Il temps je crois de vous faire un compte rendu de ce que je vis et de ce que j'aime et ce que je n'aime pas du Togo. Ou plutôt je devrais dire de Lomé, la capitale, car j'y suis depuis le début.
Ce que j'aime :
Premièrement, il y a l'accueil des gens. Tout le monde a été très accueillant avec moi et je crois que je n'ai pas seulement été accueilli comme un sac d'argent ambulant, comme dans d'autres villes, mais comme un invité.
Ensuite, il y a tout ce que je pourrais inclure dans ce que j'appellerais le paysage. Vous vous faites sûrement une idée de ce à quoi ressemble l'Afrique, et cette image peut être positive ou négative. Pour ma part, cette image est très positive, voire romantique. Et bien, j'ai trouvé l'incarnation de cette image au Togo (c'était un peu la même chose au Sénégal). Un climat semi désertique (à ma grande surprise), mais pas trop car il y a tout de même pas mal d'arbres, probablement plus que dans bien des villes d'Europe. La température est chaude, il ne pleut pratiquement jamais malgré une humidité omniprésente et la fin de la saison des pluies. Les routes sont en sable, et celles qui sont en asphalte deviennent ensablées très rapidement.
Depuis que j'ai commencé à vraiment voyager (depuis l'Egypte), j'ai l'habitude de tout négocier, des souvenirs à la bouteille d'eau, en passant par le taxi. Pas ici ! J'ai même été déstabilisé par la propriétaire de l'hôtel où j'habite maintenant quand j'ai essayé de négocier un peu et qu'elle m'a pratiquement envoyé promener en me disant d'aller voir ailleurs si je n'étais pas content avec le prix. Au début, j'avais tout le temps l'impression de me faire avoir (c'est encore vrai, mais moins), surtout que je ne négociais pas, et quand j'essayais, c'était un échec lamentable. Puis, après quelque temps, je me suis rendu compte que toutes les gens me donnaient les mêmes prix et que je n'avais donc pas à négocier, sauf pour les motos-taxis…
Les fameux moto-taxis sont aussi quelque chose de génial, même s'ils vont aussi se retrouver dans la section de ce que je n'aime pas. C'est moins cher, moins énergivore, plus pratique dans le trafic, qui n'existe pratiquement pas étant donné le nombre restreint de voitures et cela serait moins polluant, si seulement il y en avait plus dont le silencieux fonctionne. Il y a des vraies motos, des scooters et des genres d'hybrides entre un scooter et un vélo…
Il y a aussi la plage qui est vraiment belle, même si on ne peut pas se baigner. Il parait qu'il y en a une payante un peu plus loin où l'on peut se baigner et qui est plus entretenue, mais je n'y suis pas encore allé.
Il y a la sécurité de la ville. Je ne me sens absolument pas menacé quand je me promène dans la ville. C'est à moitié dû aux trucs que j'accumule depuis le début du voyage et à moitié au fait que les gens ne semblent tout simplement pas dangereux. Je reviens du café Internet pratiquement tous les soirs vers 23-24h et je ne sens aucun danger sur le chemin que je prends, qui est relativement bien éclairé, en plus d'avoir deux gardes de sécurité en chemin (que j'essaie de mettre de mon bord en leur disant salut à chaque fois que je les croise (s'ils ne dorment pas…)). Je suis allé au grand marché pendant le jour, et je ne me suis pas senti menacé du tout, ce qui n'est pas toujours le cas dans les autres villes…
Il y a la musique. Malheureusement, je crois que toute la bonne musique que j'entends (Sagacité notamment) vient de la Côte d'Ivoire. La musique que j'ai réussi à identifier comme venant du Togo était passablement mauvaise. Mais il y a tout de même une culture de la musique et de la danse très développée. La première fois qu'on est sorti, c'était dans une buvette, i.e. un kiosque de bière avec des tables et des chaises à l'extérieur, et un système de son crachant de la musique à tue-tête. Olivier et Rovany ont dansé pendant les quatre heures où nous étions là. Quand on se promène dans la rue, et qu'un magasin fait joué de la musique, il n'est pas rare de voir les gens danser un peu en marchant. Aussi, quand les cellulaires sonnent, les gens laissent sonner un peu pour danser sur la musique de la sonnerie !
Et enfin, je termine par le plus important, ce que j'appellerai la Naïveté. Je crois qu'il n'y a pas meilleur mot pour décrire cela… Sans cette naïveté, les Togolais ne seraient pas Togolais. J'essayais de corriger leur syntaxe (qui est très naïve) au début, mais le texte perdait tout son charme. La même chose se produirait s'ils perdaient cette naïveté …
Du positif en vrac : L'eau à 6 cents/litre. La bière à 40 cents ou 1$ pour un grosse. Le resto bar jazz dont je suis accro. Les animaux en liberté, surtout les bébés chèvres. Lorsque tu es dans un resto et que tu lèves les yeux, tu ne vois pas de néons, mais la lune et les étoiles. Les écureuils sont remplacés par des lézards, les plus cool étant bleus avec la tête jaune flash.
Ce que je n'aime pas :
L'absence de conscience environnementale est désolante. Lorsque l'on a terminé avec ce que nous consommons, on le jette par terre, tout simplement. Je garde mes déchets et les jettent dans la poubelle de l'hôtel ou du café Internet, mais j'ai l'étrange impression qu'à la fin de la journée, ça se ramasse dans la rue quand même. La ville est tout de même propre, car les gens balaient le sable devant chez eux chaque matin. Je ne suis pas encore certain de ce qu'ils font avec les déchets, mais je crois qu'ils font des tas et les brûlent. Je crois aussi qu'il y a une entreprise privée qui passe avec des petites charrettes dans lesquelles ils récoltent les ordures, mais encore là ne me demandez pas où vont les charrettes. Mais je crois que ce qui m'énerve le plus du côté hygiène, c'est l'habitude qu'ils ont de pisser n'importe où. Ce ne sont pas seulement les jeunes ou les gens saouls qui pissent partout. Tu peux te promener sur un boulevard achalandé et puis voir un homme debout immobile face au mur. Tu te dis qu'il lit une affiche électorale, mais non, il remonte sa braguette et poursuit sa route. Pour leur part, les enfants ne prennent pas la peine d'aller contre un mur… Cela a entraîné une multiplication des messages : « Interdit d'uriner le long de ce mur, amende de 5000 francs (10$) ». Et comme c'est un peu contre mes valeurs de pisser sur les maisons des gens, qu'il n'y a aucune toilette publique et que je dois entre deux et trois litres d'eau par jour, ma vessie est devenue totalement élastique.
La langue m'énerve aussi. Le français est la langue officielle, et toute l'éducation se fait en français, sauf un cours optionnel de langue maternelle en je ne sais plus trop quelle année. Donc comme tout le monde sauf de rares exceptions parle français, on s'adresse à moi en français (et il y a quelques différences notables : « Bonne arrivée » au lieu de « Bienvenue », « Bonsoir » au lieu de « Bonjour », « Comment ? » au lieu de « Comment ça va ? »)… Cela fait en sorte que je ne connais que 4-5 mots d'un des quatre dialectes régionaux présents dans le pays. J'ai voulu apprendre les nombres, et ça a tout pris à un de mes collègues, et deux personnes à qui il a demandé, pour me dire les chiffres de 1 à 10. A partir de 11, les trois avaient des versions différentes, et ils ont fini par me dire que plus personne ne les utilise. Et comme ils n'ont jamais appris eux-mêmes leur langue, ils ne savent pas comment me l'expliquer. Quand on tente de m'apprendre, on me lance en vrac des expressions comme « vient manger », « je veux acheter xyz » ou « bienvenue ». Tout ça est bien, mais ils ne tentent même pas de m'expliquer la logique, s'il y en a une. En plus, c'est la 6 e langue que j'utilisais en mois de 4 mois (français, anglais, espagnol, arabe, swahili et Evé), donc je commençais à être saturé et à tout mélanger, alors je n'ai pas insisté. Je ne suis donc pas capable d'apprendre la langue du pays, et ça m'énerve un peu. J'ai donc profité de l'occasion pour m'acheter un livre d'arabe et d'essayer de garder mon arabe à niveau…
Je reviens sur les motos-taxis. Il y a deux choses que je n'aime pas trop. Premièrement, c'est le seul truc que j'ai eu à négocier à date au Togo. Ce n'est pas trop trop grave car ça tient mes talents de négociateurs alertes, mais j'ai toujours l'impression de me faire avoir. Et comme certains me disent le prix « yovo » (blanc) et d'autres sont honnêtes et me donnent un prix raisonnable, je ne sais jamais si je dois négocier fort ou pas. C'est plus simple quand tu sais que tout le monde essaie de te charger 4 fois le prix…
L'autre chose que je n'aime pas, c'est qu'ils sont ultra insistants. Ici, c'est un emploi très populaire. Vous vous achetez une moto, et vous arpentez les rues de la ville à la recherche de clients. Je comprends que leur repas du soir dépend du nombre de clients qu'ils ont. Mais premièrement, ils me demandent tous, d'une manière ou d'une autre (un regard, un « vous allez ? », un signe de la main, un pssst ou un coup de klaxon) si je veux embarquer, peu importe où je me trouve ou ce que je fais. Avec les locaux, ils ne demandent que si les gens ont l'air d'attendre quelque chose, comme un taxi à Montréal, mais avec moi, que je sois en train d'attendre, de marcher ou de manger, ils me font signe…Ca fini par tomber sur les nerfs.
Mais le pire, ce sont les klaxons. Au début, c'étaient les pssst qui m'énervaient, mais maintenant, je réponds poliment aux pssst et j'ignore les klaxons. Même que si j'ai besoin d'une moto, je boycotte ceux qui me klaxonnent. Les conducteurs me voient de loin (me semble que je flash assez), ils voient bien que je marche droit devant, que je ne cherche rien et que j'ai l'air de connaître la place. Ils voient bien que plusieurs autres motos sont passées et que je n'ai pas fait un geste. Ils savent bien que je les entends avec leur silencieux qui ne fonctionne pas. Et pourtant, quand ils passent à côté de moi, ils me klaxonnent ça dans les oreilles (souvent plus qu'une fois) et se retournent pour voir si je leur fais signe. Comme s'ils étaient les premiers à avoir eu la brillante idée ! Des fois, quand ils font ça, je les regardent des les yeux (n'oublions pas qu'ils m'ont dépassé et qu'ils regardent en arrière) comme si je ne comprenais pas en espérant qu'ils continuent de me regarder et foncent dans quelque chose ou qu'ils prennent une débarque. J'ai aussi le goût d'en arrêter quelques uns et de leur expliquer que ce n'est pas parce que je suis blanc que je ne comprends pas le systèmes des taxis, que si je veux un taxi je vais lever la main comme tout le monde et que je ne suis pas sourd : j'ai entendu la première fois qu'ils ont klaxonné. Si je n'avais pas peur de me faire casser la yeule, je le ferais ou je les fixerais du regard plus souvent et plus longtemps. En fait, j'ai remarqué que je le fais (fixer du regard) seulement quand je suis de mauvaise humeur… Je le prends donc maintenant comme un baromètre de mon humeur. Comme quoi je suis capable de trouver du positif dans n'importe quoi !
Il y a aussi le bébé du voisin. Quand il pleure, il ne pleure pas comme n'importe quel enfant, il gueule, mais gueule. Il a le cri le plus strident et le plus désagréable que j'ai jamais entendu (oui Alex, ça bat ton cri fatiguant. En fait c'est assez semblable, sauf que ça dure 20 minutes). Et chaque matin, chaque midi, et chaque soir il fait une crise de 15-20 minutes. Le matin ça me pousse à me lever pour aller aux toilettes, d'où je l'entends un peu moins. Le soir, je mets mes écouteurs et j'écoute la musique dans le tapis…
L'humidité. C'est lourd, très lourd. Imaginez-vous le jour d'été québécois le plus chaud. C'est correct si c'est sec, mais quand c'est humide, ce n'est pas le fun. Et bien ici, c'est comme s'il y allait avoir un orage à tout moment. A chaque fois que je regarde la météo sur internet, il y a 100% d'humidité et le facteur humidex augmente la température de 10 degrés…
L'absence de générosité des Togolais. Cela peut paraître surprenant, surtout que ça m'a pris moins de quatre heures trouvé un ONG, qu'il y en a (des ONGs) à tous les coins de rues, et que l'on vante souvent la générosité des Africains. Bien sûr, en général ils sont plus généreux que les Occidentaux, ou du moins, on sent que lorsqu'ils le font, c'est de bon cœur. Mais contrairement à la Tanzanie, je n'ai pas vu de liens familiaux très forts au Togo. On me présente souvent à une sœur ou un frère, mais ce sont très souvent des amis. Depuis que je suis ici, les gens que je côtoie sont allés une fois maximum voir leur famille… ils sont pire que moi ! Et contrairement au Sénégal, je ne vois pas de geste spontané de générosité. Au Sénégal, il était plutôt fréquent de voir les gens donner aux mendiants, ici on les chasse ou, au mieux, on les laisse tranquille. Au Sénégal, tu donnes un bonbon à un enfant, il va le séparer en trois et en donner à ses deux petits frères, ici, je suis pas mal certain que l'enfant se sauverait avec. Ici, rare sont ceux qui font quelque chose sans chercher à être rémunéré. Nous pouvons penser à l'exemple des partisans électoraux qui veulent être rémunéré pour leur « bénévolat ». Je pense aussi particulièrement à un architecte qui était supposé nous faire le plan d'un projet de bibliothèque, et qui vient de nous annoncer qu'il veut 100$ pour continuer son travail qui était supposé être bénévole au départ. Je peux aussi penser à la directrice de l'école américaine (une américaine bien sûr) qui me racontait qu'ils font une activité annuelle à l'halloween et ils demandent des commandites pour rentrer dans leur argent. Parfois, ils ont un petit surplus, donc cette année elle a décidé d'être honnête et d'inscrire sur la demande de financement que s'il y avait des surplus, ils allaient acheter des ordinateurs et réserver 10% du montant pour des œuvres de charité. Les professeurs togolais l'ont averti que dire que dire que l'argent peut aller à un organisme de charité allait faire en sorte que personne n'allait donner…
Bien sûr, tout n'est pas tout noir ou tout blanc. Les enfants (de 5 ans ou plus) prennent soin de leurs petits frères ou de leurs petites sœurs avec attention. Il y a un monde de coopération bien vivant. On a trouvé un monsieur qui a payé pour que l'on puisse faire notre conférence de presse, sans vouloir aucune publicité. Mais en général, je trouve que les Togolais sont les moins généreux des peuples d'Afrique sub-saharienne que j'ai rencontrés.
Du négatif en vrac : La douche froide (on s'habitue). L'absence totale de ponctualité (4 heures de retard, deux fois en une journée est le record à battre). Céline Dion. Garou. Les gens que je ne connais pas qui font comme s'ils me connaissaient (pour eux, je m'appelle Julien et j'habite en Europe). Les gens qui veulent me matcher avec n'importe quelle fille (j'ai décidé que j'avais maintenant une copine rotative, i.e. chaque fois qu'on me demande si je suis marié, je dis que non mais que j'ai une copine qui se nomme « le-nom-d'une-amie » que je change à chaque deux-trois jours). Le fait que lire par-dessus l'épaule des gens lorsqu'ils sont sur Internet soit normal. Le fait que les Togolais se servent d'Internet presque uniquement pour cruiser, même quand ils sont mariés. Mr. Corruption (voir article qui lui est consacré).
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