Il y a eu des élections législatives (versus présidentielles) ce dimanche partout au Togo.
Depuis trois ou quatre semaines, moi et l'ONG avec qui je travaille organisons une journée festive pour souligner pour la première fois la journée internationale de lutte contre la misère. Ca consiste en une marche, une demie journée de jeux, d'animation et d'ateliers de formation dans un parc, avec un concert gratuit le soir, le samedi 20 octobre (la journée est le 17 normalement)
Au début, nous voulions trouver une place un peu plus chic que le parc pour le concert, pour pouvoir garder le contrôle et pour attirer les commanditaires et les personnalités. Nous avons donc commencé à faire le tour des endroits et on se faisait répondre presque systématiquement : « Nous avons annulé tous nos programmes à cause de l'incertitude des élections ».
Même son de cloche du côté des écoles que j'ai essayé de mobiliser pour faire une action dans le cadre de « stand up and speak out » le 17 même. Les commanditaires aussi étaient plutôt tièdes à se commettre avant de savoir comment les gens allaient réagir aux dévoilement des résultats.
Et après l'échauffement des esprits au match de football du vendredi (voir post précédent, et une petite précision : il y a eu 83 blessés dans la mêlée, selon la radio), je m'attendais personnellement à n'importe quoi.
Nous avons donc décidé, n'ayant ni endroit pour faire le concert le soir ni commanditaire d'annoncer, de repousser la date de la journée au 27 octobre, soit le samedi suivant. Cela nous laissait une semaine de plus pour chercher du financement et pour voir si il y allait avoir de la casse.
L'ambassade américaine a demandé à ses ressortissants de rester chez eux, et l'ambassade de France a fait fermer son centre culturel et a fait la même suggestion au Lycée français de Lomé. Probablement que l'Allemagne a fait la même chose, l'Institut Goethe ayant été brûlé lors d'élections précédentes…
Je commençais donc à me faire à l'idée de voir de la casse et de devoir rester tranquillement chez moi pendant quelques jours.
Dimanche, je me suis levé et j'ai regardé par le balcon pour voir si les gens courraient partout en s'insultant et en saccageant des bureaux de vote. Si on ne m'avait pas dit que l'élection était ce jour, j'aurais pu croire que ce n'était qu'un dimanche comme les autres.
J'ai donc pris mes trucs et me suis dirigé vers le bureau, qui est à 20-25 minutes de marche. Je n'ai pas vu de violence, aucune agitation, rien. Je n'ai en fait même pas vu de bureau de vote, ni de près, ni de loin. Je suis allé au café Internet, où les gens vaquaient à leurs occupations tout à fait normalement.
Je me suis dit que j'étais dans un quartier relativement aisé, et que je n'allais pas faire exprès pour aller au centre-ville ou sur la plage (le dimanche, c'est à la plage que tout se déroule). Je me suis aussi dirigé vers l'hôtel avant le coucher du soleil me disant que ça pourrait probablement plus brasser à la fermeture des bureaux et lors du décompte. Voyant qu'il ne se passait absolument rien, je suis ressorti faire un tour au café Internet, pour préparer la journée du lendemain.
Les dévoilements des résultats était prévu le mardi soir ou le mercredi matin. La directrice est venue me voir pour annuler le rendez-vous que nous avions cette journée-là, car selon son expérience, c'est quand les résultats sortent que ça passe ou ça casse, et ça fait quinze ans que ça casse, donc elle aime mieux ne pas prendre de chance…
Il y avait des rumeurs qui courraient que l'opposition avait peut-être des chances de gagner les élections, ayant fait au moins une percée majeur dans le centre de Lomé, prenant 90% des suffrages dans certains bureau, le reste allant à l'autre partie d'opposition !
Les gens ont donc dépoussiéré leurs radios, ont acheté des batteries neuves et ont… vaqué tout à fait normalement à leurs occupations !
J'ai moins même écouté la radio pour me tenir au courant, même si je ne prêtais pas du tout attention à la campagne depuis le début. Le principal parti d'opposition et les observateurs internationaux étaient les plus locasses en ce mercredi où on attendait toujours les résultats. L'Union Africaine a envoyé des observateurs (la délégation du Bénin étant logée au même endroit que moi, au grand déplaisir du gérant, qui les trouvait plutôt dérangeants…), de même que l'Union européenne et l'Organisation de la Francophonie.
Les observateurs internationaux ont tous unanimement salué le calme dans lequel les Togolais ont voté et leur satisfaction face au déroulement du scrutin , sauf pour les délais supplémentaires avant la remise des résultats.
Le parti d'opposition, l'UFC, n'était pas aussi satisfait… Le Secrétaire général du parti dénonçant beaucoup d'irrégularités (votes annulés massivement, des timbres qui étaient apposés pour authentifier les bulletins manquant dû à un problème technique, et c'est pas mal tout). Il a même été jusqu'à dire que les Européens n'avaient pas de leçon à donner en terme de démocratie, suite aux scrutins en Ukraine et en Georgie ! J'ai bien rit !
En plus, son message a été dilué dans une rumeur à l'effet que le chef de son parti (qui est le fils du premier Président du Togo) était mort dans la journée… Ca aurait pu mettre du piquant dans la journée (hum, est-ce que je deviendrais cynique ?), mais selon le Secrétaire général, il n'a eu qu'une petite crise de paludisme (ce qui est aussi commun qu'un rhume au Québec).
Finalement des résultats sont sortis dans 74 comtés sur 90 dans la soirée, bien que ces résultats doivent être contre vérifiés par la cour constitutionnelle avant d'être officiels.
Encore là, les rumeurs se sont avérées plutôt erronées. Le parti du Président remportait 49 sièges, assez pour être majoritaire. Personne n'a été vraiment surpris, puisque le parti est au pouvoir depuis 49 ans…
Sur 49 ans d'indépendance…
Et le pire dans tout ça, c'est que les gens restent sur leurs gardes, l'armée étant d'ailleurs apparue un peu partout dans les rues et devant les édifices publiques et étrangers.
Mais selon moi, cette élection n'aura été (à date) qu'un gros pétard mouillé.
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