Le lendemain on vient me chercher (avec un 4x4 plutôt luxueux pour 5$) et on m'amène au parc. Je m'inscris et on me jumele avec un groupe d'un équipage de Brussels Airways qui se sont payés une petite vacances. Nous sommes donc 8, plus un guide et trois militaires (il y avait des rebels et des traficants d'armes dans ce coin qui faisaient des transactions entre l'Ouganda, le Rwanda et le Congo, sour la relative protection de l'épaisse jungle, d'où l'escorte armée), à entreprendre l'ascension d'un des volcans. Nous sommes dans le début de la saison des pluies au Rwanda et il mouillasse chaque matin depuis quelques jours (incluant cette journée), le chemin, qui est loin des autoroutes que constituent les chemins du Kilimanjaro ou du Mont-St-Hilaire par exemple, est étroit, excessivement boueux (par endroit jusqu'à un pied de boue) et très glissant, se transformant parfois en ruisseau d'eau et de boue. Chaque pas représente un effort considérable pour soit trouver un endroit presque sec, soit pour sortir le pied de la boue. Je commence à me rendre compte des bienfaits de faire 130 km de vélo par jour sur le cardio lorsque j'entends tout le monde en arrière de moi respirer comme s'ils venaient de courrir le marathon alors que j'ai l'impression d'être plus challengé mentalement que physiquement.
mercredi 6 août 2008
Le trecking
Nous nous retrouvons donc, les Suédois et moi, dans ladite maison et recevons la visite d'un des organisateurs de tours organisés de la région. Pour eux il sera un contact important pour leur étude sur le tourisme, pour moi il sera utile pour m'arranger un trecking dans les volcans avoisinants. J'arrange un trecking pour le lendemain (il y a deux choses à faire dans cette ville, du trecking et aller voir les gorilles. À 500$ pour aller passer moins d'une heure avec des gorilles, je passe mon tour). L'arrangement est : "75$ pour l'entrée au parc, et avec le transport c'est 80$". Parfait je le prends, je m'attendais à me faire avoir avec le transport mais à 5$ c'est plus qu'acceptable.
Après une heure assez exigente, deux ou trois grimpeurs jettent l'éponge et ils retournent à l'intersection quelques dizaines de mètres plus bas. Après délibérations, le reste du groupe trouve ça un peu cheap de les laisser là, surtout qu'ils ne peuvent pas aller ailleurs puisqu'il n'y a pas d'assistant guide. On décide donc de changer de route, ce qui me déçoit pas mal, et de se rendre à la tombe de Diana Fossy, qui a vécue avec les gorilles pendant plusieurs dizaines d'année. Le chemin pour s'y rendre est en aussi mauvais état, mais ce n'est pas en pente, donc c'est plus facile. Aussitôt engagés dans la nouvelle route, nous croisons un gorille adulte avec trois bébés gorilles qui sont par hasard sur le bord de notre chemin. Comme nous sommes trop près des gorilles, le guide nous demande de prendre une photo rapide et de continuer notre chemin. Comble de malchance, ce matin j'ai oublié de prendre mon appareil photo, étant un peu pucké dû au lever très matinal. J'ai laissé mon adresse courriel à une dame de l'équipage qui m'a promis de m'envoyer les photos, mais je n'ai toujours rien reçu à ce jour. Je peux cependant vous assurer qu'un gorille, c'est gros. En fait c'est même très très gros! Je dirais que l'adulte devait mesure 5'6"... assis! Un seul de ses doigts est aussi gros que mon avant-bras....
Cette rencontre imprévue avec 1% des représentants d'une espèce en voie d'extinction me remet de bonne humeur, même si le reste du chemin est tout aussi difficile (il commence à pleuvoir pas mal et il fait de plus en plus froid, moi qui n'a toujours pas de souliers depuis qu'on me les a volés et qui est par conséquent en sandales). Après la visite de la tombe de Mme Fossey, qui est au milieu de dizaines de tombes de gorilles décédés, nous revenons sur nos pas et arrivons à notre point de départ, où mon chauffeur m'attend.
De retour à l'auberge, le chauffeur me demande la balance de son argent. Ne comprenant pas trop, je lui dis que j'ai donné 20$ à l'organisateur et qu'en plus c'est moi qui ai payé mon droit d'entrée, que c'est donc lui qui me doit 15$. Finalement je le laisse à la porte et je m'en vais en dedans, profiter de ma dernière journée à Ruhengeri. L'organisateur du tour arrive quelques minutes plus tard et me demande de payer la balance. Je lui dis qu'en fait c'est lui qui me doit de l'argent, que j'ai payé 95$ et qu'il m'a dit que c'était 80$. Il me dit que non, que nous nous sommes entendus la veille que le transport est de 80$.
Je suis bouché. J'avais mal compris. Je ne peux pas vraiment argumenter. Un 4x4 neuf qui t'attend toute la journée, ça ne peut pas être 5$. Je ne crois pas que le gars a essayé de m'arnaquer, il s'agit d'un simple et réel "lost in translation". Merde. Je ne peux même pas argumenter le prix à la baisse, ce que j'aurais pu faire la veille, car c'est déjà passé. Ok je vais payer. Je regarde mes poches : merde il ne me reste pas assez d'argent... double merde, je n'ai pas de carte de crédit... triple merde, il est 3-4h am au Québec et je ne peux appeler mes parents tout de suite pour quêter de l'argent. J'ai perdu ma carte de crédit au Caire, et mon père m'avait prêté de l'argent qui était supposé durer jusqu'à ce que ma carte de crédit de remplacement arrive avec le prochain staff de TDA à Addis Abeba. Le Kenya étant annulé, le nouveau staff n'allait rejoindre le groupe qu'à Arusha, après les deux semaines de congé. J'avais planifié mes ressources pour arriver pas mal short, transport inclus pour mon retour. Bref, je n'ai pas assez de cash. Je fais un deal avec le gars que je vais le payer d'ici quelques heures
Tempête de neige la veille aidant, mes parents sont absents toute la journée pour aller skier. Lorsque je les rejoints, quelques heures avant que mon autobus prévu parte(le lendemain matin), ils réussisent à me transférer un montant par Western Union, mais ça ne fonctionne pas à la banque. Quelques courriels, appels et inquiétudes plus tard, mon père se rend compte que c'est Western Union qui a bloqué la transaction, pour une raison de sécurité pas vraiment justifiée. Je réussirai à n'avoir l'argent que le surlendemain, au petit matin. J'ai donc essayé, dans tout ce courraillage, de profiter de ma journée supplémentaire imprévue avec les Suédois. Rien d'extraordinaire, mais j'accompagne Emelie et Olec à une rencontre pour jouer le traducteur entre eux et un Rwandais qui ne parle que le français, j'aide Martin (aider est un grand mot) à faire la bouffe, on boit quelques bières dans le salon (livrées par un serveur du resto d'en face avec noeud papillon directement sur notre table), et les Martin et Olec se pratiquent avec moi en faisant leur première entrevue pour leur travail sur le tourisme.
Lorsque j'avais décidé de quitter mes quatre compatriotes de TDA pour aller au Rwanda, j'étais plutôt enthousiaste face à l'idée de me retrouver seul pendant plusieurs jours. Pas que j'étais tanné de ces personnes, mais vivre 24/24 avec les mêmes personnes peut être un peu oprressant. Loin de me retrouver seul, j'ai passé le plus clair ces quatre ou cinq jours depuis Kampala avec ces quatre Suédois. Cependant, ce fut une bouffée d'air frais qui me revigora pour les quelques semaines à venir. Des jeunes de mon âge, avec des préoccupations et une vision socio-politique beaucoup plus près de la mienne que la plupart des gens du tour de vélo, et surtout, des gens nouveaux avec des sujets de conversations nouveaux!
Mon séjour à Ruhengueri fut donc marqué par l'observation très chanceuse de gorilles des montagnes, par du stress et du couraillage imprévu relié à l'argent, par une prolongation involontaire de mon séjour dans cette ville, mais surtout par du bon temps passé avec ces amis de passage...
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