Le lendemain, je pars de Ruhengeri et me dirige directement vers Kigali, avec une ou deux journée de "retard". Un trajet d'environ trois heures d'autobus. Je ne pourrai rester dans cette ville d'on je me suis fait vanter les charmes à plusieurs reprises et qui, je ne sais pas trop pourquoi, m'intrigue et m'attire. J'arrive à 11h30 dans la capitale et je me renseigne, le prochain bus pour ma destination (la frontière tanzanienne) part à 14h00. Il me reste grosso modo 1h30 pour aller visiter le Genocide memorial center, qui est la raison principale pour laquelle j'ai choisi d'aller au Rwanda et en Ouganda. Je voulais voir des traces du génocide, des musées, voir si on pouvait le sentir dans la rue. Pour la rue, mlagré mon très court séjour, je dois dire que je n'ai rien vu de particulier, personne de défiguré ou avec un seul bras et je n'ai entendu personne en parler. À bien y repenser, les paysages dans mes trajets d'autobus étaient plutôt vides, pour le pays qui fut un des pays d'Afrique avec la plus grande densité de population pendant plusieurs années.
J'arrive donc à ce centre commémoratif après un court trajet en moto (avec un casque fourni par le chauffeur, chapeau Rwanda!). Ceux qui me connaissent bien savent que je déteste les musées. J'en essaie un de temps en temps, pour voir si je déteste encore ça autant, ou parce qu'on m'a dit que c'était le meilleur musée au monde, et ça me déçoit toujours, ça me draine mon énergie et je sors presque tout le temps avec un mal de tête en me jurant que les musées c'est fini...
Et bien pas lui. J'avais de très haute attentes envers ce centre, et il les a dépassées. C'est un musée organisé et payé par une organisation allemande travaillant sur les génocides, donc le style est très occidental, avec panneau moderne et télévision "touch screen". C'est séparé en quatres principales parties : 1) l'histoire du génocide rwandais, 2) les enfants du génocide rwandais, 3) les autres principaux génocides dans le monde, 4) les fosses communes de quelques 250 000 corps non réclamés, au centre desquelles le centre est construit.
La première partie est un cercle, avec en circonférence un corridor où l'on retrace l'origine du génocide, d'avant la colonisation jusqu'à l'actuel génocide. Les témoignages de quelques victimes ne laisse personne de glace et cette section est bien construite pour faire monter l'émotion en vous. Puis on rentre dans le millieu du cercle où il y a trois sales. La première est un endroit où des Rwandais peuvent laisser des photos de disparus et de victimes. Les murs sont couverts. Du plancher au plafond. Des dizaines de milliers de visages jaunis par le temps vous sourient, innocents. Cette salle est plus frapante que n'importe quelle statistique. Et ce ne sont que quelques milliers de photos, sur 250 000. La salle suivante est remplie d'ossements et de crâne, pour vous rappeler que tout ce que vous venez de lire, d'entendre et de voir, c'est bel et bien vrai, et que les photos sont reliées à quelque chose de concret. Enfin, la dernière salle contient des objets trouvés sur des cadavres, avec, me semblait-il, comme pièce maitresse, un chandail d'enfant avec une feuille d'érable en plein milieu, comme pour rappeler au monde que le tout s'est passé dans la totale indifférence des pays occidentaux.
La deuxième partie est très courte. Il s'agit d'un quinzaine de photos d'enfants victimes du génocide avec en dessous leur nom, leur âge, leur jouet préféré, ce qu'ils aimaient à l'école, leur plus grande qualité, leur nourriture préférée, et ainsi de suite. Après la première partie, cela vous mets encore plus dans vos petits souliers. Je commençais à être pressé par le temps et je n'étais pas trop mécontent de devoir aller plus vite, n'en pouvant plus de ne pas pouvoir répondre à ces simples questions : "Pourquoi? et Comment?". J'ai donc visité la troisième partie à l'américaine (pas plus de deux minutes par génocide...) et je suis allé voir à l'extérieur deux ou trois des centaines d'immenses dalles de ciment qui servent de tombes communes (je dis tombe commune car je crois que les corps ont été enterré avec un certain ordre et respect, versus une fosse commune). S'il y avait quelques chose d'autre à voir à l'extérieur, je ne l'ai pas vu. J'ai fait un don au musée (une première) et je suis reparti pour tenter d'attraper un petit quelque chose à manger et d'être à temps pour mon autobus.
Je finirai tout de même par une des citations (elle n'est peut-être pas exacte, je ne l'ai notée que mentalement) qu'il y avait sur un des murs : "Après l'Holocauste, lorsque tout le monde affirmait à l'unisson : "Cela ne se reproduira plus jamais!", cela n'incluait-il donc pas les Noirs?"
Si vous allez au Rwanda, ou même simplement dans la région des Grands Lacs africains, le centre commémoratif pour le génocide devrait absolument être sur votre chemin. Et en bonus, vous aurez la chance de visiter Kigali, qui semble être, pour ce que j'en ai vu un petit bout de paradis!
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