mercredi 20 août 2008

La force de l'Allemagne

Sur notre chemin vers Livingston, nous avons eu à parcourir notre première vraie longue distance : 195 km! En plus, le terrain était relativement valloneux, sans être montagneux.
 
Depuis Lusaka, soit les deux jours précédents, Germany (Alex) faisait la course. Ayant un vélo de montagne avec pleine suspension, c'était sa dernière chance de faire de bons temps, puisque on nous annonçait que le reste du tour allait être très plat. Un vélo de montagne est un réel handicap sur des routes asphaltées, mais dans des rollers (vallons), la différence dû au vélo est beaucoup moins grande que sur le plat. De plus, Germany est un grimpeur, ce qui veut dire qu'il est capable de beaucoup de puissance dans les montées, mais qui a plus de difficulté à tenir le rythme à une vitesse élevée et steady pendant un long moment (je suis tout le contraire).
 
Il a donc fait la course pendant les deux premiers jours de cette section et il a fait de très bons temps, en finissant dans le top 5 les deux fois je crois. Cependant, il s'est TROP donné dans ces deux premiers jours, ce qui fait qu'il a été malade la 2e nuit et s'est levé blanc comme un drap le 3e jour, le jour du 195km. Germany et George étaient les deux derniers de notre groupe de neuf à être encore EFI et à avoir fait tout le trajet depuis le début. La course s'était bien, mais le EFI était plus important, donc Germany est revenu avec nous et notre rythme plus décent (30-32km/h de moyenne).
 
De notre côté, nous nous sommes tous rendus compte qu'en fait, 195km, c'est comme 100km ou 150km, c'est juste plus long, plus longtemps... Joya s'est même payée un sprint d'une dizaine de kilomètres à la fin de la journée! Du côté de Germany, il s'est placé à l'arrière de notre groupe et s'est fait couper le vent pas mal tout le long en faisant des shifts à l'avant plus court que la normale. Il ne parlait pas et regardait la roue en avant de lui. Pour quelqu'un en forme, ca représentait un long 195km de promenade à vélo avec un mal de cul à la fin, pour quelqu'un malade et affaibli physiquement, cela relevait de l'exploit!
 
J'ai été malade en Éthiopie et au Malawi, sur des distances relativement courtes quoique plus montagneuses. Mais faire 195 km de rollers, ça prenait toute une force de caractère. Il a même refusé que l'on monte sa tente pour lui. Chapeau Germany, ce n'est vraiment pas tout le monde qui aurait pu faire cela!

vendredi 15 août 2008

Ça va dont ben mal sur la rue principale, depuis qu'ils ont construit...

Le chemin entre Lilongwe et Lusaka était des plus inintéressants. Rien à signaler. Tout au plus un campement très agréable mais hors de prix. À titre d'exemple, le propriétaire (complètement ivre) chargeait 4$ pour une bière. Cela représente un profit de près de 1 000%... C'est dans ces moments que les bouteilles de gin que l'on trainait avec nous se révélaient utiles!

En fait, Lusaka s'est avérée être une ville dont nous n'avons pas vu grand chose non plus. Il n'y avait rien de bien significatif à faire dans la ville, c'est une capitale comme les autres. Cependant, c'était le début de nos journées passées dans les diaboliques centre d'achats.
 
Le campement était loin du centre-ville, à un bon 45 minutes de transport en commun. À mi-chemin, soit à environ 30-40 minutes de marche, il y avait le premier gros centre d'achat de notre voyage qui puisse se comparer avec les centres d'achats occidentaux. Il y avait de tout, des cafés français ou italiens, des banques, des épiceries, des magasins de vêtements ou d'électronique, des librairies, des restaurants chic et un food court avec Subway et autres imitations de PFK. Mais dans ce centre d'achat, il y avait surtout un cinéma!!
 
Sur les cinq films en projection, je suis allé en voir quatre! Incluant Rambo 4... Il faut dire que j'avais besoin de me changer les idées après avoir reçu une nouvelle par email qui ne me déprimait un peu. Je me suis donc gavé de film, après une disette de 4-5 mois (il y avait un cinéma à Lomé), et de succulent milkshakes au chocolat!
 
Tout le reste du voyage, une bonne partie de nos jours de repos ont été passée dans les centres d'achats. Je me suis souvent senti coupable de cette situation qui nous éloignait du centre-ville ou encore des petites ruelles intéressantes où tout se passe vraiment. D'un autre côté j'ai réussi à surpasser ce sentiment de culpabilité en raisonnant que j'avais déjà vu beaucoup de ces ruelles et de ces centre-villes. Aussi, je m'en serais voulu plus si ça s'était produit en Afrique de l'Ouest, mais nous étions en Afrique Australe, région qui ne m'a jamais attirée particulièrement (peut-être justement parce qu'il est possible d'y trouver des centres d'achats!?!). De plus, quoi qu'on en dise, c'était réellement pratique, tout étant à la même place, des banques aux meilleurs croissants en ville. Enfin, je me disais que cela constituait probablement une transition intéressante pour le retour à la réalité qui approchait à très très grand pas. Nous étions à moins d'un mois du retour et je crois avec le recul que ce fut probablement une bonne chose pour ma réadaptation à Montréal de consommer des produits occidentaux en payant des prix occidentaux. J'ai réussi à passer beaucoup de manques que je trainais depuis longtemps (rage de films, de bouffe...).
 
Tout ça pour dire, qu'à Lusaka, on ne s'est même pas rendu au 2e centre d'achat, qui était un ou deux kilomètres plus loin sur le chemin du centre-ville!!

mardi 12 août 2008

Un dimanche ensoleillé dans Lilongwe

Le chemin entre Chitimba et Lilongwe a été marqué pour moi par une pénible progression hors de la maladie et de la fatigue qui s'en suit inévitablement. George avait plus à se plaindre, ayant été malade beaucoup plus longtemps que moi. Malgré tout, nous avons passé le plus clair de ces quatre ou cinq jours ensemble à avancer péniblement, avec Veggie qui tentait de prendre soin de nous et qui essayait de nous faire sourire le plus possible...

La pluie ajouta à notre calvaire. Nous attendions la pluie pour le début de la Tanzanie, nous l'avons eu dans le milieu du Malawi. Tous les jours nous avions invariablement quelques heures de pluie rafraichissante (ok, pas mal frette) pour nous tenir compagnie. Par un agréable hasard, je n'ai jamais eu à monter ma tente alors qu'il pleuvait réellement. Parfois des goutlettes, jamais bien plus. Nous avons donc eu de la pluie tous les jours entre Chitimba et Lilongwe. Sauf un!

Le jour où nous sommes arrivés dans Lilongwe fut parfait. Je me sentais de retour en forme et le soleil était au rendez-vous. Comme nous avions une distance relativement courte (131 km) et pas trop de montée (908m, en cumulé), nous avions décidé de tenter de se rendre au camp le plus rapidement possible, et du même coup permettre à Joya de battre Deb (qui sont les deux seules "racers" féminines, et comme Deb se prenait un peu trop au sérieux...). J'ai donc aidé le groupe à couper le vent à Joya et il faut croire que j'ai pris une ou deux oranges de trop au lunch car ils ne m'ont pas attendu. J'ai donc fini la journée avec Mark qui s'était fait distancer lui aussi (il suffit de quelques secondes de retard pour ne plus être en mesure de rejoindre un groupe qui travaille ensemble. En fait, c'est assez facile de perdre un groupe qui avance sérieusement lors de la rotation, si on ne réintègre pas bien la ligne à l'arrière, puisque tout le monde va vite pour cause de moins-de-vent et que la personne qui fait la rotation est fatiguée car elle "tirait" les autres juste avant...).

Lors de notre entrée dans Lilongwe, nous n'avions pas de convoit, donc nous avons du manoeuvrer dans le traffic qui était vraiment très relaxe pour une ville africain. Je dois dire que j'aime bien le "urban riding". Avoir tous ses sens en alerte et devoir composer avec tous les éléments qui arrivent de partout était très excitant, surtout après plusieurs semaines à aller en ligne droite en croisant 5 voitures par jour... les notres de surcoit. Ceux qui sont allés en Afrique me croiront peut-être fou d'avoir zigzaguer à 40km/h entre des voitures dans une ville que je ne connaissais absolument pas. Les chauffeurs africains n'ont pas la meilleure réputation sur Terre.

En fait, je dois me déclarer en complet désaccord avec cette réputation. Non, les chauffeurs africains ne suivent pas les signes de circulation, lorsqu'il y en a. Non, les chauffeurs africains ne respectent pas les codes de la route que nous prenons pour acquis. Mais non, les chauffeurs africains ne font pas plus d'accident que les chauffeurs occidentaux. Actuellement, en un an en Afrique, je n'ai vu aucun accident (si on exclut les deux motos que j'ai vu perdre le contrôle... avec moi comme passager!!).

Justement, le fait que les signes de la circulation ne sont suivis par personne me fait croire qu'ils conduisent mieux qu'ici. Bien sûr, ici tout le monde suit les règles de la circulation, donc quelqu'un qui ne les suit pas causerait un accident après deux coins de rue, s'il est chanceux. Au même titre, quelqu'un qui s'arrêterait à un stop sans qu'il n'y ait de danger (voiture, vélo, piéton ou chèvre dans l'autre voie) causerait un accident instantanément en Afrique. Mais comme personne ne respecte les règles, les gens sont attentifs à ce qui se passe autours d'eux, ils regardent avant de traverser une rue même s'ils ont la priorité, ils utilisent le klaxon en guise de corde vocale et non pas en tant que twé-mon-esti-tu-viens-de-presque-me-couper-facque-je-vais-te-le-faire-savoir-pis-j'espère-que-tu-vas-devenir-sourd. Ils sont préventifs, car s'il y a quelque chose qu'ils ne veulent pas, c'est que ce qui leur a couté 6 ans de salaire (faites le calcul du cout de votre voiture par rapport à votre salaire, je suis sûr que personne n'atteint le 6 pour 1) partent à la scrap. Et le concept d'assurance n'est pas très répandu en Afrique... à mon grand plaisir! Bref on fait attention à ce que l'on possède et comme personne ne s'attend à ce que les autres respectent un code écrit, on agit en conséquence.

Cette paranthèse fermée, je suis arrivé avec Marc au camp où nous allions passer deux nuits. La prermière impression est bonne : le garde de sécurité nous attends avec une boisson fraiche offerte par la maison et la propriétaire vient nous acceuillir individuellement. La deuxième est moins bonne : il n'y a personne en vue. Bien sûr nous avons fait vite, mais pas tant que ça. Troisième impression : "Sorry Ma'am, Where is everybody?" "Half of them is in the bar, the other half is in the pool." "THE POOL? THERE IS A POOL? REALLY? LIKE A SWIMMING POOL?".

C'est fou comment une piscine peut être une merveille quand ça fait trois mois que tu sues à 40 degrés sans vraiment bonne occasion de te rafraichir. C'est aussi fou à quel vitesse tu peux douter de la qualité de l'eau quand tout le monde se lance dans la piscine tout habillé en arrivant au camp...

La scéance de baignade fut suivie d'une productive après-midi. À 14h, j'avais monté ma tente, fait ma lessive, pris une douche, bu une ou deux bières, (fait) réparer mon vélo le tout en profitant du soleil pour tenter de faire disparaitre un peu mes lignes de bronzage de t-shirt de vélo. Il ne restait qu'à aller écrire deux trois e-mails et réparer mes 12 chambres à air et je serais libre pour vraiment relaxer pendant la soirée et le lendemain.

En plus du soleil, du retour de la forme, d'une piscine, d'une efficacité innatendue, nous avions Lilongwe pour faire de cette journée une journée près de la perfection. Lilongwe est le début de ce qui allait être notre retour graduel à la civilisation. Il y avait des petits centres d'achat, des épiceries (what's the favorite grocery store of a pirate? Spaaarrrrrrrrrrr!), des cafés Internet avec des connexions dignes de ce nom, et des restaurants avec de la nourriture occidentale (et des prix occidentaux aussi par contre).

Je garde de Lilongwe un souvenir des plus agréables, de deux journées à la fois productives et relaxantes, d'une ville combinant à merveille modernité et saveur africaine, d'un camps à la fois parfait pour se retirer entre nous et situé à 20 minutes de marche du centre-ville. Définitivement dans mon top 3 des jours de repos!

lundi 11 août 2008

Chitimba beach

Le lendemain de la traversée de la frontière, nous nous dirigeons vers notre jour de repos, à Chitimba beach. Je suis content parce que j'aimerais aller sur internet pour régler des trucs pour mes inscriptions à l'Université et une vrai journée de repos n'est jamais de refus. D'ailleurs je ne suis pas au meilleur de ma forme, trainant à l'arrière du groupe, principalement lors des montées. J'ai déjà été dans un état similaire en Ethiopie, après le jour de repos à Gondor où j'avais été malade, juste après le jour que je considère le plus difficile du Tour. Je me sens autant vidé de toute mon énergie que cette journée, mais je n'ai pas été malade depuis un bon bout, et je n'ai pas de raison de l'être là. Mais bon, le corps humain ne réagit pas toujours comme on s'y attends, surtout dans des conditions comme celles que l'on vivait là-bas.

Ceci dit, Josh m'aide à finir la journée en me coupant le vent pour les derniers dix kilometres environ. J'arrive au camp, qui est au beau milieu de nulle part, complètement épuisé. Je n'ai pas assez d'énergie pour monter ma tente et ça me prend tout mon petit change pour manger un peu de soupe. La soupe fait du bien, je mange correctement au souper et commence à me sentir assez en forme pour profiter de la soirée qui s'annonce haute en couleur. Un beach party est officiellement organisé! Le dernier party date du début de l'Éthiopie et ça s'était fini tard, sauf pour moi qui avait tant bien que mal essayer de forcer un peu d'alcool à rentrer, ce que mon estomac n'avait vraiment pas apprécié!

Nous sommes en fait dans un petit camp pour "overlanders". Un groupe d'overlander c'est un groupe de personne qui visite l'Afrique (ça existe peut-être ailleurs, mais je n'en ai jamais entendu parler), principalement l'Afrique de l'Est et du Sud, où il y a beaucoup de chose à voir. Les gens sont dans un gros camion pour quelques semaines ou quelques mois et visitent les attractions sur leur parcours (Kili, Safari, Zanzibar, Vic falls, parc nationaux, dunes namibiennes, etc.). Le camion est conçu pour pouvoir voir du paysage avec des grandes fenêtres tout le tour et des sièges confortables. Les gens vivent en tentes et ont un équipement pour la bouffe similaire au nôtre. Nous en croisons depuis Arusha en Tanzanie et cela continuera jusqu'à Cape Town.

Nous sommes donc dans un camp prévu pour acceuillir de tels groupes : une quarataine de personnes à la fois, qui ont leur propre moyen de transport (donc pas obligé d'être dans une ville) avec comme attrait principal un bar bien garni et une cuisine avec nachos, sandwichs diverses et patates frites... Celui-ci en particulier se trouve sur les berges du lac Malawi, le 3e plus gros du continent, selon un quiz que nous avions eu, quelque part au Soudan... C'est donc l'endroit idéal pour un beach party qui se déroulera jusqu'au petites heures.

Mon intention est la même qu'au dernier party : tant pis pour la maladie et pour le manque d'énergie. Malheureusement, mon corps réagit encore plus mal qu'en Etiopie. Résultat : je dors en suant de grosses goutes non pas après avoir été discuter un petit brin avec les plates-bande... Un autre party dont je n'entendrai que les histoires le lendemain (et quelles histoires!!).

Au moins, le lendemain je réussis à relaxer et à profiter un peu de la journée malgré mon état fragile et une météo qui n'est pas sûre d'elle-même. Le bar est quand même intéressant, la plage est belle, la bouffe est bonne quoique insuffisante et plutôt lente à arriver et il y a la plage, la première vrai possibilité de se baigner depuis la mer rouge (qui était très très frette). Dans le Lonely Planet et autres guides de voyages, ils disent que la batérie Bilzayria (ou quelque chose du genre) est présente dans le lac, et que la baignade est à proscrire. Par contre, personne n'a jamais attrapé la maladie dans ce coin de mémoire d'homme et bien que TDA ne donne pas de consignes officielles pour ne pas être tenus responsable si quelque chose arrive, il est su de tous que les membres du staff seront parmi les permiers à se plonger. Le message est assez clair : tous à vos costumes!

Et si je n'étais pas au meilleur de ma forme, je pouvais au moins me consoler en me disant que j'étais moins pire que George qui était malade depuis Arusha et qui, pendant le jour de repos, 14 fois sur le trône!

dimanche 10 août 2008

La prison

Le jour suivant Mbeya fut un drôle de jour. Nous devions traverser la frontière au cours de l'après-midi, après quelques 100 km. Une montée pas mal longue dans un semi brouillard, suivi d'une descente plutôt rapide puis de vallons avec une vue magnifique sur un des plus beaux paysages de tout le Tour. Les gens étaient heureux, moi inclus lorsque nous nous sommes présentés à la frontière. Amandine, l'infirmière, était là pour nous accueillir et nous dire les taux de change en vigueur pour ne pas qu'on se fasse avoir par les changeurs qui étaient plutôt agressif. Il y en a une vingtaine et nous étions quatre à arriver en même temps, donc nous en avons cinq chacun.
 
Le premier qui me parle commence à me dire son prix et veut me tirer par le bras pour aller plus loin. J'aime pas qu'on me touche dans ces situations, alors désolé buddy, tu viens de perdre ta chance. Je commence à parler à un autre mais le premier insiste. Les changeurs étaient envahissants, donc j'ai repoussé un peu tout le monde, incluant le premier, pour avoir plus de place. Je m'entends pour changer 20$ US à un autre changeur (le deuxième), je prends mon argent et je me pousse à la douane (non pas sans avoir vu le premier murmurer quelque chose à l'oreille du deuxième pendant qu'il me changeait mon argent).
 
Lorsqu'on se regroupe, tout le monde a trouvé que les changeurs étaient agressifs, et Alex (Germany, de son petit nom) se rend compte qu'il s'est fait avoir, qu'il lui manque "un zéro" dans son change. Je regarde et moi aussi! Le gars m'a donné le dixième de ce que je devais recevoir!! Ashley aussi s'est fait avoir. Josh et Ashley partent en vélo à la recherche du changeur d'Ashley, Germany part de son côté et moi du mien. Je fais le tour des bars avoisinants la frontière, pas de trace de mon changeur. Je reviens et le premier changeur (celui qui m'a tiré par le bras et que j'ai repoussé) est là. Je lui demande où est son ami. Il me dit qu'il ne sait pas de quoi je parle. Amandine vient voir ce qui se passe, je lui explique. Elle dit au gars que si il ne nous dit pas où est son ami, que nous allons dire à tous les autres de ne pas s'arrêter de ce côté de la frontière (nous sommes les derniers, mais eux ne le savent pas...). Ca ne fonctionne pas. Le gars nous dit de le laisser tranquille, que je l'ai poussé et que c'est mon problème si je me suis fait avoir, pas le sien. Je lève un peu le ton, il m'ignore et s'en va en direction d'un bar.
 
Le Max que vous connaissez tous aurait laissé tomber, pour 18$ ça ne vaut pas la peine, ce n'est même pas mon changeur, et je sais que je ne tirerai rien de ce gars là, l'omerta regnant probablement dans ce genre de milieu. Et bien un autre Max a prit le contrôle de mon corps et a décidé que ça ne se passerait pas comme ça!
 
Je suis le changeur en question dans le bar. Je commence à le traiter de voleur devant tout le monde, de me dire qui est son ami et où il habite. Il ne veut rien savoir. Je lui fais comprendre que je ne suis pas pressé et que je vais le suivre tout le reste de la journée s'il faut. En guise de réponse, j'ai droit à un :"Ha oui? Tu veux me suivre? Bien suit moi dans ce cas." Il sort par en arrière du bar (il n'y a pas vraiment de porte, c'est plus un endroit avec de petits murets et des tables et chaises en dessous d'un toit), et se dirige vers le champs. Tous mes réflexes me disent d'abandonner maintenant, que je vais me faire attaquer. À la place, je ramasse une grosse roche par terre pour lui montrer que je ne me laisserai pas faire. Je ne sais pas s'il a jamais eu l'intention d'aller dans le champs, ou si c'est ma roche qui l'a disuadé, mais il tourne entre deux maisons et reviens vers la rue (tout ça pouvait être, à la limite, qu'un raccourci). Je continue de le suivre, en le traitant de voleur le plus fort possible et en répétant les mêmes questions à propos de son accolyte, de comment il se sent en tant que voleur, qu'il n'a pas honte, que s'il n'a rien à cacher qu'il vienne à la police avec moi etc... Je décide de non plus le suivre, mais de marcher à reculons devant lui, pour le faire chier encore plus et pour empêcher qu'il s'enfuit. Je vois qu'il commence à en avoir assez et qu'il ne sait plus quoi faire pour se débarasser de moi. Tout le monde arrête ce qu'ils font pour nous regarder et sans qu'il n'y ait d'attroupement, je sens que la foule se ressert tranquillement. C'est mon but, je veux qu'il flanche sous la pression populaire. Je sais que le vol est mal vu dans la société tanzanienne, et je veux jouer cette carte.
 
Ashley et Josh arrive et craignant la foule (ça commençait à ressembler à la foule qui a menacé Duncan en Ethiopie après l'accident de Beryl), Ashley m'enjoint de m'en aller et de laisser tomber. Je lui dis d'y aller, que j'ai la situation en main. En fait, je sens que je perds quand même un peu le contrôle. Personne ne semble vouloir m'aider, le changeur ne semble pas intimidé plus qu'il faut même s'il est tanné, et on s'éloigne de plus en plus de la frontière et je commence à me demander si les gens viendraient à mon secours si le gars décidait de m'en sacrer une...
 
Puis un homme d'une quarantaine d'année arrive d'en arrière de moi, sans que je le vois arriver. Il est grand et bien habillé, il semble sortir tout droit d'un bureau. Il parle au cellulaire. Il ne dit absolument rien, il ne fait que donner deux-trois coups de son index sur l'épaule du changeur et il pointe en direction de la frontière. Le changeur baisse la tête, se retourne et avance aux pas de l'homme. Lorsque l'homme fini son appel, le changeur se justifie, dit qu'il n'a rien à se reprocher. L'homme ne dit rien. Il nous escorte jusqu'à la frontière où il nous remet à un policier, qui nous amène au poste frontalier. Je ne sais pas qui est cet homme et ne le saurai jamais non plus, mais je lui dois une fière chandelle.
 
Les policiers écoutent nos histoires, me font remplir une déposition. J'espérais qu'il le force à dire le nom du vrai changeur, mais à la place, il lui font enlever ses souliers, sa ceinture et vider ses poches. On me demande si je peux revenir la semaine prochaine pour témoigner contre lui, que c'est un fléau et qu'il aimerait bien le prendre comme exemple. Je dis que malheureusement je dois continuer mon chemin, à moins que la cause soit entendu dans les deux-trois prochains jours, je serai déjà très loin. On me répond que non, que le mieux qu'il puisse faire sera de le mettre en prison pour la nuit et de le relacher demain, que la cause sera probablement entendue, mais qu'il sera acquitté.
 
Je repars vers le camps, après avoir mis un homme en prison parce qu'il a suggéré, je crois, à son ami de m'arnaquer de 18$. Dit comme cela, ça parait ridicule bien sûr, mais en plus d'être la star de tous ceux qui se sont fait voler à cette frontière (une dizaine de personne pour environ 400-500$ au total), j'avais l'étrange satisfaction de ne pas m'être laissé faire, pour une fois. Ce changeur payait en quelque sorte pour tous les autres qui m'avaient arnaqué ou voler.

George

Après Iringa, on se dirige vers Mbeya, une ville tout près de la frontière entre la Tanzanie et le Malawi, notre prochaine destination. Il s'agit d'un trajet sans histoire, sur des routes asphaltées et avec une température des plus correctes. En fait, le seul souvenir que j'ai de cette seéquence est les quelques dernières heures avant d'arriver à Mbeya, où il y avait une très longue pente ascendante. Me sentant en forme, j'avais décidé d'aller rapidement et de me faire suer un peu (lorsque l'on monte des côtes, il ne sert à rien de rester en groupe, donc on se séparait et se rejoignait en haut). En plus de la satisfaction de dépenser un peu d'énergie, j'ai eu droit à un magnifique paysage pendant que j'attendais mes comparses. 
 
À Mbeya, nous restons sur le terrain d'un hôtel qui est relativement loin de la ville, mais qui est à l'intersectin de la route d'où on arrive et la route où il faudra emprunter le lendemain. Comme tout le monde a été excessivement rapide cette journée, même si Joya a repris ses bonnes vieilles habitudes de vomir aux cinq minutes sur son vélo, nous décidons d'aller visiter la ville...  On se rend en ville en transport en commun et George, un peu après être sorti du deuxième autobus, remarque qu'il s'est fait pickpocketé. Tout le monde, spéicalement Ashley, capote et se demande comment il va faire et ne sait pas comment réagir. La seule réaction de George fut "Wow, that was good work, mates. My wallet was in my inside pocket of my jacket and I haven't feel a thing! Well, I need to contact my sister to get money...". Nous étions tous pas mal plus excités que lui, même s'il a dit plus tard que ça l'a vraiment fait chier. Il a effectivement contacté sa soeur et quelques jours plus tard il avait assez d'argent pour le reste du tour.
 
Du George tout craché

vendredi 8 août 2008

Retour à la normal, ou comment pédaler 8 heures par jour dans des conditions de merde

J'ai donc quitté Kigali pour aller rejoindre mon groupe de cyclistes à Arusha, Tanzanie. Trois jours, sept autobus, deux nuits dans des hotels des plus miteux (le deuxième était pas si pire, il y avait de l'électricité dans la toilette...) et un bon mal de cul plus tard, je me retrouve à Arusha, où m'attendent plein d'histoires de tous mes collègues de TDA, ma carte de crédit et BP et Hunter (qui m'ont accueillis en août dernier juste avant mon ascension du Kili). Je leur devais une bière pour leur accueil et j'en dois maintenant une deuxième à BP qui a fait du lobbying pour moi auprès d'Élise (notre amie commune) pour qu'elle m'accepte comme coloc à mon retour, ce qui est maintenant chose faite.
 
C'est donc le 16 mars que l'on reprend la route avec de nouveaux chauffeurs de camion, un nouveau staff de TDA (Randy), un nouveau cook et surtout plusieurs nouveaux participants. Certains de ces nouveaux feront tout le reste avec nous (une quinzaine) alors que le reste partiront dans deux ou troise semaines. Depuis le début du tour, le groupe était très stable. Une personne avait fait seulement Caire-Karthoum, et trois autres avaient faite Caire-Kenya, mais personne ne s'était joint à nous. De plus, des "sous-groupe" s'était formés et on pensait que ça allait être plutôt difficile pour les nouveaux de s'intégrer. Finalement, ce ne fut pas si pire que ça. Deux des nouveaux se sont en quelque sorte joints à notre sous-groupe et ça a apporté un peu de diversité.
 
On se dirige vers une série de six jours avant la prochaine pause, avec pour commencer par une journée d'asphalte suivi de cinq jours de hors-route. En Tanzanie, on nous promettait de la pluie. Beaucoup de pluie. Et la boue qui vient avec. Pendant ces six jours, on a eu des journées ensoleillée et excessivement chaude. On se croyait au Soudan avec nos 40 degrés et plus (à l'ombre bien sur...), mais avec moins de vent. Et le hors-route a failli avoir raison de mon vélo... et de ma patience!
 
J'avais eu quelques pépins avec mon vélo auparavant, principalement dû à du sable dans mes shifteurs aux poignées. Le tout s'était toujours réglé assez facilement. J'avais aussi eu 7-8 flats (en deux mois, ce n'est pas grand chose et j'étais dans la moyenne). Mais là, le sort s'acharnait sur moi : un pneu qui éclate, plus de dix flats en trois jours une quinzaine en tout, dont quatre dus au pneu éclaté, mon rim arrière (j'ai pas de rechange) qui menace de me lâcher à tout moment si je ne réduis pas considérablement ma vitesse selon Luc le mécano, ma poignée de freins qui se tord et j'en passe, le tout en cinq journées. De plus, j'avais reçu un email à Arusha qui m'avait fait déprimer un peu alors j'étais dans un état plutôt lamentable. Merci à Joya qui a su me remonter le moral en m'offrant de son précieux Gin et avec qui on a eu une belle soirée à jaser de nos problèmes respectif avec un peu trop d'alcool.
 
J'étais plus que content d'arriver à Iringa, où nous arrêtions le off-road pour quelques semaines. Encore plus heureux parce que cette journée j'avais décidé d'accélérer un peu la cadence (autant que mon rim le pouvait) et j'étais arrivé juste à temps pour monter ma tente avant que le ciel nous tombe sur la tête. Notre première pluie du tour (si on exclu l'heure où il a mouillassé pendant la nuit à Aswan). Les derniers à rentrer au camp ont eu un aperçu des jours à venir!

Sur les traces du génocide

Le lendemain, je pars de Ruhengeri et me dirige directement vers Kigali, avec une ou deux journée de "retard". Un trajet d'environ trois heures d'autobus. Je ne pourrai rester dans cette ville d'on je me suis fait vanter les charmes à plusieurs reprises et qui, je ne sais pas trop pourquoi, m'intrigue et m'attire. J'arrive à 11h30 dans la capitale et je me renseigne, le prochain bus pour ma destination (la frontière tanzanienne) part à 14h00. Il me reste grosso modo 1h30 pour aller visiter le Genocide memorial center, qui est la raison principale pour laquelle j'ai choisi d'aller au Rwanda et en Ouganda. Je voulais voir des traces du génocide, des musées, voir si on pouvait le sentir dans la rue. Pour la rue, mlagré mon très court séjour, je dois dire que je n'ai rien vu de particulier, personne de défiguré ou avec un seul bras et je n'ai entendu personne en parler. À bien y repenser, les paysages dans mes trajets d'autobus étaient plutôt vides, pour le pays qui fut un des pays d'Afrique avec la plus grande densité de population pendant plusieurs années.
 
J'arrive donc à ce centre commémoratif après un court trajet en moto (avec un casque fourni par le chauffeur, chapeau Rwanda!). Ceux qui me connaissent bien savent que je déteste les musées. J'en essaie un de temps en temps, pour voir si je déteste encore ça autant, ou parce qu'on m'a dit que c'était le meilleur musée au monde, et ça me déçoit toujours, ça me draine mon énergie et je sors presque tout le temps avec un mal de tête en me jurant que les musées c'est fini...
 
Et bien pas lui. J'avais de très haute attentes envers ce centre, et il les a dépassées. C'est un musée organisé et payé par une organisation allemande travaillant sur les génocides, donc le style est très occidental, avec panneau moderne et télévision "touch screen". C'est séparé en quatres principales parties : 1) l'histoire du génocide rwandais, 2) les enfants du génocide rwandais, 3) les autres principaux génocides dans le monde, 4) les fosses communes de quelques 250 000 corps non réclamés, au centre desquelles le centre est construit.
 
La première partie est un cercle, avec en circonférence un corridor où l'on retrace l'origine du génocide, d'avant la colonisation jusqu'à l'actuel génocide. Les témoignages de quelques victimes ne laisse personne de glace et cette section est bien construite pour faire monter l'émotion en vous. Puis on rentre dans le millieu du cercle où il y a trois sales. La première est un endroit où des Rwandais peuvent laisser des photos de disparus et de victimes. Les murs sont couverts. Du plancher au plafond. Des dizaines de milliers de visages jaunis par le temps vous sourient, innocents. Cette salle est plus frapante que n'importe quelle statistique. Et ce ne sont que quelques milliers de photos, sur 250 000. La salle suivante est remplie d'ossements et de crâne, pour vous rappeler que tout ce que vous venez de lire, d'entendre et de voir, c'est bel et bien vrai, et que les photos sont reliées à quelque chose de concret. Enfin, la dernière salle contient des objets trouvés sur des cadavres, avec, me semblait-il, comme pièce maitresse, un chandail d'enfant avec une feuille d'érable en plein milieu, comme pour rappeler au monde que le tout s'est passé dans la totale indifférence des pays occidentaux.
 
La deuxième partie est très courte. Il s'agit d'un quinzaine de photos d'enfants victimes du génocide avec en dessous leur nom, leur âge, leur jouet préféré, ce qu'ils aimaient à l'école, leur plus grande qualité, leur nourriture préférée, et ainsi de suite. Après la première partie, cela vous mets encore plus dans vos petits souliers. Je commençais à être pressé par le temps et je n'étais pas trop mécontent de devoir aller plus vite, n'en pouvant plus de ne pas pouvoir répondre à ces simples questions : "Pourquoi? et Comment?". J'ai donc visité la troisième partie à l'américaine (pas plus de deux minutes par génocide...) et je suis allé voir à l'extérieur deux ou trois des centaines d'immenses dalles de ciment qui servent de tombes communes (je dis tombe commune car je crois que les corps ont été enterré avec un certain ordre et respect, versus une fosse commune). S'il y avait quelques chose d'autre à voir à l'extérieur, je ne l'ai pas vu. J'ai fait un don au musée (une première) et je suis reparti pour tenter d'attraper un petit quelque chose à manger et d'être à temps pour mon autobus.
 
Je finirai tout de même par une des citations (elle n'est peut-être pas exacte, je ne l'ai notée que mentalement) qu'il y avait sur un des murs : "Après l'Holocauste, lorsque tout le monde affirmait à l'unisson : "Cela ne se reproduira plus jamais!", cela n'incluait-il donc pas les Noirs?"
 
Si vous allez au Rwanda, ou même simplement dans la région des Grands Lacs africains, le centre commémoratif pour le génocide devrait absolument être sur votre chemin. Et en bonus, vous aurez la chance de visiter Kigali, qui semble être, pour ce que j'en ai vu un petit bout de paradis!

mercredi 6 août 2008

Le trecking

Nous nous retrouvons donc, les Suédois et moi, dans ladite maison et recevons la visite d'un des organisateurs de tours organisés de la région. Pour eux il sera un contact important pour leur étude sur le tourisme, pour moi il sera utile pour m'arranger un trecking dans les volcans avoisinants. J'arrange un trecking pour le lendemain (il y a deux choses à faire dans cette ville, du trecking et aller voir les gorilles. À 500$ pour aller passer moins d'une heure avec des gorilles, je passe mon tour). L'arrangement est : "75$ pour l'entrée au parc, et avec le transport c'est 80$". Parfait je le prends, je m'attendais à me faire avoir avec le transport mais à 5$ c'est plus qu'acceptable.

Le lendemain on vient me chercher (avec un 4x4 plutôt luxueux pour 5$) et on m'amène au parc. Je m'inscris et on me jumele avec un groupe d'un équipage de Brussels Airways qui se sont payés une petite vacances. Nous sommes donc 8, plus un guide et trois militaires (il y avait des rebels et des traficants d'armes dans ce coin qui faisaient des transactions entre l'Ouganda, le Rwanda et le Congo, sour la relative protection de l'épaisse jungle, d'où l'escorte armée), à entreprendre l'ascension d'un des volcans. Nous sommes dans le début de la saison des pluies au Rwanda et il mouillasse chaque matin depuis quelques jours (incluant cette journée), le chemin, qui est loin des autoroutes que constituent les chemins du Kilimanjaro ou du Mont-St-Hilaire par exemple, est étroit, excessivement boueux (par endroit jusqu'à un pied de boue) et très glissant, se transformant parfois en ruisseau d'eau et de boue. Chaque pas représente un effort considérable pour soit trouver un endroit presque sec, soit pour sortir le pied de la boue. Je commence à me rendre compte des bienfaits de faire 130 km de vélo par jour sur le cardio lorsque j'entends tout le monde en arrière de moi respirer comme s'ils venaient de courrir le marathon alors que j'ai l'impression d'être plus challengé mentalement que physiquement.

Après une heure assez exigente, deux ou trois grimpeurs jettent l'éponge et ils retournent à l'intersection quelques dizaines de mètres plus bas. Après délibérations, le reste du groupe trouve ça un peu cheap de les laisser là, surtout qu'ils ne peuvent pas aller ailleurs puisqu'il n'y a pas d'assistant guide. On décide donc de changer de route, ce qui me déçoit pas mal, et de se rendre à la tombe de Diana Fossy, qui a vécue avec les gorilles pendant plusieurs dizaines d'année. Le chemin pour s'y rendre est en aussi mauvais état, mais ce n'est pas en pente, donc c'est plus facile. Aussitôt engagés dans la nouvelle route, nous croisons un gorille adulte avec trois bébés gorilles qui sont par hasard sur le bord de notre chemin. Comme nous sommes trop près des gorilles, le guide nous demande de prendre une photo rapide et de continuer notre chemin. Comble de malchance, ce matin j'ai oublié de prendre mon appareil photo, étant un peu pucké dû au lever très matinal. J'ai laissé mon adresse courriel à une dame de l'équipage qui m'a promis de m'envoyer les photos, mais je n'ai toujours rien reçu à ce jour. Je peux cependant vous assurer qu'un gorille, c'est gros. En fait c'est même très très gros! Je dirais que l'adulte devait mesure 5'6"... assis! Un seul de ses doigts est aussi gros que mon avant-bras....
 
Cette rencontre imprévue avec 1% des représentants d'une espèce en voie d'extinction me remet de bonne humeur, même si le reste du chemin est tout aussi difficile (il commence à pleuvoir pas mal et il fait de plus en plus froid, moi qui n'a toujours pas de souliers depuis qu'on me les a volés et qui est par conséquent en sandales). Après la visite de la tombe de Mme Fossey, qui est au milieu de dizaines de tombes de gorilles décédés, nous revenons sur nos pas et arrivons à notre point de départ, où mon chauffeur m'attend.
 
De retour à l'auberge, le chauffeur me demande la balance de son argent. Ne comprenant pas trop, je lui dis que j'ai donné 20$ à l'organisateur et qu'en plus c'est moi qui ai payé mon droit d'entrée, que c'est donc lui qui me doit 15$. Finalement je le laisse à la porte et je m'en vais en dedans, profiter de ma dernière journée à Ruhengeri. L'organisateur du tour arrive quelques minutes plus tard et me demande de payer la balance. Je lui dis qu'en fait c'est lui qui me doit de l'argent, que j'ai payé 95$ et qu'il m'a dit que c'était 80$. Il me dit que non, que nous nous sommes entendus la veille que le transport est de 80$.
 
Je suis bouché. J'avais mal compris. Je ne peux pas vraiment argumenter. Un 4x4 neuf qui t'attend toute la journée, ça ne peut pas être 5$. Je ne crois pas que le gars a essayé de m'arnaquer, il s'agit d'un simple et réel "lost in translation". Merde. Je ne peux même pas argumenter le prix à la baisse, ce que j'aurais pu faire la veille, car c'est déjà passé. Ok je vais payer. Je regarde mes poches : merde il ne me reste pas assez d'argent... double merde, je n'ai pas de carte de crédit... triple merde, il est 3-4h am au Québec et je ne peux appeler mes parents tout de suite pour quêter de l'argent. J'ai perdu ma carte de crédit au Caire, et mon père m'avait prêté de l'argent qui était supposé durer jusqu'à ce que ma carte de crédit de remplacement arrive avec le prochain staff de TDA à Addis Abeba. Le Kenya étant annulé, le nouveau staff n'allait rejoindre le groupe qu'à Arusha, après les deux semaines de congé. J'avais planifié mes ressources pour arriver pas mal short, transport inclus pour mon retour. Bref, je n'ai pas assez de cash. Je fais un deal avec le gars que je vais le payer d'ici quelques heures
 
Tempête de neige la veille aidant, mes parents sont absents toute la journée pour aller skier. Lorsque je les rejoints, quelques heures avant que mon autobus prévu parte(le lendemain matin), ils réussisent à me transférer un montant par Western Union, mais ça ne fonctionne pas à la banque. Quelques courriels, appels et inquiétudes plus tard, mon père se rend compte que c'est Western Union qui a bloqué la transaction, pour une raison de sécurité pas vraiment justifiée. Je réussirai à n'avoir l'argent que le surlendemain, au petit matin. J'ai donc essayé, dans tout ce courraillage, de profiter de ma journée supplémentaire imprévue avec les Suédois. Rien d'extraordinaire, mais j'accompagne Emelie et Olec à une rencontre pour jouer le traducteur entre eux et un Rwandais qui ne parle que le français, j'aide Martin (aider est un grand mot) à faire la bouffe, on boit quelques bières dans le salon (livrées par un serveur du resto d'en face avec noeud papillon directement sur notre table), et les Martin et Olec se pratiquent avec moi en faisant leur première entrevue pour leur travail sur le tourisme.
 
Lorsque j'avais décidé de quitter mes quatre compatriotes de TDA pour aller au Rwanda, j'étais plutôt enthousiaste face à l'idée de me retrouver seul pendant plusieurs jours. Pas que j'étais tanné de ces personnes, mais vivre 24/24 avec les mêmes personnes peut être un peu oprressant. Loin de me retrouver seul, j'ai passé le plus clair ces quatre ou cinq jours depuis Kampala avec ces quatre Suédois. Cependant, ce fut une bouffée d'air frais qui me revigora pour les quelques semaines à venir. Des jeunes de mon âge, avec des préoccupations et une vision socio-politique beaucoup plus près de la mienne que la plupart des gens du tour de vélo, et surtout, des gens nouveaux avec des sujets de conversations nouveaux!
 
Mon séjour à Ruhengueri fut donc marqué par l'observation très chanceuse de gorilles des montagnes, par du stress et du couraillage imprévu relié à l'argent, par une prolongation involontaire de mon séjour dans cette ville, mais surtout par du bon temps passé avec ces amis de passage...

mardi 5 août 2008

La rencontre avec les Suédois

Après Kampal, direction le Sud de l'Ouganda, vers le lac Bunyani (ca sonne à peu près comme ça). Je me rends dans une petite auberge dans un décors bucolique, sur une petite île du lac qui est entouré de collines où l'on pratique l'agriculture en escalier. Le Lonely planet parle d'une scène tout droit sortie du Hobbit, et je dois dire que ce n'est effectivement pas très loin de ça. J'avais prévu resté une journée complète, pas vraiment plus. Finalement, la bouffe est excellente et le paysage est magnifique, m'enlevant le gout de partir. En plus, il pleut le matin, ce qui rend la traversée du lac en pirogue plus ou moins désagréable. Au Yable, je reste une journée de plus, j'avais une journée de lousse dans mon "programme", ça sera celle-ci!
 
Pour me réconforter dans mon choix de rester un peu plus longtemps, je rencontre quatre étudiants Suédois qui se rendent une journée plus tard exactement dans la même ville que moi. On pourrait donc partager les coûts de transport. On en profite pour faire un mini trecking dans les montagnes avoisinantes et prendre des photos qui valait le détour.

Le surlendemain, on se dirige, moi et les Suédois, vers la ville de Ruhengeri au Rwanda. C'est à environ 200-300 km, mais ça nous prendra 5-6 heures en tout, ayant à se rendre à la rive en bateau, à prendre un taxi vers la ville la plus près, à dealer un taxi jusqu'à la frontière où nous empruntons un autobus qui nous amène finalement à Ruhengeri. En chemin, nous croisons un cycliste solitaire et j'ai falli faire arrêté le taxi pour donner une des fameuses PVM bar qui trainait dans mon sac. Ce n'était ni le premier ni le dernier cycliste solitaire que j'allais croisé durant le voyage, mais se promener seul, avec tous ses bagages sur le vélo, dans les collines de l'Ouganda me fait sentir cheap d'avoir trouvé les montagnes éthiopiennes difficiles, malgré tout le support que nous avions...

Les Suédois (Martyn, Olec, Emelie et Jennie) sont en Afrique de l'est depuis quelques semaines et s'en vont passer une dizaine de jours à Ruhengeri pour faire une étude sur les impactes du tourisme en Afrique pour un programme qui ressemblerait à un certificat sur l'Afrique, à une université suédoise. Un de leur prof les a mis en contact avec des agences de tourisme à Ruhengeri et avec un ami qui possède une auberge qui ressemble plus à une maison pour invités. C'est là que je prévois rester une nuit, maximum deux... ça c'est si tout se passe bien...

lundi 4 août 2008

La source du Nil

Bonjour,

Je tiens à faire mon mea culpa, je ne vous ai pas "entertainés" à la hauteur de vos attentes pendant les deux derniers mois de mon périple en sol africain. Voici donc le premier d'une série d'updates sur mes dernières aventures pour tous mes fidèles lecteurs et lectrices. Allez vous chercher du pop corn et installez-vous confortablement, ca commence! Je vais essayer d'en mettre un par jour et ça devrait durer environ deux semaines ou un peu plus.
 
La source du Nil

Au début du mois de mars, je me suis donc envolé pour mes deux semaines de vacances forcées, instabilité politique au Kenya oblige, direction Ouganda et Rwanda. À peine attéri dans l'aéroport d'Entebbe, je sais déjà que je vais aimer l'Ouganda. L'aéroport est un petit aéroport bien sympatique (où, j'ai appris plus tard, il y a encore sur la piste un avion qui avait été détourné dans les années 80 et qui a été pris d'assault par les forces spéciales israélienne...) où on voit sur la route qui borde la cloture de l'aéroport des motos et des charrettes qui se promènent au pied de butes verdoyantes.

Moi, Joya, Josh, Ashley et Nathalia se dirigeons vers un hôtel à Kampala où un se trouve une auberge de jeunesse miteux à souhait. Je suis content, parce que j'avais peur que mes compagnons de voyage ne veulent rien savoir de ce genre d'auberge et que je sois obligé de dépasser mon budget pour les suivre. Après un petit tour dans le centre-ville et quelques appels téléphoniques, on parvient à s'organiser notre journée du lendemain que l'on passera à Jinja.

À Jinja, sur le bord du Lac Victoria, il y a l'embouchure d'un fleuve que nous avons traversé quatre ou cinq fois depuis deux mois, et j'ai nommé le Nil. Quoi de mieux à faire à la source du Nil qu'un peu de rafting dans des rapides niveau 5! En Rafting, il y a cinq niveaux de rapides, un étant un petit remous, 5 n'étant pas loin d'une chute à proprement parler. Les kayaks de rivière vont jusqu'à 7 niveaux, mais ce ne sont pas des endroits accessibles pour des rafts. Nous avons donc passé une journée assez excitante, avec un batème de feu (ou d'eau) pour une des filles (je ne me souviens plus qui, mais je crois que c'est Ash). Nous avons chaviré à souhait mais rien de grave jusqu'à la dernière rapide, la niveau 5...
 
Notre guide nous dit de bien nous accrocher, qu'il n'y a pas de danger que l'on chavire et qu'il s'occupe de nous diriger. Il suffit donc de se garocher dans le raft à son commandement et tenir les cordes. Lorsque nous entrons dans la chute, nous frappons un rocher innatendu qui projette Joya et l'autre gars qui s'était joint à notre groupe pour le journée (un Suédois) hors du raft. Panique! Le guide se tasse hors de la rapide, Josh et le guide récupèrent les deux naufragés en une fraction de seconde, les deux sont hissés dans le raft qui est immobilisé. Le tout a littéralement pris moins de 2 ou 3 secondes. Joya s'évanouie...

Dans la rapide, il y a un minimum d'eau, moins d'un pied. Joya et le Suédois se sont retrouvés en dessous du raft pendant leur chute coincé en le raft et les rochers. Le Suédois a une bosse énorme sur le pied, nous faisant penser que c'est cassé, mais il n'a pas de douleur. De toute façon, Joya vole le show. Elle s'est cognée la tête (elle portait un casque), a de belles grosses scratchs sur le coude et le côté du ventre, en dessous des côtes et d'autres scratchs mineurs. Elle s'est évanouie à cause d'une trop grande dose d'adrénaline et non du choc sur la tête, donc n'a pas de commotion cérébale ou de séquelle, outre un peur assez intense du rafting! Elle a tout de même rembarqué pour la dernière petite rapide de niveau 2 qui nous menait jusqu'au transport (elle aurait pu prendre un petit chemin à pied). Nous avons tout de même passer une soirée très amusante avec Nat qui s'improvise coiffeuse pour Josh, moi qui s'improvise cordonnier pour Nat et Ash qui s'amourache d'un étudiant en médecine qui fait un stage en Tanzanie.

Le lendemain nous décidons de "chiller" à Jinja pour voir la source du Nil où nous avons appercu des oiseaux cool et quelques singes et de se rendre à Kampala en soirée. Nous devions alors décider du parcours pour les jours à venir. Comme je voulais absolument aller au Rwanda dans ces deux semaines là, et que eux (Josh, Joya, Ash et Nat) voulaient plutôt se diriger vers le Nord de l'Ouganda, Je ne voulais pas les suivre. J'étais près à faire une exception si nous allions dans un parc national précis qui avait des chutes semble-t-il magnifiques. Nous avons fait quelques démarches avec les personnes de l'auberge de jeunesse où nous étions, avant de se faire dire que tout était complet dans le parc, à cause d'un tournoi de pêche!! Nous avons décidé de se séparer le lendemain, eux iraient vers l'Ouest faire un peu de trekking et se baigner dans des sources thermales, moi vers le Sud pour passer une soirée sur une île dans un lac très beau paraissait-il et ensuite me diriger vers le Rwanda pour du Trekking dans des volcans et voir un musée sur le génocide à Kigali.
 
Je décide donc d'en profiter pour découvrir un peu plus Kampala le lendemain, ayant une journée de trop dans mon horaire, de me mettre à jour dans mes courriels, de m'acheter un ou deux souvenirs, de planifier le reste de mon itinéraire et de relaxer. Je partirai le lendemain vers le Sud.
 
Suite demain