toilette (si de ma chambre à la cuisine il
y a dix pas, il y a deux toilettes dans un rayon de cinq pas…), je
vois ceci…







Et bien les pièces du puzzle se mettent en place. Ce congélateur a
pris feu tôt ce matin et comme les fils sont touchés, ils ont coupé le
courant. Je n'ai toujours pas compris pourquoi il n'y avait plus
d'eau, mais bon, je ne suis pas sûr que je veux le savoir.

Les gens de l'hôtel ont maîtrisé le feu assez rapidement et ont
décidé, dans leur gentillesse toute togolaise, de ne pas me réveiller
pour si peu. On se rappelle que le congélateur est entre ma chambre et
la toilette, et que la toilette est à moins de cinq pas de ma chambre,
ce qui fait que le congélateur est à environ quatre de ces fameux pas…

Revenu dans ma chambre, je commence à me demander ce que j'aurais
fait, dans l'éventualité ou ce feu se serait propager par les fils
électriques, ou aux armoires et étagères qui avoisinent le congélateur
(parce que les murs étant, au Togo, fait uniquement de briques et de
ciment, ils ont l'avantage de ne pas brûler). Est-ce que j'aurais
tenté de sauver mes affaires, qui sont étendues partout dans ma
chambre depuis que je me suis rendu compte que je me suis fait voler
d'autres trucs et que je les ai cherchés ? Est-ce que j'aurais pris
mes jambes à mon cou et aurait tenté de sauver ma peau ? Est-ce que je
les aurais aidés à essayer de combattre le feu ?

Je me suis lancé dans les conjectures. Au début, je me suis dit que
j'aurais sûrement essayer de prendre mon appareil photo, mon lecteur
MP3, mon cahier de notes et mon journal de voyage, puisque ce sont les
seuls trucs irremplaçables que j'ai, et que c'est tout petit. Puis je
me suis dit que, comme je n'ai absolument plus confiance en ma
compagnie d'assurance (Assurances Financière Desjardins, avec qui j'ai
des problèmes depuis le tout début de mon voyage, et que je vais
sûrement traîner en cours pour non respect du contrat à mon retour)
j'aurais peut-être penser à ramasser plusieurs trucs et les sortir en
vitesse de la chambre.

Puis m'est apparu le fait que ce congélateur est dans l'unique
corridor qui existe pour sortir de l'hôtel à partir de ma chambre. Il
y a d'autres portes, mais elles sont condamnées en l'absence de la
propriétaire. J'aurais sûrement réussi à en défoncer une, l'adrénaline
aidant. Mais bon, au moins maintenant je sais que je vis dans une
trappe à feu, donc la prochaine fois je prendrai mes jambes à mon cou…

Est-ce que j'aurais essayé de les aidés à combattre le feu. J'imagine
que si le feu n'était pas trop gros, j'aurais commencé par mettre mes
affaires à l'abris, près de la porte du premier étage, puis je serais
revenu pour lancer des sceaux d'eau moi aussi, ou pour tasser la tank
de gaz propane qui sommeillait tranquillement dans la cuisine, à six
pas de là…

Mais bon, ça m'a fait brièvement réfléchir sur le fait que j'aurais
pu, dans le pire des cas mourir loin de ceux que j'aime. Dans le un
peu moins pire des cas, je me suis rendu compte que j'ai passé proche
pour une deuxième fois de perdre tout ce que je possédais à la proie
des flammes.

Je me suis surtout rendu compte que je n'aime pas le feu… L'eau c'est mieux.

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